Ordonnance sur les autochtones des domaines privés

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Autre(s) nom(s) en anglais : Natives on Private Estates Ordinance
Pays Drapeau du Nyassaland Nyassaland
Langue(s) officielle(s) anglais
Type Ordonnance coloniale
Ordonnance sur les autochtones des domaines privés
Autre(s) nom(s) en anglais : Natives on Private Estates Ordinance
Présentation
Pays Drapeau du Nyassaland Nyassaland
Langue(s) officielle(s) anglais
Type Ordonnance coloniale
Adoption et entrée en vigueur
Adoption 1928
Modifications 1952
Abrogation 1962

L'ordonnance sur les autochtones des domaines privés (en anglais : Natives on Private Estates Ordinance), de 1928, est une ordonnance locale[note 1] mise en place par le conseil législatif (en)[note 2] du protectorat du Nyassaland (actuel Malawi). Elle définit les conditions dans lesquelles les Africains résidents (les « locataires ») peuvent cultiver les terres des domaines fonciers possédés par les colons européens. Cette législation vise à corriger les pires abus engendrés par le système du thangata, qui oblige les locataires à travailler afin de payer leurs loyers et taxes.

Elle échoue cependant à encourager ces locataires à développer la production des terres laissées en friche, à cause de la Grande Dépression des années 1930. Les tensions entre les propriétaires et les résidents perdurent dans les années 1940 et au début des années 1950, au sujet des expulsions et du désir des locataires de commercialiser librement leurs récoltes. La loi est modifiée en 1952 pour répondre à certains de ces problèmes, mais seuls l'achat de terres par le gouvernement colonial, aux fins de réinstaller d'anciens locataires, après 1952, puis l'abolition définitive du thangata en 1962, peu avant l'indépendance, permettent la création d'une paysannerie africaine ayant libre accès aux terres cultivables.

Durant les trois décennies qui suivent 1860, le sud du Malawi est transformé par une série de guerres, de raids esclavagistes et d'expéditions à la recherche d'ivoire. La région passe d'une situation où l'agriculture permet à la population de subvenir à ses besoins à une situation où le manque de sécurité amène à un large abandon des terres cultivées. Les chefs locaux essaient d'obtenir la protection des colons blancs en leur octroyant des droits à cultiver des terres qui, quoique fertiles, sont laissées à l'abandon du fait de l'insécurité. Lorsque le Protectorat britannique d'Afrique centrale est instauré en 1891, ces colons obtiennent du gouvernement colonial des droits de propriété sur ces terres. Bien que de nombreux contrats comprennent des clauses de « non dérangement », autorisant les Africains déjà résidents à cultiver les terres sans verser de droits, beaucoup de propriétaires exigent des journées de travail en échange. Les colons appellent cela thangata, un mot de la langue chewa désignant à l'origine une entraide villageoise sous forme de travail, qui prend donc la nouvelle acception d'un travail destiné à payer un loyer[1].

Dans les premières années du protectorat du Nyassaland, les domaines ont besoin de travailleurs pour commencer à produire. Beaucoup sont installés dans des zones peu peuplées, à cause de l'insécurité. Lorsque les propriétaires introduisent le loyer sous forme de travail, un certain nombre s'en vont pour des terres libres de droits gérées communautairement. De nouveaux travailleurs, la plupart venant du Mozambique, fuyant les difficiles conditions qui y règnent, sont incités à s'installer dans les domaines et à faire pousser leurs propres cultures en échange de la hut tax, une forme de taxe de résidence, qui vaut, à l'origine, deux mois de travail par an. Ces migrants n'appartiennent à aucune communauté locale et ils n'ont donc pas accès aux terres gérées par le droit coutumier. Avant 1905, les domaines ont des tailles relativement réduites, les planteurs recherchant les cultures économiquement rentables. À partir de 1905, le coton commence à être exploité commercialement à grande échelle. Il nécessite cinq à six mois de travail en période de croissance pour pousser convenablement. Entre 1910 et 1925, le tabac est aussi exploité et, comme le coton, il réclame beaucoup de travail humain. Dans plusieurs domaines, le thangata est alors augmenté et on exige des locataires quatre à six mois de travail pour le loyer et la taxe de résidence, ce qui leur laisse peu de temps pour leurs propres cultures. Il existe de nombreux abus, telles la sous-estimation du temps de travail effectué, l'absence de paiement lorsque le travail effectué excède celui exigible et la transformation du mois de travail en cinq semaines de six jours (trente jours de travail effectif au lieu de quatre semaines avec le dimanche de repos). Les femmes des migrants, les veuves et les femmes célibataires sont aussi contraintes à travailler, en contradiction avec la coutume[2]. En 1903, la Haute Cour du Nyassaland déclare que les habitants initiaux des domaines soumis à la clause de « non dérangement » sont exemptés de thangata et ont droit au maintien sur les lieux. Une législation régularise certains aspects du thangata en 1908, mais elle est largement ignorée. Les conditions du thangata sont à l'origine du soulèvement de 1915 au Nyassaland, mené par John Chilembwe.

À la suite de ce soulèvement, une ordonnance radicale est prise en 1917, afin de rendre le thangata illégal et de le remplacer par un paiement monétaire au lieu d'un service de main-d'œuvre[3]. La mesure n'a aucun effet car les propriétaires terriens menacent d'expulser tous les locataires qui ne seraient pas nécessaires pour couvrir leurs besoins en main-d'œuvre. Ceux qui auraient été expulsés auraient ainsi formé un réservoir de travailleurs que les propriétaires auraient pu embaucher à leur convenance, en fonction de leurs besoins[4]. Le gouvernement plie devant cette menace, mais les propriétaires expulsent néanmoins un nombre significatif de locataires, au motif qu'ils sont incapables de travailler ou qu'ils sont fauteurs de troubles, leur préférant les migrants venus du Mozambique, plus malléables[5].

Parmi les cultures demandant beaucoup de main-d'œuvre, celle du café décline à partir de 1905, celle du coton vers 1918 et celle du tabac à partir de 1925 ; seule la culture du thé continue à être rentable. Plusieurs domaines de la basse vallée de la Shire sont abandonnés ; ailleurs, les surfaces cultivées décroissent[6].

À ce moment, la majeure partie de la production de tabac provient de petits propriétaires installés sur des terres de la Couronne appartenant à l'État. La demande en main-d'œuvre décroît donc dans les années 1920, les propriétaires n'ont plus assez de travail à confier à leurs locataires pour qu'ils s'acquittent du thangata ; ils les déclarent alors occupants sans titre (squatters) et menacent de les expulser s'ils refusent de pratiquer des cultures de rente[7]. Les grands domaines évitent l'effondrement en utilisant un système dans lequel ils achètent à prix garanti, quoique peu élevé, les récoltes de coton ou de tabac de leurs locataires. Le dispositif est entériné en 1928 par l'ordonnance sur les autochtones dans les domaines privés, qui modifie le thangata en autorisant le paiement sous forme monétaire, qui fixe les quantités acceptables de surfaces concédées pour la culture en propre et le volume de travail exigible. Les domaines agissent donc désormais plutôt comme des revendeurs des récoltes de leurs locataires et le terme thangata se met donc à désigner aussi les loyers payés en nature par des produits agricoles. L'ancienne forme du thangata perdure cependant là où les propriétaires ont encore besoin de beaucoup de main-d'œuvre[8],[9]. En 1911, on estime qu'environ 9 % des malawites africains vivent dans les domaines. En 1945 l'estimation est de 10 %, soit 173 000 personnes pour 49 000 familles. En 1962, on ne compte plus que 9 000 familles dans ce cas[10].

Législation

Effets de la législation

Notes et références

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