Orgue Jullien de la collégiale Saint-Jean-Baptiste de Roquemaure

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Orgue Jullien de la collégiale Saint-Jean-Baptiste à Roquemaure
Image illustrative de l’article Orgue Jullien de la collégiale Saint-Jean-Baptiste de Roquemaure
Localisation
Pays Drapeau de la France France
Région Languedoc-Roussillon
Département Gard
Commune Roquemaure
Édifice église paroissiale Saint-Jean-Baptiste
Latitude
Longitude
44° 03′ 09″ nord, 4° 46′ 45″ est
Facteurs
Construction Barthélémy & Honoré Jullien 1690
Restauration Pascal Quoirin 1989
Caractéristiques
Jeux 17
Claviers 2 & pédalier à la française
Protection Logo monument historique Classé MH (1972, 1975, instrument, buffet)

L’orgue Jullien de la collégiale Saint-Jean-Baptiste de Roquemaure dans le Gard est exceptionnel à triple titre . En effet, il est d’abord le seul exemple, au moins au sud de la Loire, d’un orgue à la partie instrumentale plus ancienne que le buffet qui l’abrite ; mais, beaucoup plus important et intéressant, il est d’une part le seul exemplaire bien conservé de Plein Jeu provençal du XVIIe siècle (l’autre spécimen, dû à Charles Royer à Cuers, ayant été plus altéré), synthèse entre le Ripieno italien et l’orgue nord-européen, avec un jeu de Tierce en plomb et de taille principalisante ; et d’autre part son pédalier, avec sa simple octave courte en 8 pieds pour Ut, Ré, Mi, et en 16 pieds à partir du Fa, prolongeant dans les basses le clavier principal en 8 pieds, témoigne d’une conception héritée du Moyen Âge et retrouvée chez d’autres organiers provençaux tels Pierre Marchand, Charles Royer et plus rarement les Eustache.

Remplaçant un orgue des frères Eustache de Marseille de 1666 probablement disparu lors de la fureur Révolutionnaire, cet instrument vient du couvent des Cordeliers d’Avignon pour lequel il fut construit en 1690 par les frères Barthélémy & Honoré Jullien de Marseille pour le compte de leur père Anthoine. Cette origine est authentifiée par le devis originel relevé par Alain Girard aux archives départementales du Vaucluse (Pradon 768, folios 319 à 322). Certes, comme presque toujours, quelques nuances constructives existent par rapport au devis, mais l’essentiel correspond très exactement.

Le buffet, hormis les tourelles et leurs pièces gravées, date de l’époque du transfert à Roquemaure, vers 1820, à la faveur de la vente des biens nationaux, la boiserie originelle faisant probablement partie intégrante de la maçonnerie de la chapelle conventuelle. Le responsable de ce transfert et des transformations mineures nécessités par l’adaptation au nouveau buffet est inconnu. De cette époque date donc la légère modification du mécanisme de traction des notes avec correction de l’abrégé par rouleaux en fer pour 8 notes afin de permettre son intégration au nouveau buffet. Le cornet d’écho disparaît à cette occasion et la Pédale se voit complétée des 4 notes diatoniques manquantes et du Do 2 avec un petit pédalier à l’Allemande désormais de 13 notes.

En 1921, Henri Firmin de Rouen restaure l’orgue et donne, soi-disant, une inflexion plus « romantique » à la composition en permutant des tuyaux mais sans modifier leur harmonisation. Il supprime aussi la Voix humaine et le Cromorne, transforme en 16’ le Bourdon 8’ (supprimant de ce fait sa dernière octave), le Prestant en Quinte ouverte et le dessus de Tierce en Flûte 8’.

Vers 1947 ont lieu quelques réparations mineures sans modification de l’état de 1921.

Dans les années soixante, son titulaire Hubert Caumette, soutenu par le Père Pic, curé de la paroisse, tente de tirer l’orgue de son anonymat et le fait visiter à Alain Girard, archéologue, Pierre Rochas, spécialiste de l’Orgue Provençal et au Père Jarrié de Saint-Maximin-la-Sainte-Baume. Mais c’est Henri Blanc, catalyseur de la première restauration, qui fait venir Claude Aubry, spécialiste de Charles Royer, qui fait le rapprochement avec le devis de l’orgue des Cordeliers d’Avignon. Et en 1969 Pierre Chéron, à qui l’on doit déjà le sauvetage des orgues historiques de Saint-Maximin-la-Sainte-Baume (1959), Barjols (1963), Saint-Chinian (1964) et Cuers (1968), restaure la partie sonore, supprimant les modifications de Firmin, reclassant toute la tuyauterie et refaisant de neuf le Nazard d’après 4 tuyaux restants et le Larigot d’après celui de Charles Royer à Cuers. L'orgue permet ainsi à Francis Chapelet d'enregistrer des pièces des XVIe et XVIIe siècles pour illustrer le Numéro 1-23 d'Orgues Historiques consacré à Roquemaure en et édité par la maison qui n'était pas encore Harmonia Mundi mais Harmonie du Monde.

Le , la partie instrumentale est classée au titre objet par les Monuments Historiques[1], puis en 1974 Pierre Chéron poursuit son travail en refaisant les claviers, le cornet d’écho devant être restitué plus tard. Le , le buffet aussi est classé au titre objet par les Monuments Historiques[2].

De 1988 à 1989, Pascal Quoirin restaure une nouvelle fois l'orgue, refaisant à neuf claviers, pédalier, pommettes de tirants de jeux, Cornet d’Echo et son sommier ainsi que les jeux disparus en 1921 : Cromorne & Voix humaine. Le buffet est restauré par les établissements Jean Férignac de Hautefort en Dordogne : la boiserie, attaquée par les vers, a été débarrassée de sa peinture faux bois pour pouvoir être traitée, ses parties vermoulues remplacées et l’ensemble reteinté et ciré.

Description

Le buffet à un seul corps est en noyer, comme les poutres soutenant l’instrument, et date du transfert de l’orgue à Roquemaure autour de 1820. Il intègre les seuls éléments récupérés du buffet de l’orgue des Cordeliers d’Avignon: les trois tourelles, et leurs pièces gravées, sommées pour la centrale, la plus élevée, d’un ange musicien, et pour les plus extrêmes, de pots à feu. La fenêtre de la console est encadrée d’une sorte de dais sculpté assez lourd. Les deux plates faces sont garnies surtout de chanoines. Les décorations, à base de chutes de fleurs ou de feuillages, des claires-voies et des culs-de-lampe de tourelles manquent de finesse. Les tuyaux de façade sont en étain à 88 % et leurs écussons repoussés de caractère roman.

L’orgue contient 1019 tuyaux, 28 rangs, dans 17 jeux répartis sur 1 clavier (48 notes) & demi (25 notes) et pédalier à la Française de 8 notes (ut, ré, mi, fa, sol, la, sib, si).

La traction des notes est entièrement mécanique, originelle et suspendue pour le clavier principal. L’abrégé est d’origine mis à part huit rouleaux en fer datant de 1820. Le mécanisme de pédale commence par un petit abrégé, aux rouleaux de section carrée, placé au-dessus de l’arrière du pédalier, repris par des équerres de part et d’autre de la console.

Le tirage des jeux est bien sûr mécanique, par des tirants de registres en bois de section carrée avec pommettes tournées et étiquettes portant le nom des jeux, reconstituées d’après celles d’origine ; repris par des équerres en fer et des rouleaux en bois verticaux de section octogonale.

La tuyauterie intérieure est toute en étoffe (alliage plomb-étain) à 2 % d’étain, 3 % de métaux durs et 95 % de plomb, sauf la Trompette et la Bombarde qui sont en fer-blanc et 2 basses de la Montre & 9 basses du Bourdon en bois. Toujours forgée au marteau, parfois auparavant laminée, l’étoffe devient un métal très solide, ce qui explique le parfait état de cette tuyauterie de plus de trois cents ans. L’utilisation de fer-blanc (tôle étamée) pour les tuyaux d’anches n’est pas motivée par des préoccupations économiques, comme on l’a longtemps cru, mais par le souci de leur donner un maximum d’éclat sonore à l’instar des trompettes militaires. Une autre singularité de ces jeux d’anche est leurs languettes très épaisses, le double des plus épaisses recensées en 1969 ; ce qui nécessite une pression élevée pour les faire parler convenablement. Les trois jeux bouchés ont leurs tuyaux munis de leurs calottes mobiles originelles qui ont la particularité d’avoir un fond très épais, ce qui leur donne une émission franche et volumineuse, propre à ajouter à la solidité des 8’ & 4’ ouverts la percussion d’une attaque plus vive, selon la tradition nord européenne. Le Larigot et le Nazard sont de Pierre Chéron en plomb martellé alors que le Cromorne et la Voix humaine sont de Pascal Quoirin.

Le diapason ancien (la3 à 415 Hz à 15°), un demi-ton au-dessous de notre diapason actuel, a été rétabli, lors de la restauration de Pascal Quoirin, par rallongement de toute la tuyauterie (le métal laminé nécessaire ayant été fourni par Jean Marty, dinandier à Apt) et l’accord réalisé selon une partition inégale.

Les sommiers anciens en noyer, à gravures et registres coulissants, ont été restaurés, les chapes étaient originellement clouées avec des clous en fer forgé. Les layes sont en avant, les soupapes plates et triangulaires, collées en queue. Le clavier principal possède un sommier pour les basses (Ut1 à Si2) et un sommier pour les dessus (Ut3 à Ut5) accueillant également trois basses (Ré1, Mi1, Fa#1), le sommier d’Echo est neuf, de Quoirin.

La soufflerie, dans le soubassement de l’orgue, comprend un ventilateur électrique alimentant un réservoir à lanterne muni d’une boîte à rideau. Une intervention ultérieure pourrait rétablir la soufflerie cunéiforme originelle.

Singularités de facture

Composition

Annexes

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