Ostraca Moussaïeff
From Wikipedia, the free encyclopedia
Les ostraca Moussaïeff sont deux tessons de poterie inscrits en écriture paléo-hébraïque datés du VIIᵉ siècle av. J.-C. Ils évoquent une contribution financière pour le temple de Yhwh et la réclamation d’une veuve. Leur authenticité est néanmoins contestée.
Ces deux ostraca ont été publiés en 1996 par Pierre Bordreuil, Felice Israel et Dennis Pardee dans la revue Semitica du Collège de France[1].
Le premier mesure 10,9 x 8,6 cm et comporte cinq lignes d’écriture paléo-hébraïque :
1) KʾŠR ṢWK . ʾŠY
2) HW . HMLK . LTT . BYD
3) Z]KRYHW . KSP TR
4) ŠŠ . LBYT YHWH[.]
5) Š 3
1) « Comme t’a ordonné Ashy-
2) hw, le roi, de donner dans la main de
3) Zakaryahou l’argent de Tar-
4) shish pour la Maison de YHWH
5) s<sicles> 3 »[1]
Le second mesure 10,55 x 11,14 cm et comporte huit lignes d’écriture paléo-hébraïque :
1) YB[R]KK [.] YHWH BŠ[L]M . WʿT . YŠM
2) ʿ . ʾDNY . H[ŠR] ʾT ʾMT[K] MT
3) ʾYŠY . Lʾ BNM . WHYH . YDK .
4) ʿMY . WNTTH . BYD . ʾMTK . ʾT . H
5) NḤLH ʾŠR . DBRTH . LʿMS
6) YHW . WʾT . ŠDH . HḤTM . ʾŠ
7) R BNʿMH . NTTH . LʾḤ
8) YW .
1) « Que te bénisse YHWH en paix. Et maintenant qu’écou-
2) te mon seigneur l’officier ta servante : il est mort
3) mon époux, pas de fils ! Et que cela se passe ainsi : (que) ta main (soit)
4) avec moi ; et que tu mettes dans la main de ta servante l’
5) héritage dont tu avais parlé à Amas-
6) yahou. Et quant au champ de froment qu-
7) i (est) à Na‘amah, tu (l’ ?) as donné à son
8) frère. »[1]
Authenticité
Selon l’analyse paléographique de l’editio princeps, les deux ostraca auraient été copiés par un même scribe dans la seconde moitié du VIIᵉ siècle av. J.-C.[1] Ils proviendraient donc du royaume de Juda, sans pouvoir être plus précis puisqu’ils n’ont pas été découverts lors de fouilles régulières mais font partie de la collection du bijoutier Shlomo Moussaïeff. Les éditeurs s’interrogent donc quant à leur authenticité, et signalent que « les analyses effectuées en laboratoires n’ont relevé aucune anomalie et ont constaté au contraire entre support et enduit une homogénéité de bon aloi ». Ils ajoutent que l’analyse interne rend peu probable qu’il s’agisse de faux, car ce seraient alors « deux exemples de contrefaçon dont la forme et le fond sont d’une singulière qualité »[1].
Dans le même volume, Arnaud Sérandour publie quelques remarques sur le premier ostracon qui, selon lui, « militent en faveur de l’authenticité du document et invitent à approfondir la réflexion relative à l’utilisation de la Bible comme source d’histoire »[2].
En 1998, les mêmes auteurs publient une version anglaise de leur article[3]. Des précisions sont apportées par Christopher A. Rollston sur les analyses faites deux laboratoires ; il en conclut que l’encre a la même composition chimique que les encres anciennes, et que la patine qui la recouvre est naturelle, ancienne, de sorte que l’inscription est bien authentique.
La même année, deux spécialistes israéliens expriment néanmoins leurs doutes quant à l’authenticité de ces deux ostraca[4].
En 2003, Christopher A. Rollston change d’avis, après avoir initialement conclu à l’authenticité des ostraca en 1998[3] : dans un nouvel article, il détaille ce qu’il considère être des anomalies paléographiques et conclut que les deux ostraca Moussaïeff sont des faux modernes, réalisés par le même faussaire[5].
En 2005, de nouvelles analyses chimiques sont réalisées et concluent que les deux ostraca sont des faux modernes[6].
Notes et références
- 1 2 3 4 5 Pierre Bordreuil, Felice Israel et Dennis Pardee, « Deux ostraca paléo-hébreux de la Collection Sh. Moussaïeff », Semitica, vol. 46, , p. 49-76
- ↑ Arnaud Sérandour, « Remarques complémentaires sur la contribution ordonnée par le roi ʾŠYHW pour le temple de YHWH », Semitica, vol. 46, , p. 77-80
- 1 2 P. Bordreuil, F. Israel et D. Pardee, « King's Command and Widow's Plea: Two New Hebrew Ostraca of the Biblical Period », Near Eastern Archaeology, vol. 61, no 1, , p. 2–13 (ISSN 1094-2076, DOI 10.2307/3210672, lire en ligne, consulté le )
- ↑ Israel Eph'al et Joseph Naveh, « Remarks on the Recently Published Moussaieff Ostraca », Israel Exploration Journal, vol. 48, nos 3/4, , p. 269–273 (ISSN 0021-2059, lire en ligne, consulté le )
- ↑ Christopher Rollston, « Non-Provenanced Epigraphs I: Pillaged Antiquities, Northwest Semitic Forgeries, and Protocols for Laboratory Tests », Maarav, (lire en ligne, consulté le )
- ↑ Yuval Goren, Miryam Bar-Matthews, Avner Ayalon et Bettina Schilman, « Authenticity Examination of Two Iron Age Ostraca from the Moussaieff Collection », Israel Exploration Journal, vol. 55, no 1, , p. 21–34 (ISSN 0021-2059, lire en ligne, consulté le )