Otto Petschek
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Otto Petschek, né le à Prague à l'époque en Autriche-Hongrie, et décédé le à Vienne, est un banquier et industriel autrichien, puis tchécoslovaque. En tant que fils premier-né d'Isidor Petschek et futur chef de famille, il représente les intérêts des Petscheks de Prague à partir de 1919, qui comptent parmi les dynasties entrepreneuriales juives les plus riches d'Europe.
Entre 1924 et 1930, il fait construire la Villa Petschek, l'une des villas bourgeoises les plus luxueuses de Prague-Bubentsch, aujourd'hui résidence de l'ambassadeur des États-Unis en République tchèque. Une variété d'Aster amellus porte le nom de « Dr. Otto Petschek » en son honneur.
Sa vie
Jeunesse et formation
Otto Petschek est le fils aîné d'Isidor Petschek (1854-1919) et de Camilla Petschek, née Robitschek (1860-1928). La famille est germanophone et est imprégnée de culture allemande. Il a trois frères : Paul Petschek (1886-1946), Friedrich Petschek (1890-1940) et Hans Petschek (1895-1968). Son grand-père est le prêteur sur gage Moses Petschek, fondateur de la dynastie des Petschek. Après sa mort, Isidor Petschek devient le chef de famille. Otto Petschek, surnommé « Ottolino » par sa famille, grandit dans une famille très aisée et reçoit une éducation complète, classique et européenne[1].
Les Petschek étaient des Juifs orthodoxes, mais se sont tourner vers le judaïsme libéral dès le début du XXe siècle. Ils sont activement impliqués dans la communauté juive de Prague et comptent parmi ses principaux soutiens financiers. Otto Petschek bénéficie d'un enseignement religieux quotidien ainsi que d'une étude approfondie de la Halakha et de l'Aggada. Très tôt, il manifeste un vif désir d'apprendre et possède des aptitudes pour la fiction et la musique classique, mais aussi un penchant pour l'extravagance. Avec ses parents, ses frères et la famille de son oncle Julius Petschek, il fréquente régulièrement les opéras les plus célèbres et les plus importants d'Europe, notamment le Neues Deutsches Theater à Prague, l'Opéra d'État de Vienne, le Semperoper de Dresde et, enfant, La Scala de Milan. La musique classique devient sa première passion. À 10 ans, il assiste aux Meistersinger (Maîtres chanteurs) de Nuremberg et reste un fervent wagnérien tout au long de sa vie[1].
Avec la phrase « La musique est un loisir, pas une profession », son père lui interdit de poursuivre une carrière musicale. Tout comme Isidor et Julius Petschek, il étudie le droit à l'université Charles germanophone. Franz Kafka est l'un de ses condisciples. En 1909, il obtient un doctorat en droit. Par la suite, Otto Petschek est embauché par son père pour trois ans comme stagiaire au cabinet du Dr Julius Popper, ami de la famille et président du conseil de surveillance de plusieurs mines du bassin de Falkenau, membre du barreau autrichien du royaume de Bohême et secrétaire de la Société autrichienne pour la promotion de l'industrie chimique[1].
Après son stage, il reçoit une formation intensive de son père et de son oncle Julius au sein des importantes entreprises bancaires et minières familiales. Cette formation comprend également la gestion du personnel et la comptabilité interne. Avant même le déclenchement de la Première Guerre mondiale, il se voit confier la gestion de tous les investissements d'Isidor et de Julius Petschek en Bohême du Nord et en Silésie autrichienne. Dès lors, son oncle Julius se charge principalement des participations familiales en Allemagne. Le centre névralgique de cette famille entrepreneuriale demeure le cabinet d'avocats d'Isidor Petschek[2].
Les activités industrielles
À cette époque, la famille se divise en deux lignées principales: les « Petschek de Prague », qui regroupent tous les parents d'Isidor et de Julius Petschek, et les « Petschek d'Aussig », qui regroupent tous les parents d'Ignaz Petschek. Comme les Petschek de Prague et ceux d'Aussig opérent dans les mêmes secteurs d'activité, ils se livrent une concurrence acharnée à partir de 1915[3],[4]. Même aux funérailles de membres communs de leur famille, ils y vont séparément, voire pas du tout, et ne se parlent pas du tout entre eux[5],[6],[1].
En 1917, les Petschek de Prague acquèrent la majorité de la Brüxer Kohlen-Bergbau-Gesellschaft (Compagnie houillère de Brüx) ainsi que de la Nordböhmischen Kohlenwerke AG (Compagnie des Charbonnages de Bohême du Nord) et de la Montan- und Industrialwerke AG, anciennement J.D. Starck, à l'époque les trois plus grandes sociétés minières de la monarchie des Habsbourg[7]. À peu près au même moment, ils font l'acquisition de la majorité des actions de Werschen-Weißenfelser Braunkohlen AG (Compagnie des charbonnages de Werschen-Weißenfels) et de la Anhaltische Kohlenwerke AG (Compagnie des mines de charbon d'Anhalt) en Allemagne, qui, au cours des années suivantes, fusionneront de facto pour devenir les plus grands producteurs de lignite de la région lignitifère d'Allemagne centrale[8].
De plus, les Petschek de Prague possèdent d'importantes parts dans la Anglo-Österreichische Bank (Banque anglo-autrichienne) de Vienne, ce qui leur permet de se livrer à d'importantes opérations boursières. En 1917, ils fondent la Prager Kommerzgesellschaft GmbH (Société commerciale de Prague) pour gérer leurs transactions financières[6],[9].
Jusqu'en 1918, la famille Petschek est l'une des dynasties financières et industrielles les plus importantes de la monarchie danubienne. Même après la l'indépendance tchécoslovaque, les Petschek de Prague restent étroitement liés à l'Autriche, tant sur le plan professionnel que privé. Á partir de 1919, Otto Petschek est notamment membre du conseil d'administration de la Österreichische Credit-Anstalt für Handel und Gewerbe (Caisse autrichienne de crédit pour le commerce et l'industrie), basée à Vienne, dont la famille détient une part importante du capital jusqu'en [10].
Á la mort de son père, Isidor Petschek, le , Otto Petschek devient le chef de la famille Petschek[11]. Selon la loi mosaïque, en tant qu'ainé, Otto Petschek a droit à une double part de l'héritage de son père, ainsi qu'à des privilèges particuliers par rapport à ses frères, oncles et cousins, mais a également des devoirs envers toute la famille. Ceux-ci incluent, avant tout, le maintien de l'unité familiale et l'entretien de sa mère veuve et de ses enfants mineurs. Sous son égide, la richesse des Petschek de Prague va atteindre son apogée absolue[1] .
L'oncle Julius laisse au nouveau chef de famille la gestion de tous les biens communs, y compris la gestion de la Bankhaus Petschek & Co., fondée en 1920, qui prospère jusqu'à devenir la plus grande banque privée de la première République tchécoslovaque[12]. Les propriétaires de la banque sont Otto Petschek, ses frères Paul, Friedrich et Hans, Julius Petschek et son fils Walter, chacun avec des parts égales[13]. La banque Petschek & Co. soutient activement financièrement le Neuen Deutschen Theaters et la Sécession praguoise germanophone. Otto Petschek veille également à ce que le Musée des Arts décoratifs de Prague reçoive régulièrement d'importantes subventions de la banque entre 1923 et 1933[14]. Otto Petschek est également en contact étroit avec le compositeur Leo Kestenberg, à qui il fait également des dons considérables[15].
Selon les historiens, les activités commerciales d’Otto Petschek jouent un rôle central dans le dynamisme initial de l’économie tchécoslovaque[16]. En effet, les Petschek de Prague dominent presque entièrement le marché de l'énergie de la première République tchécoslovaque. De plus, jusqu'au début des années 1930, les Petschek de Prague et d'Ústí contrôlent ensemble 50 % de la production européenne de charbon et 30 % des mines de lignite allemandes. À l'est de l'Elbe, leur part fluctue entre 66 et 70 %[17],[4]
En Allemagne, notamment, Julius et Ignaz Petschek sont presque exclusivement sous le feu des projecteurs. C'est pourquoi, en Allemagne, les Petschek pragois étaient souvent appelés « Julius-Petschek-Gruppe» ou « Julius-Petschek-Konzern » pour les distinguer des Petschek d'Ústí. Bien que Julius Petschek dirige la succursale pragoise de l'entreprise familiale en Allemagne, il n'en a jamais été le patriarche. Tous les liens entourant les investissements et la coordination des participations des Petschek pragois en Europe centrale convergent toujours à Prague jusqu'en 1919, au sein du cabinet d'avocats Isidor Petschek, puis au sein de la banque Petschek & Co., dirigée par Otto Petschek jusqu'en 1934[18],[2].
Villa Petschek

Otto Petschek démontre sa richesse et son statut social avec la Villa Petschek à Prague-Bubentsch, qu'il a lui-même conçue et achevée en 1930. La propriété sert aujourd'hui de résidence aux ambassadeurs des États-Unis en République tchèque. Otto Petschek a également lui-même conçu une grande partie des espaces verts du parc original de deux hectares de la villa. À cette fin, la pépinière Späth crée, entre autres, une nouvelle variété d'Aster amelle, dénommée Aster amellus Dr. Otto Petschek[1]. L'architecte de la maison des Petschek est Max Spielmann. Les frères d'Otto Petschek, Friedrich et Hans, ainsi que son fils Viktor, construisent également des villas à Bubentsch dans les années 1920. Au total, les Petschek laissent derrière eux 13 villas à Prague[19],[20].
Sa mort
En , lors de vacances avec sa femme dans les Alpes Italiennes, Otto Petschek ressent une douleur lancinante dans le haut du corps. Épuisé, sa peau devient moite et grise, et ses mains se mettent à trembler. Le médecin de l'hôtel lui prescrit d'abord de l'opium, ce qui soulage quelque peu sa douleur. Ils écourtent leur voyage et se rendent à Vienne pour consulter le Dr Ludwig Popper, un cousin de Martha Petschek. Un traitement hospitalier en Italie ou en Tchécoslovaquie est hors de question pour Otto Peschek. À son arrivée à Vienne, cependant, son état se détériore considérablement. Otto Petschek meurt le , à l'âge de 51 ans, à l'hôpital général de Vienne[1]. Ses funérailles se déroulent le à Prague. Sa tombe se trouve au nouveau cimetière juif de Strašnice[21].
Sa famille
Lors de son stage au cabinet Popper, Otto Petschek tombe amoureux de la fille du propriétaire, Martha Popper (1887–1940). Le mariage, qui va durer plusieurs jours, a lieu à l'été 1913, suivie d'une lune de miel en Italie[1]. De ce mariage vont naitre quatre enfants :
- Viktor Petschek (1914–2005), le chef régulier de la famille Petscheks de Prague à partir de la mort de son père en 1934. Il épousera plus tard Miriam Rachel (Mary) Fogelman [22].
- Eva Petschek (1920–2014), est envoyée à un jeune âge pour des études dans un pensionnat en Angleterre. Elle épousera le journaliste Robert B. Goldmann[23].
- Rita Madeleine Petschek (1922–2006), mariée à Alexandre Kafka (1917–2007), cousin germain de Franz Kafka[24].
- Ina Louise Petschek (1922–2013), mariée à Adolf Schlesinger[25].
Après la mort de Julius Petschek en , puis celle d'Otto Petschek en 1934, les Petschek de Prague décident d'abandonner leurs activités en Europe centrale. Paul, un autre frère d'Otto Petschek, avait pris en charge dès , la représentation des intérêts de la famille en Allemagne. Il résidait à Berlin-Wannsee mais à partir de , il devient le représentant de la famille à Londres[2]. Les héritiers de Julius et Otto Petschek fusionnent leurs sociétés dans une société holding américaine, la United Continental Corp., basée à New York, et vendent leurs parts commerciales en Allemagne et en Tchécoslovaquie[26]. Tous les membres de la famille Petschek de Prague déménagent dans un premier temps à Londres, puis en aux États-Unis[2],[27]. Les descendants d’Otto Petschek vivent aujourd’hui à New York et certains en Argentine[28].
Bibliographie
- Norman Eisen: Der letzte Palast von Prag. Propyläen Verlag, 2020.
