Outel Bono

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Outel Bono, né en 1934 à Fort-Archambault et mort le à Paris, est un médecin et homme politique tchadien.

Outel Bono est né le [1] dans le district de Fort-Archambault (Afrique-Équatoriale française), dans le sud du Tchad[2].

« Outel Bono arrive en France en 1945 à l’âge de 11 ans. Il suit de brillantes études secondaires de Bordeaux à Périgueux, en passant par Cahors. C’est dans cette ville qu’il rencontre, en 1952, Nadine Dauch. Sept ans plus tard elle l’épousera pour devenir Nadine Bono. Trois enfants naîtront de cette union : Mariame, Daimane et Tarik. Entre-temps, en 1953, il est admis à la faculté de médecine de Toulouse. Très vite, Outel milite à la Fédération des étudiants d'Afrique noire en France (FEANF). Cette association était autant un syndicat étudiant, qui pouvait aider à obtenir une bourse ou un logement, qu’un cercle de réflexion politique sur l’avenir de l’Afrique »[3].

Il adhère au Parti africain de l'indépendance (PAI) en 1957. Peu après, il va au Tchad durant ses vacances où multiplie les conférences, dans plusieurs villes, pour sensibiliser le peuple à la décolonisation. Il commence ainsi « à gêner l’administration coloniale française »[3].

Outel Bono effectue son internat en Tunisie de 1959 à 1961 où il noue des contacts avec des nationalistes algériens. Durant ces années, il se rend en Chine avec la FEANF « et restera marqué par l’expérience maoïste qu’il estime un exemple à suivre pour l’Afrique. »[3]

« Deux ans après l'indépendance du Tchad, le 11 août 1960, il est le premier médecin tchadien diplômé en France à rentrer au pays, le 1er août 1962. Le deuxième arrivera huit jours plus tard. Tous deux travaillent à l’hôpital central de Fort-Lamy (aujourd’hui N’Djamena) mais sont très vite confrontés au mépris et au racisme des médecins militaires français. Face aux menaces des deux diplômés de travailler à leur compte, ils sont intégrés par décret à la fonction publique le 20 février 1963. »[3]

Dès son retour au Tchad en 1962, il critique « publiquement les dérives autoritaires du régime de François Tombalbaye, ce qui lui vaut d’être incarcéré à plusieurs reprises »[4].

Outel Bono, après avoir été contacté (comme d'autres diplômés rentrés de France) par François Tombalbaye, président du Tchad, pour « préparer le congrès de Fort-Archambault de janvier 1963 »[3]. Ce congrès doit permettre de transformer le « Parti progressiste tchadien (PPT) en parti unique, alors qu'Outel rêverait d’un "parti de l’unité". Il comprend vite qu’il a été manipulé »[3].

Le 24 mars 1963[3], il est arrêté pour « complot contre la sûreté de l’Etat », avec une vingtaine d’autres personnalités politiques[4]. « Il est condamné à mort à la suite d’une parodie de procès à huis clos, où aucune preuve contre lui n’est apportée. Son épouse Nadine alerte l’opinion internationale et mène une campagne avec le Parti communiste français. Sa peine est commuée en détention à perpétuité avant qu’il ne soit finalement libéré en 1965 à l’occasion du 5e anniversaire de l’indépendance »[3].

« Entre 1965 et 1969, il exerce son activité de médecin, d’abord à Abéché (Est du Tchad) puis à Fort-Lamy. En le nommant directeur de la santé publique, François Tombalbaye cherchait vraisemblablement à acheter le silence de l’opposant. Au lieu de ça, Bono continue de militer. Il jette les bases d’un programme politique : rejet des structures économiques et administratives héritées de l’époque coloniale, réforme de la politique cotonnière, formation de cadres tchadiens, indépendance de la presse, liberté d’association, etc. Marxisant depuis sa jeunesse, Outel Bono partage un certain nombre des orientations formulées au moment de sa création par le Frolinat (Front de libération nationale du Tchad), mouvement rebelle d’opposition. S’il se démarque du mouvement par son rejet de la violence politique, il entretient des relations avec certains dirigeants du Frolinat. Cette proximité ne fait que renforcer la méfiance de François Tombalbaye à l’égard du médecin, étroitement surveillé par les services de renseignement du régime après le procès de 1963 »[4].

En juin 1969, il est de nouveau arrêté et condamné à cinq ans d’emprisonnement pour "diffamation, propos excitant à la sédition, atteinte à la sureté intérieure et extérieure de l’État". Cette arrestation a lieu au lendemain d'un congrès où il tient des propos questionnant le niveau de vie du paysan tchadien[3] et durant lequel les orateurs ont dénoncé les travers du régime[4].

« En juillet 1972, Outel Bono décide de s’exiler en France. Avec une poignée de fidèles, il veut lancer depuis Paris un nouveau parti d’opposition, le Mouvement démocratique de rénovation tchadienne (MDRT), conçu comme une sorte de troisième voie entre le parti unique au pouvoir et le Frolinat. Selon certains témoignages, plusieurs cadres de la rébellion lui auraient d’ailleurs manifesté leur intention de quitter le mouvement armé pour rejoindre le MDRT »[4]. Il est rejoint en France par sa famille quelques mois plus tard[3].

Pour l'historien tchadien Arnaud Dingammadji, Outel Bono est alors « l'adversaire politique le plus redouté » du régime[5]. Pour l'historien français Jean-Pierre Bat, « il proposait en fait une solution politique qu’on appellerait une troisième voie entre la guerre et la rébellion »[6]. Cette solution politique est présentée dans un manifeste distribué aux médias le vendredi 24 août 1973, trois jours avant une conférence de presse prévue pour présenter le nouveau parti d'opposition[3]. Cette conférence de presse est prévue le jour où un congrès initié par Tombalbaye doit commencer et durer 3 jours : ce congrès a pour but de créer un nouveau parti pour remplacer le PPT[7].

Le 26 août, vers 9h30, Outel Bono est tué de deux balles de revolver en montant dans sa voiture, une Citroën DS à Paris, rue de la Roquette, une rue parallèle à la rue Sedaine où il habite[8]. L'assassin s'enfuit en 2 CV. Sa femme, arrivée par avion, sera « chaperonnée » durant huit jours par les époux Bayonne qui l'empêche de communiquer avec l'extérieur. Nadine Bono parvient néanmoins à contacter Me Kaldor, l'avocat de son mari. Le porte-document de Bono a disparu et son appartement a été perquisitionné en l'absence de Nadine Bono[9].

Alain Bernard, le juge chargé du dossier retient la thèse d'un crime passionnel puis est promu en Corse. Il est remplacé par le juge Pinsseau. Un Tchadien, au service des Bayonne, aurait voulu parler. Il meurt d'une « diarrhée »[10]. Thierry Desjardins, journaliste au Figaro, révèle qu'il tient de Hissène Habré que le commandant Galopin, adjoint du colonel Gourvenec, responsable du SDECE à Fort-Lamy, lui aurait avoué l'identité de l'assassin. Ce serait un certain Jacques Bocquel, agent du SDECE, anciennement au service de Bokassa en Centrafrique. Ce Bocquel est interrogé par la police, mais le juge traîne, refuse confrontations et vérifications et conclura finalement par un non-lieu le . Nadine Bono va jusqu'en cassation, mais son pourvoi est rejeté. Elle est condamnée à payer les frais de justice au prétexte « qu'elle n'a pas pu prouver qu'il s'agissait d'un assassinat[11]. »

L'enquête sur le meurtrier d'Outel Bono

Notes et références

Bibliographie

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