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Pacte de non-agression soviéto-finlandais

Traité de non-agression signé en 1932 From Wikipedia, the free encyclopedia

Le pacte de non-agression soviéto-finlandais était un traité de non-agression signé en 1932 par les représentants de la Finlande et l'Union soviétique. Le pacte fut unilatéralement dénoncé par l'Union soviétique en 1939, après l’incident de Mainila, où elle bombarda son propre territoire et accusa la Finlande d'en être responsable.

Le pacte de non-agression signé à Helsinki le . À gauche, le ministre des Affaires étrangères finlandais Aarno Yrjö-Koskinen, et à droite l'ambassadeur de l'Union soviétique à Helsinki Ivan Maisky[1].

L'Union soviétique avait entamé des négociations pour conclure des pactes de non-agression avec ses voisins en Europe pendant l'invasion de la Mandchourie, l'Union soviétique voulait alors sécuriser ses frontières. Bien que la Finlande eut été la dernière à signer le pacte le , après l’Estonie, la Lettonie et la Pologne, elle fut la première à le ratifier en . Les deux parties garantissaient le respect des frontières entre les pays, et convenaient de rester neutre. Les différends devaient être résolus pacifiquement et de façon neutre.

Le pacte fut prolongé jusqu'au à Moscou, le . Il fut signé par le ministre des Affaires étrangères finlandais Aarno Yrjö-Koskinen et le ministre des Affaires étrangères soviétique Maxim Litvinov.

Le pacte rompu par l'Union soviétique le , deux jours avant l'invasion de la Finlande, l’Union soviétique affirmant que la Finlande avait bombardé un village soviétique. Conformément à l'article cinq[2], les parties devraient en appeler à une commission mixte pour examiner l'incident, ce que la Finlande essaya de faire, mais que l'Union soviétique refusa.

Contexte historique

La Finlande et l'URSS après 1917

L'indépendance finlandaise et la reconnaissance soviétique

La décision du Conseil des commissaires du peuple reconnaissant l'indépendance de la Finlande le 18 décembre 1917.

La Finlande proclame son indépendance le , dans le contexte de l'effondrement de l'Empire russe provoqué par la Révolution de Février puis la Révolution d'Octobre[3]. Cette déclaration est rapidement reconnue par le Conseil des commissaires du peuple, dirigé par Vladimir Lénine, le . Cette reconnaissance précoce s'explique autant par des considérations idéologiques (comme le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes, principe officiellement défendu par les bolcheviks)[4] que par la volonté pragmatique de Moscou de stabiliser une situation périphérique alors extrêmement fragile.

Toutefois, cette reconnaissance n'implique pas l'établissement immédiat de relations apaisées. Dès 1918, la Finlande est plongée dans une guerre civile opposant les « Rouges », soutenus par des éléments bolcheviques, aux « Blancs », conservateurs et nationalistes, appuyés notamment par l'Allemagne impériale. La victoire des Blancs renforce durablement en Finlande une méfiance à l'égard du bolchevisme et de la Russie soviétique, perçue comme une menace idéologique et sécuritaire[5].

La guerre civile finlandaise et ses conséquences diplomatiques

Des corps de Rouges au cimetière de Kalevankangas après la bataille de Tampere.

La guerre civile finlandaise, de janvier à , laisse une empreinte profonde dans les relations soviéto-finlandaises. Pour Moscou, la défaite des forces rouges, face aux conservateurs et nationalistes Blancs, représente un revers stratégique et idéologique dans l'espace anciennement impérial. Pour Helsinki, l'implication, réelle ou supposée, des bolcheviks nourrit la crainte d'une ingérence permanente de la Russie soviétique dans les affaires finlandaises[6]. À l'issue du conflit, la Finlande adopte une orientation résolument anticommuniste, tout en cherchant à consolider son statut international[7]. Cette posture complique l'établissement de relations diplomatiques normales avec l'Union des Républiques Socialistes Soviétiques (URSS) durant les premières années de l'indépendance, malgré l'absence de conflit armé direct immédiat.

Les conflits frontaliers et la question carélienne (1918-1922)

Les expéditions militaires finlandaises en Carélie orientale. En beige, la Finlande dans ses frontières de 1917 ; en rouge, l'URSS ; en magenta, la municipalité de Reboly qui a rejoint la Finlande en 1918 ; en vert, la municipalité de Porajärvi qui a rejoint la Finlande en 1919 ; en jaune, le raïon de Petchenga échangé à la Finlande par l'URSS pour récupérer les deux municipalités russes ; en rouge clair, les territoires revendiqués par la Finlande.

Entre 1918 et 1922, les relations bilatérales sont marquées par plusieurs tensions frontalières, en particulier en Carélie orientale. Des volontaires finlandais participent à des expéditions armées (souvent appelées heimosodat, ou « guerres de parenté »), visant à soutenir des populations finno-ougriennes contre le pouvoir soviétique et, dans certains cercles nationalistes, à réaliser le projet d'une « Grande Finlande » (en finnois Suur-Suomi). Ces incursions, bien que non officiellement soutenues par l'État finlandais, sont perçues par Moscou comme des actes hostiles. Elles contribuent à renforcer la conviction soviétique que la Finlande pourrait servir de base avancée pour des puissances occidentales ou contre-révolutionnaires[8].

Le traité de Tartu (1920)

Les tensions trouvent une forme d'apaisement avec la signature du traité de Tartu (ou de Dorpat) le . Ce traité reconnait officiellement la souveraineté et l'indépendance de la Finlande, fixe la frontière soviéto-finlandaise (accordant notamment à la Finlande l'accès à l'océan Arctique par le raïon de Petchenga) et prévoit la fin des hostilités et la normalisation progressive des relations diplomatiques[9]. Le traité constitue le fondement juridique des relations entre les deux États pendant l'entre-deux-guerres, bien que certaines questions, notamment sécuritaires, demeurent latentes.

Durant les années 1920, la Finlande et l'URSS entretiennent des relations caractérisées par une coexistence prudente, sans alliance ni confrontation ouverte. La Finlande adopte une politique de neutralité armée, cherchant à éviter toute dépendance excessive vis-à-vis de ses voisins tout en renforçant ses capacités défensives. Du point de vue soviétique, la Finlande reste un sujet de préoccupation stratégique majeure, en raison de la proximité de Leningrad, située à environ 32 kilomètres de la frontière finlandaise sur l'isthme de Carélie. Cette proximité alimente, dès les années 1920, les réflexions soviétiques sur la vulnérabilité de leur principale métropole du nord-ouest[10].

La politique soviétique des pactes de non-agression

La politique soviétique des pactes de non-agression trouve son origine dans la situation internationale précaire de l'URSS à l'issue de la guerre civile russe de 1917 à 1923. Isolée diplomatiquement, économiquement affaiblie et entourée d'États perçus comme hostiles, la Russie soviétique développe dès les années 1920 une diplomatie pragmatique visant à réduire les risques de conflit armé simultané sur plusieurs frontières[11].

Sur le plan idéologique, les dirigeants bolcheviques oscillent entre deux principes : la conviction marxiste d'une confrontation inévitable avec les puissances capitalistes[12] et la nécessité tactique de garantir une période de « coexistence pacifique »[13] (comme pendant la guerre froide), afin de consolider le régime et reconstruire l'économie, notamment après l'introduction de la Nouvelle politique économique (NEP)[14]. Cette approche est théorisée par des responsables tels que Gueorgui Tchitcherine[15] puis Maxime Litvinov, commissaires du peuple aux Affaires étrangères, qui défendent l'idée que des accords juridiques bilatéraux peuvent servir les intérêts soviétiques sans renoncer aux objectifs idéologiques à long terme[16].

Les pactes de non-agression comme instruments de sécurité

À partir de la fin des années 1920, l'URSS multiplie les pactes de non-agression bilatéraux, particulièrement avec les États situés à ses frontières occidentales et septentrionales. Ces accords visent plusieurs objectifs stratégiques : geler temporairement les frontières héritées de l'après-Première Guerre mondiale[17] ; empêcher la formation de coalitions militaires anti-soviétiques[18] ; rassurer les États voisins afin de limiter leur rapprochement avec les grandes puissances occidentales et de renforcer la légitimité internationale de l'URSS en tant qu'acteur respectant formellement le droit international[19]. Ces pactes s'inscrivent également dans le cadre plus large des efforts internationaux pour limiter la guerre, notamment le pacte Briand-Kellogg de 1928, auquel l'URSS adhère et qu'elle invoque fréquemment dans sa rhétorique diplomatique.

Léningrad (Saint-Pétersbourg), la deuxième agglomération russe après Moscou, la capitale, est très vulnérable, située au sud de l'isthme de Carélie, entre la Finlande et l'Estonie sur la mer Baltique.

Entre 1926 et 1933, l'URSS signe une série de pactes de non-agression ou de neutralité, parmi lesquels la Lituanie en 1926 et la Pologne, la Lettonie, l'Estonie, la France et, sujet de cet article, la Finlande en 1932. Dans le cas des États baltes et de la dite Finlande, ces accords revêtent une importance particulière, car ils concernent des régions considérées par Moscou comme stratégiquement sensibles, notamment pour la défense de Leningrad et l'accès à la mer Baltique. Ces pactes comportent généralement des clauses similaires : la renonciation à l'usage de la force[20], le respect de la souveraineté et de l'intégrité territoriale, l'engagement à régler les différends par voie diplomatique et, parfois, la neutralité en cas de conflit avec un tiers.

Certains, comme Henri Paris, s'accordent pour considérer que la politique soviétique des pactes de non-agression était fondamentalement tactique plutôt que normative[18]. Ces accords n'étaient pas conçus comme des garanties permanentes, mais comme des instruments permettant à l'URSS de gagner du temps face à des menaces jugées plus pressantes ailleurs, de concentrer ses ressources militaires selon ses priorités stratégiques et de maintenir une marge de manœuvre diplomatique maximale (surtout visible dans le Pacte germano-soviétique de 1939)[21]. Cette dimension tactique apparait clairement dans les écrits et discours de responsables soviétiques, ainsi que dans les pratiques ultérieures, notamment la remise en cause de plusieurs pactes dans la seconde moitié des années 1930, lorsque l'environnement stratégique évolue.

Dans ce cadre, le pacte de non-agression avec la Finlande occupe une place spécifique. La Finlande est perçue à Moscou comme un État politiquement hostile[22] mais militairement faible, comme un territoire susceptible d'être utilisé par des puissances occidentales en cas de conflit et comme une menace potentielle pour la sécurité de Leningrad, en raison de la proximité géographique de la frontière[23]. Le pacte de 1932 permet à l'URSS de neutraliser temporairement ce front nord-ouest, tout en évitant de pousser la Finlande dans une alliance militaire explicite avec d'autres puissances. Toutefois, les dirigeants soviétiques ne renoncent pas pour autant à l'idée que la question finlandaise pourrait, à terme, être réglée par des moyens coercitifs si les impératifs de sécurité l'exigeaient.

Négociations et signature

Des contacts diplomatiques informels entre Helsinki et Moscou existent dès la fin des années 1920, mais les discussions formelles s'intensifient à partir de 1930-1931, dans le sillage de négociations analogues menées par l'URSS avec la Pologne et les États baltes. Les autorités finlandaises suivent avec attention ces accords, y voyant un précédent susceptible de s'appliquer à leur propre situation. Les négociations portent principalement sur la renonciation explicite à l'usage de la force, à la compatibilité du futur pacte avec les engagements internationaux existants de la Finlande[24], notamment vis-à-vis de la Société des Nations et de l'absence de clauses secrètes ou d'obligations militaires implicites, exigée par la partie finlandaise[25]. La Finlande se montre particulièrement attentive à toute disposition pouvant limiter sa liberté diplomatique ou être interprétée comme une reconnaissance de revendications territoriales soviétiques. L'URSS, quant à elle, insiste sur des formulations générales et symétriques, évitant toute référence explicite à des différends frontaliers précis.

Les négociations sont conduites, côté finlandais, par le ministère des Affaires étrangères sous l'autorité du gouvernement de Pehr Evind Svinhufvud, élu président en 1931. Côté soviétique, elles relèvent du Commissariat du peuple aux Affaires étrangères, alors dirigé par Maxime Litvinov, architecte central de la politique soviétique de sécurité collective et de non-agression[26]. À Helsinki, le principal représentant soviétique est Ivan Maïski, diplomate chevronné, qui joue un rôle clé dans la formulation finale du texte. Les échanges se déroulent dans un climat décrit par les sources comme prudent mais constructif, chaque partie cherchant à obtenir des garanties minimales sans provoquer de crispation politique interne.

Signature du pacte

Le pacte de non-agression soviéto-finlandais est signé le à Helsinki[27]. Il est paraphé par Aarno Yrjö-Koskinen, le ministre finlandais des Affaires étrangères, et par Ivan Maïski, le représentant plénipotentiaire de l'Union soviétique.

Le choix d'Helsinki comme lieu de signature revêt une dimension symbolique, soulignant la reconnaissance pleine et entière de la souveraineté finlandaise et l'égalité juridique des deux États. Le texte est publié officiellement par les deux gouvernements peu après la signature, sans annexe secrète connue.

À sa signature, le pacte est généralement accueilli de manière favorable mais prudente par la presse et les milieux diplomatiques européens. Il est perçu comme un élément supplémentaire du réseau d'accords visant à réduire les risques de conflit en Europe du Nord, sans toutefois dissiper les inquiétudes relatives à la stabilité à long terme de la région. Les autorités finlandaises présentent le pacte comme une réussite diplomatique, compatible avec la neutralité du pays, tandis que l'URSS y voit une confirmation de sa volonté affichée de régler pacifiquement ses relations avec ses voisins.

Ratification et entrée en vigueur

Le pacte est soumis aux procédures constitutionnelles internes des deux pays. En Finlande, il est ratifié par le Parlement (Eduskunta) sans opposition majeure, bien que certains députés expriment des réserves quant à la fiabilité à long terme des engagements soviétiques. En URSS, la ratification est effectuée par le Præsidium du Comité exécutif central. L'échange des instruments de ratification intervient le , date à laquelle le pacte entre officiellement en vigueur pour une durée initiale de trois ans, renouvelable.

Voir aussi

Références

Liens externes

Bibliographie

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