Païsa

film de Roberto Rossellini, sorti en 1946 From Wikipedia, the free encyclopedia

Païsa (titre original : Paisà) est un film italien réalisé par Roberto Rossellini, sorti en 1946.

Titre original Paisà
Réalisation Roberto Rossellini
Pays de production Drapeau de l'Italie Italie
Faits en bref Titre original, Réalisation ...
Païsa
Description de cette image, également commentée ci-après
(II. Napoli)
Joe et Pasquale dans les ruines de Naples.
Titre original Paisà
Réalisation Roberto Rossellini
Scénario Sergio Amidei
Klaus Mann
Federico Fellini
Marcello Pagliero
Roberto Rossellini
Alfred Hayes
Vasco Pratolini
Pays de production Drapeau de l'Italie Italie
Genre Drame
Guerre
Durée 126 minutes
Sortie 1946

Série Trilogie de la guerre

Pour plus de détails, voir Fiche technique et Distribution.

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Paisà se présente sous la forme d'une suite de six récits indépendants, mais liés par le thème de la libération de l'Italie par les Alliés durant la campagne d'Italie de la Seconde Guerre mondiale (1943-1945). Ils se succèdent chronologiquement, chaque court-métrage jalonnant une grande étape de la progression géographique des Alliés contre les fascistes. Ces récits non titrés sont introduits par une voix-off, et simplement séparés par un « noir ».

Synopsis

En 1943, les Américains débarquent sur les côtes siciliennes. Un groupe de soldats cherche un moyen d'atteindre sa destination en évitant les mines. Prenant conseil auprès de la population d'un village, il prend pour guide, plus ou moins contre son gré, une jeune fille, Carmela, qui connaît bien la région et le conduit jusqu'aux ruines d'un château en passant par une ancienne coulée de lave. Le sergent Joe est chargé de surveiller Carmela, et les deux s'essayent à la discussion, malgré la frontière des langues. Petit à petit, le sergent lui parle de choses intimes, comme de sa famille. Mais il est abattu par une balle allemande. Carmela se retrouve avec des soldats allemands, qui envisagent de la violer. Elle propose d'aller chercher de l'eau, s'empare de l'arme de Joe et abat un soldat allemand. Lorsque les Américains reviennent, ils trouvent le cadavre de Joe et en concluent à la trahison de Carmela. Par la suite, du haut de la falaise, les Allemands regardent le corps de la jeune fille sur les rochers en contrebas, puis s'en vont.

Désormais libérée, Naples sert de plateforme logistique. Beaucoup d'enfants rusent et volent pour y survivre. L'un d'eux trouve un militaire noir américain, complètement ivre. Il l'emmène avec lui à un spectacle de marionnettes et joue de son harmonica ; il est pourtant difficile de savoir s'il s'en est fait un ami ou s'il n'a en tête que de le voler. Quoi qu'il en soit, le militaire finit par s'endormir, et l'enfant en profite pour lui dérober ses chaussures. Plus tard, l'Américain, qui travaille en fait pour la police militaire, retrouve l'enfant en train de voler la marchandise d'un camion. Il prend l'enfant et demande à être conduit chez lui, afin de retrouver ses chaussures. L'enfant le mène à un quartier d'une misère accablante et lui donne des chaussures, mais ce ne sont pas les siennes. Le policier américain veut voir ses parents, mais son père et sa mère sont morts dans les bombardements. L'homme lui redonne alors les bottes.

À Rome, un jeune soldat américain, tombé amoureux d'une jeune Italienne, Francesca, le jour de son arrivée dans la capitale le , rencontre à nouveau cette même femme, par hasard, six mois plus tard. Mais ils ne se reconnaissent pas : elle est devenue prostituée et le traîne de force dans sa chambre. Sur le lit, l'Américain se met à raconter son histoire. À l'écoute de son récit, la prostituée se reconnaît dans la Francesca dont il est amoureux. Encore amoureuse elle aussi, mais embarrassée par son statut de prostituée, elle s'enfuit en lui laissant un rendez-vous sur un morceau de papier. Le lendemain, dessoulé, le soldat jette le papier (« l'adresse d'une pute ») sans même y jeter un œil.

Tandis que la bataille fait rage dans Florence, Hariet, jeune infirmière américaine, persuade son ami Massimo de l'aider à franchir l'Arno et à passer sur la rive droite, où font rage les combats de rue, pour rejoindre Lupo, un ancien peintre devenu chef des partisans. Les deux parviennent à la zone dangereuse grâce à la galerie des Offices préservée, et passent de toit en toit pour atteindre la zone. Entretemps, un vétéran de la Première Guerre mondiale, qui observe les combats de sa terrasse et se flatte de reconnaître les calibres des armes au son de leur tir, leur donne de précieuses informations pour les aider dans leur quête. Finalement, c'est un homme blessé qui, en expirant dans leur bras et en parlant tout seul, leur apprend sans le savoir que Lupo est déjà mort.

En Romagne, la libération se fait longue parce que les Allemands défendent becs et ongles le moindre village. Plus tard, un monastère est libéré et accueille trois aumôniers américains. Ils offrent des conserves aux moines intrigués par du lait en boîte, et goûtent en retour la quiétude et la spiritualité du monastère, vieux de 500 ans, bâti « avant la découverte de la grande Amérique ». Mais les moines apprennent que deux de ces aumôniers sont sur le « mauvais chemin » : l'un est juif, l'autre protestant. Ils discutent avec le catholique sur le moyen de ramener les deux autres à la foi authentique, mais celui-ci indique sagement qu'il respecte leur choix, et que, si lui comme les moines sont persuadés d'être dans la vraie religion, le juif et le protestant le sont tout autant. Lors du dîner, les moines informent leurs hôtes qu'ils vont jeûner dans l'espoir que leur vœu de remettre ces deux hommes sur le droit chemin soit exaucé. L'aumônier américain catholique se lève alors, mais c'est seulement pour dire le regain de foi que ce lieu lui a apporté.

Une première image montre le sort funeste qui est réservé aux partisans capturés par les Allemands durant l'hiver 1944 : un homme mort dérive sur une bouée, accroché à un panneau « partisan ». Deux autres partisans réussissent à récupérer le cadavre. Un groupe de partisans italiens, ainsi que des soldats américains qui les ont rejoints, luttent dans la région des marais du delta du Pô. Bientôt, ils sont capturés par les Allemands après avoir vu le massacre de toute une famille vivant sur le marais. Ils attendent d'abord leur exécution, anxieux à l'idée que leurs proches ne sauront pas ce qui leur est arrivé. Les Allemands jettent alors les Italiens (considérés comme des « terroristes » ou des soldats « irréguliers ») dans le fleuve avec des poids attachés au corps, alors que les Américains sont traités comme des prisonniers de guerre. L'un de ceux-ci proteste devant le sort fait à ses camarades italiens : il est brutalement abattu.

Fiche technique

Distribution

  • Carmela Sazio : Carmela (1re histoire)
  • Robert Van Loon : Joe, le soldat américain (1re histoire)
  • Alfonsino Pasca : Alfonsino, un garçon voleur (2e histoire)
  • Dots Johnson : Joe, le soldat américain de la police militaire (2e histoire)
  • Maria Michi : Francesca (3e histoire)
  • Gar Moore : Fred, le soldat américain (3e histoire)
  • Harriet Medin : Harriet White, l'infirmière (4e histoire)
  • Renzo Avanzo : Massimo, son ami (4e histoire)
  • Giulietta Masina : une femme dans l'escalier (4e histoire)
  • William Tubbs : l'aumonier militaire américain Bill Martin (5e histoire)
  • Dale Edmonds : Dale, agent de l'OSS (6e histoire)
  • Cigolani : Cigolani, un partisan (6e histoire)

Autour du film

Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, le cinéma connaît un de ses bouleversements dû à l'émergence du néoréalisme italien, dont la force est d'annoncer une nouvelle approche de la mise en scène. Au cours des années 1950, ce mouvement aura pour échos les premiers véritables films dits « d'auteur », qui se développent un peu partout en Europe, mais qui ont du mal à s'imposer face à la majorité de la production standardisée, dénotant une certaine sclérose du cinéma.

Commentaires

Au travers de ces six récits de destins individuels et collectifs, Païsa fait revivre crûment la libération progressive de l'Italie par les Alliés. Suivant un parcours à la fois géographique (de la Sicile au delta du Pô) et temporel (du à l'hiver 1944), chacun des six épisodes est d'une longueur équivalente et présente un nouveau groupe de personnages dans une région italienne différente. Le film se fait l'écho des douleurs d'une nation cherchant à retrouver sa dignité perdue.

Païsa constitue le deuxième chapitre de la trilogie de la guerre mondiale de Rossellini qui commence par Rome, ville ouverte (Roma città aperta, 1945) et se conclut avec Allemagne année zéro (Germania anno zéro, 1948).

Païsa, chef-d'œuvre du néo-réalisme italien, réalisé principalement avec des acteurs non professionnels choisis sur les lieux de tournage, est exemplaire du style de Rossellini, humaniste et témoin lucide de son temps.

Appréciation

« Païsa est une méditation cinématographique. Une méditation sur la solitude des hommes. Et pour la rendre visible, Païsa ne parle, même si cela peut paraître paradoxal, que de rencontres.[...]

Aujourd'hui encore, Païsa est le film de guerre par excellence. Rossellini ne se soucie pas de faire un film « contre la guerre », il montre les gens dans la guerre, ce qu'ils font et ce que la guerre a fait d'eux. C'est un de ses films les plus désespérants et, en même temps celui qui est peut-être le plus rempli d'espoir. »

 Rudolf Thome, Roberto Rossellini. Sous la direction d'Alain Bergala et Jean Narboni, Cahiers du cinéma - La Cinémathèque française, 1990

Notes et références

Voir aussi

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