Paola Ugaz
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Paola Margot Ugaz Cruz |
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IDL-Reporteros (en) |
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Paola Margot Ugaz Cruz, née à Lima en , est une journaliste d'investigation et écrivaine péruvienne. Elle consacre sa carrière à enquêter sur les injustices et les violations des droits humains dans le monde. Elle couvre des affaires impliquant des scandales et des abus au sein de l'Église catholique, le trafic d'êtres humains et de drogue, la corruption, les droits humains, le racisme, la pauvreté infantile, l'éducation et la culture. Elle est connue pour avoir dénoncé, avec Pedo Salinas, les abus sexuels contre des mineurs commis par l'association catholique péruvienne Sodalicio (ou Sodalité de vie chrétienne).
Formation
Paola Margot Ugaz Cruz est née à Lima en 1974[1]. Elle étudie à l'Université pontificale catholique du Pérou.
Carrière
Elle débute dans le journalisme en 1999 dans la rédaction de la revue Caretas. Dans ce cadre, elle révèle notamment des fraudes électorales et couvre les manifestations lors de la seconde campagne électorale de l'ancien président péruvien Alberto Fujimori[2],[3].
Elle est productrice du programme Entrelíneas de la chaine de télévision Canal N (en)[2].
En 2001, elle devient correspondante de l'agence Europa Press et écrit alors sur son pays à destination d'un lectorat étranger. Ensuite, elle devient aussi correspondante de l'agence EFE, du magazine brésilienTerra pendant sept ans, et du journal espagnol ABC[2],[3]. Elle collabore également au quotidien La República et aux magazines Etiqueta Negra (es), Etiqueta Verde et Hola Perú[2],[3].
Elle publie en 2009, avec le journaliste Gustavo Gorriti (en), le livre Petroaudios sur un important cas de corruption politique[2]. L'année suivante, elle publie Punche Perú, qui traite des conditions de travail des dockers péruviens[4].
En 2009, elle est une des fondatrices de IDL-Reporteros (es), un site de journalisme d'investigation[2],[3].
Elle est directrice de la chaîne numérique Nativa TV (es), pour laquelle elle anime l'émission A fondo[2].
Elle participe au Collectif Divela qui développe le projet Chalina de la Esperanza (Châle de l’espoir), en hommage aux plus de 15 000 disparus du conflit armé péruvien entre 1980 et 2000. Le collectif travaille aussi sur des projets contre la discrimination et le racisme et œuvre pour la construction d’une meilleure citoyenneté à travers le journalisme[2]
Enquête sur Sodalicio
Publication de Mitad monjes, mitad Soldados
Paola Ugaz entame, avec le journaliste Pedro Salinas, une enquête sur des cas présumés de violences physiques, psychologiques et sexuelles infligées à de jeunes garçons au sein de Sodalité de vie chrétienne (Sodalicio de Vida Cristiana), une société de vie apostolique proche de l'extrême-droite, fondée en 1971 par Luis Fernando Figari. Après cinq ans de travail, ils publient Mitad monjes, mitad Soldados (Moitié moines, moitié soldats) en 2015[5],[6]. Le texte rassemble 30 témoignages d'abus sur près de 30 ans, dans lesquels les victimes présumées accusent le fondateur du mouvement et d'autres responsables de l'organisation. Cinq témoignages accusent Figari d'abus sexuels[7].
Le livre conduit le Ministère public du Pérou (en) à ouvrir une enquête. Luis Figari est sanctionné par le Vatican en 2017 et interdit de tout contact ultérieur avec des membres de la société. Il quitte le pays et vit dans le sud de l’Italie dans une retraite « spirituelle » [8],[9]. En 2017, la justice péruvienne le condamne, ainsi que trois autres dirigeants de Sodalicio à neuf mois de prison préventive[10].
« Ce livre a ouvert une boîte de Pandore à l’intérieur de l’Église catholique du Pérou, mais nous n’imaginions pas que cette boîte allait être si grande, si forte et si importante, ou à quel point puissante et vengeresse pouvait devenir cette organisation » déclare Paola Ugaz à El Diario[11].
Persécution à l'encontre de Paola Ugaz
Pour sa part, Paola Ugaz doit faire face à de nombreuses poursuites judiciaires, du harcèlement médiatique, des commentaires misogynes et des menaces de mort[6].
En octobre 2018, José Antonio Eguren, archevêque de Piura et membre de Sodalité poursuit Paola Ugaz et Pedro Salinas pour diffamation[9]. L'évêque Robert Francis Prevost, futur Pape Léon XIV et quatre autres évêques péruviens le désavouent et apportent un soutien public à Paola Ugaz. Ils alertent également le pape François [5]. Malgré le retrait de la plainte après une intervention du Vatican et une avalanche de critiques, les attaques persistent : l'homme d'affaires Alberto Gómez de la Torre accuse Paola Ugaz de faux témoignage en 2018 et Luciano Revoredo, directeur du site d'information catholique La Abeja (es) porte plainte contre elle pour diffamation en 2020 puis, en 2023, l'accuse d'enrichissement illicite en responsabilité civile de l'État[6],[12]. Elle est également accusée de blanchiment d'argent et de trafic de mercure[13],[14].
Avec cinq procès en cours contre elle, Paola Ugaz est désignée, en 2019, comme la journaliste la plus poursuivie en justice au Pérou[13],[14],[3].
Inspirée par le mantra de son mentor Gustavo Gorriti, « la peur ne doit jamais être votre éditrice », elle continue de publier pour promouvoir un journalisme toujours plus rigoureux et de meilleure qualité[6],[3] et annonce la préparation d'un nouveau livre sur la gestion financière du groupe Sodalicio[13]. Elle déclare cependant, en 2023, se sentir en danger depuis 2018, notamment parce qu'elle risque la détention provisoire et que le secret de ses communications pourrait être levé[15],[1],[11].
« Ce qu'ils font, c'est intimider les journalistes, parler de leurs enfants et détruire leur réputation pour que nous ne publiions rien. »
En janvier 2022, Paola Ugaz est acquittée dans l'affaire de diffamation aggravée intentée contre elle par Luciano Revoredo, décision confirmée en appel. Ce jugement est important pour la liberté d'expression et pour les femmes journalistes péruviennes, dont beaucoup sont régulièrement victimes d'attaques[6]. La même année, la justice prononce la prescription pour la plainte introduite par Alberto Gómez de la Torre[16].
Media Defence qui la soutient dans les procédures judiciaires, estime possible, au vu des liens entre les personnes influentes qui la poursuivent, que Paola Ugaz soit la cible d'une campagne judiciaire coordonnée[6].
Les nombreuses poursuites judiciaires intentées contre Paola Ugaz s'inscrivent dans une tendance croissante en Amérique latine, où des individus puissants intimident ceux qui enquêtent sur eux[6].
Rôle de la hiérarchie catholique
En 2023, après que Paola Ugaz ait rencontré le pape François et sollicité son aide, le Vatican mandate une commission d'experts au Pérou pour lui faire rapport mais la conférence épiscopale ni aucune autorité catholique du pays n'intervient à aucun moment dans cette affaire[10],[17].
Un rapport parlementaire est établi en 2019 et remis au Vatican. Il conclut qu’au moins 36 personnes, dont 19 mineurs, ont été victimes d’abus sexuels entre 1975 et 2002. Pedro Salinas estime que « Le vrai chiffre pourrait être le double ou le triple. »[10]. L'association Sodilacio est dissoute par le pape François en janvier 2025 [18].
En 2025, Paola Ugaz est saluée personnellement par le pape León XIV, lors d'une entrevue avec la presse après son élection[5].
La pièce de théâtre Proyecto Ugaz est écrite en hommage² à Paola Ugaz. A l'occasion de sa représentation, en juin 2025, le pape rappelle son soutien à la lutte contre les abus et l'importance d'un journalisme au service de la vérité et de la liberté[19].
Soutiens
Avec cet ouvrage, Paola Ugaz et Pedro Salinas reçoivent, en 2016, le Prix national de journalisme et le Prix des droits de l'homme décerné par le Coordinateur national péruvien des droits de l'homme[20].
Ils reçoivent également des témoignages de soutien, comme ceux de la journaliste mexicaine Elena Poniatowska et du lauréat du prix Nobel John Maxwell Coetzee[11]. Amnesty international fait part de sa préoccupation et la Clooney Foundation for Justice soumet un rapport à la justice péruvienne et demande la levée des charges[21],[22]. PEN International appelle les autorités péruviennes à faire cesser le harcèlement contre Paola Ugaz [23] et rend hommage en 2023 à son courage et celui de Salman Rushdie avec une pièce de théâtre, The Pillowman[24].
En 2021, Paolo Ugaz est honorée du Prix du courage en journalisme de l'International Women's Media Foundation[20].
Distinctions
- 2016 :
- 2021 : Prix du courage en journalisme de l'International Women's Media Foundation[20].
- 2024 : LASA Media Award [25]
- 2025 : Prix Maria Moors Cabot (es) du journalisme[17]