Papyrus minier de Turin

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Le papyrus minier de Turin est un document cartographique fragmentaire sur papyrus, daté de 1155-1150 av. J.-C. et conservé au musée égyptologique de Turin[1]. Il est généralement considéré comme l'une des plus anciennes cartes géographiques connues et comme la plus ancienne carte topographique conservée de l'Égypte antique, ainsi que la plus ancienne carte géologique conservée connue[1],[2],[3]. Le recto conserve une carte de l'Ouadi Hammamat, tandis que le verso porte des textes de nature variée écrits en hiératique[1].

Le papyrus exposé au musée égyptologique de Turin en 2019.

Histoire du document et des études

Le papyrus provient probablement de Deir el-Médineh, à Thèbes, et appartenait vraisemblablement au scribe Amennakhte, fils d'Ipuy, dont la main est reconnaissable dans la plupart des textes[4]. Il fut acquis en Égypte par Bernardino Drovetti entre 1814 et 1821, puis vendu en 1824 au roi Charles-Félix de Savoie avec la collection Drovetti[4].

La carte est liée à une expédition organisée sous le règne de Ramsès IV pour l'extraction de la pierre bekhen, identifiée à la grauwacke, destinée notamment à la production de statues royales[5],[6]. Le scribe Amennakhte, titulaire du titre de « scribe de la Tombe », est généralement considéré comme l'auteur du document, même si la carte a aussi été interprétée comme le résultat possible de travaux antérieurs ou de plusieurs mains[7],[8].

Au XIXe siècle, Karl Richard Lepsius interpréta le papyrus comme un plan de la tombe de Séthi Ier, tandis que Samuel Birch le mit en relation, en 1852, avec des mines d'or nubiennes de l'Ouadi Allaqi[9]. Georges Goyon associa ensuite le document à l'Ouadi Hammamat et aux gisements de pierre bekhen attestés par les inscriptions locales[10].

Philippe Bruschi et Gilbert Margueritte ont proposé en 2023 une autre interprétation, selon laquelle la carte représenterait une vallée située plus au nord, à proximité d'Hurghada, et couvrirait notamment le site des Mons Porphyrites (en)[8]. Ils ont encouragé la mise en place de nouvelles prospections centrées sur certains éléments représentés sur la carte mais non encore identifiés dans cette hypothèse, notamment la stèle de Séthi Ier et le sanctuaire d'Amon[8].

Description

Détail de la carte.

La carte est tracée sur le recto et représente une région montagneuse traversée par un oued principal et plusieurs oueds secondaires[1]. Elle est orientée avec le sud en haut, en direction des sources du Nil[1]. L'oued principal est identifié avec l'Ouadi Hammamat, une voie reliant la vallée du Nil à la mer Rouge[1],[11].

Selon l'interprétation communément admise, la carte représenterait la région de l'Ouadi Hammamat, dans le désert Arabique. Elle détaillerait un tronçon d'environ quinze kilomètres de l'oued, incluant sa confluence avec d'autres oueds, la carrière de pierre, un village et des mines d'or, avec de nombreuses annotations[12]. La région représentée a également été décrite comme le secteur compris entre Bir el-Hammamat et Bir Umm Fawakhir, sur la route entre Coptos et Quseir[13].

La disposition relative des différents fragments de papyrus fait l'objet d'une discussion scientifique. Les fragments sont montés aujourd'hui sur un format d'environ 282 cm de long pour 41 cm de haut, dimensions correspondant à la fiche du musée[1]. Selon la reconstitution proposée en 1992 par James A. Harrell et V. Max Brown, ils devraient cependant être présentés sur une longueur réduite d'environ 210 cm[12]. Les propositions de Georges Goyon et de James A. Harrell diffèrent notamment sur le positionnement des fragments 17 et 20[8].

Les collines sont représentées frontalement et en directions opposées, selon une convention de l'art égyptien[1]. Les collines roses, ou roses avec des bandes brunes, ont été interprétées comme des roches sédimentaires et des affleurements de granite rose, tandis que les collines noires correspondent à des roches effusives et métamorphiques[1]. La carte représente également des graviers d'oued de composition lithologique différente, indiqués par des points bruns, verts et blancs[3]. Le tracé sinueux de l'Ouadi Hammamat a été rectifié dans le dessin, parce que ses courbes n'auraient pas pu être contenues dans l'étroit rouleau de papyrus[1]. La carte n'adopte pas une échelle constante, mais son rapport approximatif a été estimé entre cinquante et cent mètres par centimètre[1].

Vingt-huit légendes en hiératique ont été identifiées autour des dessins de la carte[4]. Elles indiquent surtout des routes, des constructions, des dépôts aurifères et des opérations d'extraction de la pierre bekhen, décrite comme une pierre vert-grisâtre[4]. La carte indique aussi une chapelle d'Amon, l'emplacement d'une stèle de Séthi Ier, un petit village de quatre maisons et un tracé de dépôts alluviaux[4]. Dans l'hypothèse de Rosemarie et Dietrich Klemm, reprise par Antonio Requena et José Lull, certains oueds secondaires sont identifiables avec l'Ouadi Atalla et l'Ouadi es-Sid[14]. L'établissement des travailleurs a été identifié avec le site archéologique de Bir Umm Fawakhir, avec la prudence que les vestiges connus du site appartiennent surtout à l'époque gréco-romaine[14]. La carte signale enfin des blocs de grauwacke accompagnés de mesures, en lien avec une expédition du règne de Ramsès IV[6].

Textes du verso

Le verso fut réutilisé pour inscrire plus d'une douzaine de textes et plusieurs dessins, notamment des lettres, des textes administratifs, des hymnes et des textes religieux[4],[6]. Parmi ces textes figurent une copie de lettre à Ramsès VI relative au culte d'une statue de bois ornée de matériaux précieux, un texte concernant la réquisition de cuivre appartenant aux ouvriers de Deir el-Médineh, une liste de dieux et de jours de fête, ainsi qu'un texte dans lequel Amennakhte apparaît comme témoin d'un serment[1]. L'un des hymnes se termine par la formule « fait par le scribe Amennakhte », que Dorn et Polis interprètent comme une indication de paternité littéraire[6].

Le papyrus dans l'histoire de l'origami

Parmi les spécialistes et amateurs d'origami, le papyrus a été discuté comme un possible exemple ancien de carte pliée[15]. Selon David Lister, Koryo Miura et Masamori Sakamaki le mentionnèrent en 1980, lors d'une réunion de l'International Cartographic Association, comme un exemple ancien de pliage de cartes[15]. Lister signale également que Miura localisait par erreur le document à Milan, alors que le papyrus est conservé au musée égyptologique de Turin[15]. Les plis verticaux du papyrus ne sont toutefois pas nécessairement les traces d'un pliage intentionnel, car ils ont aussi été expliqués par l'enroulement du support et par les manipulations subies après la découverte[16].

Notes et références

Bibliographie

Voir aussi

Liens externes

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