Paul Bairoch
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Université libre de Bruxelles (en)
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École pratique des hautes études Université libre de Bruxelles (en) |
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Amos Bairoch (en) |
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Storia delle città (d) |
Paul Bairoch, né à Anvers le et mort à Genève le , est un historien économiste de l'après-guerre[1].
Durant la Seconde Guerre mondiale, il fait partie des enfants qui vivent dans la colonie installée à Faverges, appartenant au Secours aux enfants de la Croix-Rouge suisse[2]. Il est exfiltré vers la Suisse en compagnie de quatorze autres enfants juifs[2].
En 1956 à Paris, il découvre l'histoire économique en suivant des séminaires à l'École pratique des hautes études. Il obtient un doctorat en 1963 à l'université libre de Bruxelles où il enseigne de 1965 à 1995. Il est conseiller économique au GATT à Genève de 1967 à 1969, professeur à l'Université Sir George Williams (Concordia) à Montréal de 1969 à 1971, et directeur d'études à l'École pratique des hautes études de 1971 à 1972. En 1972 il est nommé professeur d'histoire économique à l'université de Genève où il enseigne jusqu'à sa retraite en 1995.
Il est aussi professeur invité à l'université Harvard et au Collège de France, consultant au Bureau international du travail et docteur honoris causa de l'École polytechnique fédérale de Zurich (1983)[3].
Apports en histoire économique
Paul Bairoch s'attache particulièrement à remettre en cause certaines idées reçues en économie, notamment celles qui soutiennent qu'il existe un lien entre libre-échange et développement socio-économique[4]. Il tente de démontrer cette thèse en étudiant les politiques protectionnistes aux États-Unis. Il cherche aussi à mettre en évidence que la colonisation n'a pas permis aux colonies de réaliser leur décollage industriel mais qu'elle a été aussi un poids pour les métropoles, lesquelles ont profité d'un taux de croissance moins élevé que celui des pays non colonisateurs. Il conteste ainsi les théories selon lesquelles des échanges inégaux expliqueraient le retard de développement d'une grande partie du monde[4]. Selon lui, l'écart de niveau économique entre les pays colonisateurs et colonisés était faible avant la colonisation, et parfois à l'avantage de ces derniers[5].
Il calcule que, pour l'Angleterre de 1700-1709 à 1730-1739, l'exportation de produits en fer n'aurait représenté qu'environ 6 % des débouchés totaux et que « durant cette période importante, car elle est celle de l'introduction de l'innovation la plus importante dans ce secteur, le marché extérieur n'a joué qu'un rôle marginal »[6].
Pour le coton, le marché extérieur n'aurait absorbé que 17 % de l'accroissement de la production entre 1760 et 1787-1789, ce qui « signifie qu'il est impossible d'imputer au marché international une place significative dans l'accroissement de la demande des textiles qui a conduit à une des plus importantes mutations technologiques de la révolution industrielle anglaise »[6].
Il travaille également sur les révolutions industrielles et l'émergence du phénomène urbain. Pour lui, la révolution industrielle nécessite préalablement une révolution agricole. Cette révolution agricole qui fait sauter le « verrou alimentaire »[7], permet également le développement urbain par l'inévitable surplus agricole. Il cite l'exemple de Rome, première ville millionnaire dont la croissance longtemps unique n'a été rendue possible que grâce à l'expansion romaine et l'afflux de produits agricoles.
Concernant la révolution industrielle, elle serait appuyée sur l'augmentation du pouvoir d'achat permise un peu avant et au même moment par la révolution agricole, car la demande agricole aurait, selon lui, représenté 30 % à 45 % de la consommation totale, les populations rurales consommant de nouveaux outils en fer et plus de produits textiles[8].
S'il est surtout connu pour ses essais comme Le Tiers-Monde dans l'impasse[7], son œuvre principale et la plus novatrice est très certainement son « Histoire économique des temps modernes (de la révolution industrielle à nos jours) : Victoires et déboires ».
Écrit sur le protectionnisme et le libre-échange
Selon Paul Bairoch (Mythes et paradoxes de l’histoire économique, 1994) « le protectionnisme est la règle, le libre-échangisme l'exception » dans l’histoire économique. En fait, le protectionnisme est l'idéologie dominante aux États-Unis et en Europe occidentale durant une bonne partie du XIXe et du XXe siècle - à l'exception du Royaume-Uni et d’une courte parenthèse libre-échangiste en Europe entre 1860 et 1880 : « un océan de protectionnisme cernant quelques îlots libéraux». En revanche, « le tiers-monde était un océan de libéralisme sans îlot protectionniste ».
Bairoch analyse les statistiques des pays industrialisés sur une période de deux siècles et fait le constat que la croissance économique et les exportations progressent plus vite en situation de protectionnisme qu'en situation de libre-échange[5]. Dans la deuxième partie du XIXe siècle, l'Europe continentale connait une phase de libre-échange[5] et la Grande Dépression (1873-1896) éclate au moment même où les droits de douane étaient au plus bas. La croissance économique moyenne de l'Europe continentale est alors de 1,7 % par an durant cette période de libre-échange et de 2,4 % par an durant la période de protectionnisme, soit un niveau plus élevé. Ainsi Bairoch écrit dans Mythes et paradoxes de l'histoire économique : « Le point important est non seulement le fait que la crise ait démarré au plus fort du libéralisme, mais qu'elle se soit terminée vers 1892-1894, juste au moment où le retour au protectionnisme devenait effectif en Europe continentale. »
Selon lui, les États-Unis sont, depuis la fin du XVIIIe siècle, « la patrie et le bastion du protectionnisme moderne »[9]. En fait, les États-Unis n'ont jamais adhéré au libre échange avant 1945. Une politique très protectionniste est adoptée dès la présidence de George Washington par Alexander Hamilton, secrétaire au Trésor de 1789 à 1795 et auteur du texte Rapport sur les Manufactures, 1792 qui préconise des barrières douanières pour permettre l'essor industriel américain.
Critiques
Dans sa contribution à The Cambridge Economic History of Europe, Paul Bairoch a soutenu que, vers la fin du XIXe siècle, les politiques commerciales protectionnistes étaient positivement associées à la croissance économique et à l’expansion du commerce, tandis que les politiques commerciales libérales coïncidaient avec la stagnation. Il a résumé cette position en affirmant que « le protectionnisme [égalait] croissance économique et expansion du commerce ; le libéralisme [égalait] stagnation dans les deux cas. »[10]
Cette affirmation a fait l’objet de critiques, notamment de la part de l’économiste Douglas Irwin. Bien qu’Irwin reconnaisse l’existence d’une corrélation entre les tarifs douaniers et la croissance durant cette période, il met en garde contre l’interprétation de cette relation comme une relation causale. Il souligne que plusieurs pays à hauts tarifs, comme l’Argentine et le Canada, ont connu une forte croissance non pas en raison du protectionnisme, mais grâce aux afflux de capitaux qui ont soutenu une croissance tirée par les exportations de produits agricoles. Irwin note également que de nombreux pays riches en terres mais pauvres en main-d’œuvre imposaient des tarifs élevés principalement pour générer des recettes publiques, plutôt que pour protéger leurs industries nationales. Ainsi, l’association entre les tarifs et la croissance pourrait être biaisée par des facteurs structurels, comme la dotation en facteurs de production et la politique budgétaire, plutôt que par la seule stratégie commerciale[10].
Une étude d’Antonio Tena-Junguito remet également en question l’hypothèse de Paul Bairoch selon laquelle les tarifs étaient positivement associés à la croissance économique à la fin du XIXe siècle. En s’appuyant sur un nouveau jeu de données concernant les tarifs industriels de 32 pays dans les années 1870, l’étude montre que la corrélation entre les tarifs et la croissance n’est pas universelle et dépend fortement de la structure de la protection et des différences régionales. Contrairement à l’affirmation générale de Bairoch, les données indiquent qu’une protection plus élevée — mesurée par les tarifs moyens globaux et manufacturiers — était associée à une croissance plus faible à l’échelle mondiale, en particulier dans les pays les plus pauvres. Ces derniers protégeaient généralement des secteurs peu qualifiés et inefficaces, ce qui entraînait des résultats économiques limités, voire négatifs[11].
