Paul Pradier

membre français de la Gestapo From Wikipedia, the free encyclopedia

Paul Pradier est un membre français de la Gestapo, né le à Montagrier et mort le à Cholet.

Décès
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Paul Pradier
Portrait judiciaire de Paul Pradier, octobre 1951.
Biographie
Naissance
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Biographie

Famille

Issu d'une famille d'agriculteurs du village de Montagrier[1], Paul Pradier est le fils de Jean Pradier (né en 1872) et de Jeanne Boimet (née en 1881), tous deux métayers[2]. Il a un frère : Gaston Pradier (1913-1981)[2]. Il est resté célibataire et n'avait pas d'enfant[3].

Crimes de guerre

Arrivé à Périgueux en 1941 à l'âge de 17 ans, apprenti forgeron, il rêve de devenir mécanicien à la SNCF mais on l'affecte comme cantonnier de la compagnie[4],[5]. Il s'oriente finalement vers la collaboration[4].

Stèle en hommage aux 13 fusillés du lieu-dit les Piles.

Encarté au Parti populaire français (PPF) de Jacques Doriot, il se rend coupable d'un certain nombre de crimes au sein de la SS dont il porte le numéro 302-SS. Un des premiers méfaits dont il est accusé est d'avoir conduit les nazis à un dépôt caché de l'armée française, information pour laquelle il reçoit une rémunération. Il est par ailleurs présent à Cornille lors du massacre au lieu-dit les Piles le où 13 personnes sont fusillées mais on ignore ce qu'il y a fait. Il participe à des pillages et infiltre également des maquis en se faisant passer pour résistant, notamment le maquis de Durestal, à Cendrieux. En , Pradier participe à la rafle de familles juives[3]. Comme autre méfait, il distribue des tracts en faveur de l'Armée rouge afin de menotter ceux qui les acceptent[6].

Il est décrit comme particulièrement sadique et aurait fait exécuter et déporter quelques dizaines de personnes[5] : il fait même déporter un adolescent au motif que celui-ci désirait sa petite amie[6] ; cet adolescent meurt durant sa déportation[5]. Il reçoit les félicitations du PPF pour son activité contre la Résistance et est rémunéré 60 000 francs en par la Gestapo pour ses actions[5].

Condamnations

Arrêté par les FTP, il réussit à s'échapper[5] et fuit en Allemagne avec les nazis pendant environ huit mois, au cours desquels il travaille en usine[7] : il aurait quitté Périgueux le [3]. Un mandat d'arrêt est ainsi émis à son encontre le par le tribunal de Périgueux[3]. Il est ensuite arrêté en gare de Strasbourg à son retour alors qu'il tente de revenir caché au milieu des STO[3],[5]. Il est condamné à mort par contumace le . Un télégramme, envoyé en par la cour de justice de la Dordogne à la cour de justice de Strasbourg, demande le transfert urgent de Pradier en Dordogne. Du fait de sa minorité à l'époque des faits, sa peine de mort est commuée en peine de travaux forcés à perpétuité après un pourvoi en cassation[3].

Durant ses premières années de prison, il tente à plusieurs reprises de s'évader[3]. Par exemple, il se cache le au sein du pénitencier afin de préparer des cordes pour son évasion[8]. Au fil des ans, Pradier devient plus calme ; le directeur de la prison estime au bout de 10 ans que Pradier a changé et qu'il peut désormais sortir de prison[3].

Après la prison

Très discret sur son passé, il fréquente souvent des résistants qui ignorent tout de son passé : pendant 25 ans, il travaille à l'auberge de Regain à Saignon, établissement anti-pétainiste tenu par François Morénas, un résistant ayant caché des familles juives durant la guerre, et son épouse Claude[6],[5]. Sur une photo de la famille Albert, on le voit attablé avec Pierre Barouh, enfant juif placé en Vendée pour échapper à la déportation[7].

Il travaille également en tant que livreur dans les années 1960 selon ses dires[9].

Marcel Albert, chef d'entreprise textile puis maire des Herbiers et père de Frédéric Albert (auteur d'un livre sur Pradier), rencontre Paul Pradier dans les années 1980 au salon du prêt-à-porter à Paris car celui-ci cherche des sponsors pour l'association grenobloise Les Galapiats dans laquelle il travaille en tant qu'attaché de presse. Cette association concevait des voitures de course pour enfants[3],[10]. À partir de cette rencontre, Marcel Albert et Paul Pradier se lient d'amitié et il devient un proche de la famille Albert[3].

Décès

En 2006, Pradier se demande où passer sa retraite. La famille Albert lui vante la Vendée et l'héberge le temps qu'il trouve un logement[5]. Il s'installe donc dans la ville des Herbiers où il passe la fin de sa vie[3]. En 2009, il retourne à Montagrier pour recevoir l'héritage d'un neveu décédé ; la famille Albert l'accompagne, il se montre nerveux et peu enclin à faire visiter son village[5]. Pradier tombe malade d'un cancer et doit donc partager sa vie entre une maison de soins de Montaigu et l'hôpital de La Roche-sur-Yon pour son traitement[5]. Au début de l'année 2017, il devient résident à l'EHPAD des Herbiers[11]. Il décède à l'hôpital de Cholet d'une embolie pulmonaire l'année suivante consécutive à une infection, et est incinéré à sa demande[12]. Lorsqu'il décède, il est probablement le dernier Français membre de la Gestapo[13].

Postérité

Alors qu'elle organise ses obsèques, Régine Albert (épouse de Marcel Albert) appelle un des neveux de Pradier pour l'en informer, mais celui-ci lui apprend sa participation à la Seconde Guerre mondiale et son séjour en prison pour ses actes. Interloqué, Frédéric Albert se lance dans des recherches à partir de 2020 durant le confinement et découvre que cet homme aimé de tous était en fait un ancien membre de la Gestapo. Pradier n'ayant jamais évoqué son passé, on ignore s'il éprouvait des remords[3].

Son histoire inspire le roman Un jeune homme si tranquille de l'écrivain Yves Viollier, publié en 2022. Frédéric Albert publie quant à lui son livre en autoédition en 2024 avec pour titre Le dernier Gestapo[14], ce livre est un succès de librairie avec environ 1 000 exemplaires écoulés ; Tallandier décide alors de le rééditer en 2026 dans une version enrichie et retravaillée sous le titre Ce bon Monsieur Paul[7],[15].

Notes et références

Voir aussi

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