Paulownia

genre de plantes From Wikipedia, the free encyclopedia

Paulownia, les paulownias, est un genre de plantes à fleurs de la famille des Paulowniacées. Ce sont des arbres originaires d'Asie.

Ces essences sont principalement utilisées pour leur bois, pour stabiliser les sols ou fournir du fourrage, mais aussi comme arbre d'ornement, notamment l'espèce communément nommée paulownia : Paulownia tomentosa. En raison de leur forte absorption de dioxyde de carbone liée à sa croissance rapide, ils présentent un intérêt particulier dans le cadre de la lutte contre le changement climatique.

Taxonomie

Dans la classification phylogénétique APG II (2003)[2], le genre Paulownia est assigné à la famille des Paulowniacées. Dans la classification classique de Cronquist (1981)[3], ce genre était classé dans la famille des Scrofulariacées.

Le genre a été décrit en 1835 par les naturalistes bavarois Philipp Franz von Siebold (1796-1866) et Joseph Gerhard Zuccarini (1797-1848).

Étymologie

Le nom fut donné par Philipp Franz von Siebold en l'honneur d'Anna Pavlowna, princesse des Pays-Bas, fille du tsar Paul Ier de Russie. Il est parfois appelé « arbre d'Anna Paulowna ».

Liste d'espèces

Selon GRIN (8 juillet 2017)[4] :

Selon Catalogue of Life (8 juillet 2017)[5] :

  • Paulownia catalpifolia (sv) T. Gong ex D.Y. Hong
  • Paulownia elongata (en) S.Y. Hu
  • Paulownia fargesii (ru) Franch.
  • Paulownia fortunei (Seem.) Hemsl.
  • Paulownia henanensis (sv) C.Y. Zhang & Y.H. Zhao
  • Paulownia kawakamii (en) Ito
  • Paulownia taiwaniana (sv) T.W. Hu & H.J. Chang
  • Paulownia tomentosa (Thunb.) Steud.

Description

Les Paulownia sont des arbres caducifoliés de 10 à 25 m de haut, à croissance rapide, au tronc droit et aux jeunes rameaux souvent pubescent. L’écorce, d’abord lisse, devient plus ou moins fissurée avec l’âge ; elle est épaisse et rugueuse chez P. tomentosa, tandis que d’autres espèces, comme P. fortunei ou P. kawakamii, conservent une écorce plus fine et régulière. Les feuilles sont opposées, simples, et généralement cordiformes à la base. Elles atteignent 15 à 30 cm selon les espèces, peuvent être trilobées chez les jeunes plants (P. tomentosa, P. fortunei, P. fargesii), plus allongées chez P. elongata, et présentent une pubescence très variable allant d’un revers densément tomenteux (P. tomentosa) à presque glabre (P. kawakamii)[6],[7],[8],[9],[10],[11],[12]. Les inflorescences sont de grandes panicules terminales de 15 à 30 cm, à forme globalement pyramidale mais plus ou moins étroite ou ovoïde selon les espèces. Elles sont largement pyramidales et denses chez P. tomentosa, étroitement pyramidales chez P. fortunei et P. elongata, ovoïdes ou oblongues chez P. catalpifolia et P. fargesii, et plus compactes chez P. kawakamii. Les fleurs sont tubulaires, à corolle infundibuliforme-campanulée, extérieurement glanduleuse et intérieurement glabre, de couleur violette avec des nuances selon les espèces: violet franc chez P. tomentosa, violet pâle chez P. fortunei (à raies ventrales jaunes). La corolle mesure de 4,5 à 7,5 cm selon les espèces. Certaines sources horticoles signalent que les fleurs de P. tomentosa sont parfumées[13],[14], ce que ne mentionne pas la Flora of China. Les fruits sont des capsules ligneuses ovoïdes à ellipsoïdes, parfois fusiformes, de 2,5 à 5 cm, qui s’ouvrent en deux valves à maturité et renferment de très nombreuses petites graines ailées. Les capsules sont particulièrement grandes et persistantes chez P. tomentosa, tandis qu’elles sont plus petites et caduques chez P. fortunei et P. kawakamii.

Biologie

Croissance

Bien que la Flora of China ne donne pas d’indications sur la vitesse de croissance, plusieurs études et sources horticoles confirment que le genre est remarquable par sa rapidité de développement.

Ainsi, Paulownia elongata peut atteindre 2 à 3 mètres de croissance en hauteur dès la première année en conditions optimales[15].

Une étude comparative menée en Iran montre que Paulownia fortunei présente un accroissement annuel moyen de 2,98 m en hauteur et 5,23 cm en diamètre, surpassant dans ces conditions la croissance de Populus deltoides[16].

Des observations issues de plantations en Chine suggèrent que les Paulownia peuvent atteindre un diamètre de 30 à 40 cm en dix ans[17].

Écologie

Distribution et habitat

Les paulownias sont endémiques d'une vaste zone allant de la Corée et la péninsule du Liaoning au nord, aux montagnes du nord du Vietnam et du Laos au sud, des contreforts du Tibet à l’ouest à l’île de Taiwan à l'est. Sa présence au Japon est probablement due à l'homme.

Peu présent à l'état naturel, ce sont des arbres de culture dans les campagnes et d'ornement dans les villes. Ils se comportent comme des essences pionnières et nécessitent la pleine lumière pour croître. Leurs graines peuvent lever à la suite d'un incendie et il peut alors constituer une part importante du peuplement primaire de la forêt.

Certaines espèces sont considérées comme menacées de disparition à l'état naturel.

Les paulownias ont été introduits en Europe dans la première moitié du XIXe siècle et en Amérique du Nord par les premiers immigrants chinois participant à la ruée vers l'or en Californie.

Le Paulownia et l'homme

Histoire

Nom

Kiri (Paulownia sp), emblème du premier ministre et du gouvernement japonais sur une pièce de 500 Yen.

Les Chinois l'appellent « pao tong » et les Japonais « kiri » ().

Le nom latin du paulownia fut donné par le bavarois Von Siebold qui travaillait comme médecin et botaniste pour le compte de la Compagnie néerlandaise des Indes orientales au Japon, en l'honneur d’Anna Pavlovna, sœur du tzar Alexandre Ier et alors princesse de Hollande. Une certaine confusion règne dans la dénomination des différences espèces de paulownia : il existe peu de différences morphologiques entre elles, de nombreux hybrides naturels ou de sélection existent. Bien des noms correspondent à des doublons. Flora of China distingue sept espèces ou sous-espèces : paulownia tomentosa, élongata, catalpifolia, dans le nord de la Chine. Paulownia fortunei présent sur une très grande aire naturelle. paulownia fargesii, kawakamii, et taiwaniana dans le sud de la Chine.

En Chine

Selon la tradition chinoise, le paulownia est associé symboliquement avec le phénix et l'impératrice[18]. Attribué à Zhuangzi, un personnage légendaire ayant vécu à Meng, en Chine du nord, de 370 à 301 av. J.-C., le recueil de légendes qui porte son nom Zhuangzi précise que le phénix ne peut se poser que sur les paulownias[19]. Motifs utilisés dans les vêtements destinés à la maison impériale chinoise dès le début du XIe siècle, le paulownia et le phénix sont associés aux symboles des quatre orients[20].

Dans certaines régions de Chine, la tradition voulait qu'on plante un paulownia à la naissance d'une fille. L'arbre grandissait avec elle et pour son mariage, l'arbre était abattu et son bois servait de dot.

En Corée

Le paulownia sert à fabriquer des ajaengs, un instrument à cordes.

Au Japon

Au Japon, depuis l'époque de l'empereur Go-Daigo qui a régné de 1318 à 1339, les feuilles de paulownia constituent un des emblèmes destinées à honorer des personnages méritants[18]. Le shogun Ashikaga Takauji a reçu de Go-Daigo cette distinction, dont la famille Ashikaga s'est emparée jusqu’au XVIe siècle. À partir de cette époque, l'empereur l'a attribuée au daimyo, Toyotomi Hideyoshi (1536-1598)[21]. Fondé par l'empereur Meiji en 1875, l’ordre du Soleil levant décoré avec des feuilles de paulownia constitue une importante distinction du gouvernement japonais, le même mon étant utilisé pour représenter le Cabinet du premier ministre.

Dans le jeu de cartes traditionnel japonais Hanafuda, des paulownias sont représentés sur la série des quatre cartes du mois de décembre (novembre dans la version coréenne).

On retrouve également cet arbre dans le livre Le dit du Genji, écrit par dame Murasaki Shikibu en 1014. « Le clos au Paulownia » est le titre du premier chapitre car la mère du Genji habitait une maison entourée de paulownia.

Utilisation

Ornementation

Paulownia ornemental dans l'Alcazaba d'Almería (Espagne).

Le paulownia s'utilise en ornement, isolé ou en alignement. Il supporte bien la taille et la pollution. Il supporte assez bien les sols salins mais ne peut pas se développer dans les sols gorgés d'eau ou trop compacts.

Construction

Le paulownia est surtout utilisé comme matériau de construction[22].

Il a fait l'objet d'une importante campagne de sélection clonale et de plantation en RPC depuis les années 1960. Sa rapidité de croissance (égale à celle du peuplier), la valeur de son bois, véritable « bois aluminium », résistant, léger, stable et très facile à travailler, sa capacité à cohabiter avec des cultures de blé surtout, mais aussi de coton, de maïs, de soja entre autres, due à son feuillage riche en azote qui plus est largement utilisé en fourrage dans un pays qui compte peu de prairies, en ont fait « l'arbre à tout faire des Chinois »… on estime entre trois et quatre millions d'hectares la surface de plantation de paulownia dans ce pays. Il a permis d'enrichir certaines régions très pauvres, comme le comté de Lankao dans le bassin inférieur du fleuve Jaune.

À partir des années 1990, il a commencé à se développer dans des pays étrangers tels que l'Australie, les États-Unis où il est naturalisé depuis le milieu du XIXe siècle, l'Espagne, la Bulgarie ou encore la Serbie en Europe. Néanmoins, c'est un arbre de culture exigeant, qui ne s'adapte pas à tous les sols et nécessite un investissement de départ et un entretien important pour réussir.

Son bois est idéal partout où une bonne résistance doit être combinée à la légèreté, comme dans le secteur des transports. Il peut faire des meubles de valeur, comme les célèbres commodes japonaises en paulownia, réputées résistantes aux incendies. En Chine et au Japon, un grand nombre d'instruments de musique à cordes sont réalisés avec son bois compte tenu de ses qualités acoustiques. Ses propriétés mécaniques ainsi que sa légèreté le rendent idéal dans l'industrie du matériel sportif. Sa faculté à être déroulé et collé fait qu'il est utilisé en Chine pour le contreplaqué et les planches contrecollées. En bois massif, il peut faire des portes, des fenêtres, du lambris, etc.

Lutte contre le changement climatique

Les Paulownia absorberait dix fois plus de dioxyde de carbone que les autres arbres (grâce a sa croissance rapide dans le cadre d'une exploitation industrielle intensive), selon les horticulteurs qui le commercialisent[23], et présenteraient ainsi un intérêt dans la lutte contre le changement climatique.

En revanche, leur intégration dans un écosystème forestier local européen n'est pas sans impact. Les instances agricoles mettent en garde contre la prolifération du paulownia, considéré comme envahissant en Europe centrale (ainsi qu’en Australie et localement en Amérique du Nord). Plusieurs pays le décrivent comme « un arbre ornemental agressif qui pousse rapidement dans les zones naturelles perturbées » et ils s’inquiètent d’une possible colonisation « des falaises rocheuses et des zones riveraines où il peut entrer en compétition avec des plantes rares » par exemple[24],[25]. Il existe des variétés stériles (non invasives)[26],[27].

Controverse

Quelques études, réalisés en France, mettent en évidence les limites de l'exploitation du paulownia dans le cadre d'une démarche d'agroforesterie. Comme l'explique l'Institut de systématique, évolution, biodiversité, la culture de paulownias hybrides, considérés comme non invasifs, est contraignante. Le sol doit être profond mais ne pas retenir d’eau en excès. Un vent fort régulier lors de la croissance est rédhibitoire car cela déforme le tronc entre la souche et les premières branches. L’implantation initiale est également délicate. Pour avoir des arbres de taille intéressante (bille de pied de 2,5 ou 5 m), la vitesse de croissance doit être élevée les premières années, ce qui implique une disponibilité importante en eau et en nutriments, ainsi que de la chaleur estivale[25]. Par contre, après récolte, le paulownia hybride repart de la souche coupée.

Les perspectives économiques que font miroiter la plantation de paulownias hybrides sont questionnées, de même que l'impact environnemental de leur culture sous bâches en plastique tressées[28].

Dégâts

Le Paulownia possède un système racinaire vigoureux qui pompe beaucoup d'eau. Par conséquent, elle entre en compétition hydraulique avec ses espèces voisines. Ses racines les mènent jusqu'aux canalisations entraînant des dégâts collatéraux sur le réseau de distribution et des conflits de voisinage. Elles peuvent facilement soulever les avenues, terrasses et dallages. De plus, son épaisse couronne foliaire et ses grandes feuilles font écran au sous-bois déstabilisant les organismes de son environnement[29].

L'abattage de l'arbre n'est en réalité qu'une décapitation (la partie aérienne de l'arbre : tronc et houppier). Les racines peuvent développer des drageons même lorsque la plante a été abattue. Son contrôle s'avère dès lors difficile et le moyen le plus économe de se débarrasser des racines reste les pesticides : il faut diluer le glyphosate à 50 % pour qu'il soit efficace, ce qui tue profondément l'écosystème du sol[29].

Horticulture

Plantation de paulownias près de Valence (Espagne).

L'arbre se reproduit facilement par semis et donne ses premières fleurs vers l'âge de huit ans.

Le paulownia préfère un sol humifère, drainant, à pH neutre (7) mais il tolère une large variété de types de sol. Pour cette raison, il fonctionne écologiquement comme une plante pionnière. Il pousse bien tant qu'il est en plein soleil mais ne survit pas si des arbres plus grands viennent à le mettre à l'ombre. Il peut en revanche survivre aux feux de forêt car ses racines se régénèrent vite et sa croissance est rapide. Dans les zones à hiver très rigoureux, on peut rabattre l'arbre à la fin de l'hiver afin qu'il reparte de souche au printemps. Dans ce cas, il poussera de 3 à 4 m dans l'année et formera des feuilles plus grandes (jusqu'à 60 cm). En revanche, il ne fleurira pas car les fleurs apparaissent uniquement sur du bois de deux ans.

Galerie

Notes et références

Voir aussi

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