Pedro Durruti
From Wikipedia, the free encyclopedia
| Naissance | |
|---|---|
| Décès | |
| Nationalité | |
| Activités | |
| Père |
Santiago Durruti (en) |
| Mère |
Anastasia Dumange (en) |
| Fratrie |
| Parti politique |
Phalange espagnole (en) (à partir de ) |
|---|---|
| Membre de |
Confédération nationale du travail (jusqu'en ) |
Marciano Pedro Durruti Domingo, né le 6 mars 1911 à León et mort le 22 août 1937 à Ferral del Bernesga, est un journaliste et syndicaliste espagnol.
Frère cadet de Buenaventura Durruti, il suivit son exemple au sein du mouvement anarchiste espagnol et devint un dirigeant local de la Fédération ibérique anarchiste (FAI) au León. Après plusieurs arrestations pour son activisme anarchiste, il s'installa à Madrid, où il fut influencé par le phalangisme. Il tenta de réaliser une synthèse entre l'anarchisme et le phalangisme et d'encourager la fusion des organisations anarchistes et phalangistes. En 1936, il rejoignit la Phalange espagnole des JONS et tenta d'organiser une rencontre entre son frère et le dirigeant de la Phalange, José Antonio Primo de Rivera, mais son frère rejeta ses propositions. Après le déclenchement de la guerre civile espagnole, il fut brièvement emprisonné par les républicains au Cárcel Modelo, mais libéré après avoir fait appel, il parvint à rejoindre la zone nationaliste. Là, il fut impliqué dans un complot antifranquiste orchestré par le chef phalangiste Manuel Hedilla ; Durruti lui-même tenta d'organiser un coup d'État pour renverser la junte militaire de Francisco Franco et prendre le pouvoir. Reconnu coupable de rébellion par un tribunal militaire, il fut fusillé par les nationalistes. Les motivations de son exécution ont été mises en doute par les historiens, qui concluent généralement qu'il fut exécuté en raison de ses liens de parenté avec son frère.
Jeunesse et militantisme anarchiste
Marciano Pedro Durruti Domingo naquit à León le 6 mars 1911. Il était le fils cadet de Santiago Durruti et d'Anastasia Dumange, et le frère cadet de l'anarchiste Buenaventura Durruti. Son frère aîné le surnommait « Perico », et lui-même appelait son frère aîné « Pepe »[1]. En 1926, son frère aîné lui écrivit de prison, après avoir été arrêté pour tentative d'assassinat d'Alphonse XIII à Paris[2]. Suite à une nouvelle arrestation, Pedro tenta de convaincre son frère aîné d'abandonner son militantisme révolutionnaire et de retourner à León, mais celui-ci refusa[3]. Le jeune Durruti finit par suivre les traces de son frère aîné, devenant mécanicien et rejoignant les rangs du mouvement anarchiste espagnol[4].
En septembre 1932, Pedro Durruti rejoignit le groupe anarchiste léonais Paz y Amor et devint rapidement une figure de proue de la Fédération anarchiste ibérique (FAI) dans le région de León, ce qui lui valut d'être emprisonné lors de l'insurrection anarchiste de décembre 1933, puis arrêté et jugé pendant la révolution asturienne de 1934. Afin d'échapper à la surveillance, il s'installa à Madrid[5] où il maintint une correspondance avec son frère, qui lui envoyait des lettres dans lesquelles il prédisait l'avènement d'une guerre mondiale[6].
Conversion phalangiste
Pedro Durruti en vint à croire que les tactiques du mouvement révolutionnaire devaient s'adapter aux circonstances présentes et fut lui-même séduit par symbolique et la hiérarchie du mouvement phalangiste[5]. Dans son ouvrage El libro de San Marcos, l'écrivain léonais Victoriano Crémer décrit Durruti comme un « anarcho-phalangiste ». Son idéologie syncrétique synthétisait désormais des éléments de l'anarchisme de son frère et du fascisme ; il considérait les deux comme des versions différentes d'une même idéologie révolutionnaire, opposée à la fois au marxisme et au capitalisme, et pouvant donc être combinées[5]. Grâce à son amitié avec le poète phalangiste Luys Santa Marina, Durruti réussit à organiser une rencontre le 3 mai 1935 entre José Antonio Primo de Rivera, l'anarchiste Diego Abad de Santillán et Ángel Pestaña, fondateur du Parti syndicaliste[7].
Activisme phalangiste
Après avoir quitté la Confédération nationale du travail (CNT), il fut, avec l'appui de Primo de Rivera, admis au sein de la Phalange espagnole des JONS le 5 février 1936. Utilisant son nom pour réaffirmer son engagement révolutionnaire, il gagna la confiance d'une partie de la direction phalangiste. Le 1er avril 1936, il reçut sa carte de membre, numérotée 1501. Sa sœur Rosa Durruti broda elle-même le joug et les flèches sur son uniforme bleu de la Phalange.
Sa conversion au phalangisme fut rapidement rapportée dans le journal anarchiste Claridad, qui avertit ses lecteurs : « Bien qu'il se dise anarchiste, il ne l'est pas. »[4] D'autres anarchistes ont émis l'hypothèse qu'il avait rejoint la Phalange pour sauver sa propre vie, comme d'autres l'avaient fait dans d'autres cas, et l'ont qualifié de « failangiste » (combinaison des termes FAI et Falangist)[7].
Durruti pensait qu'en adhérant au mouvement phalangiste, il lui insufflerait une énergie révolutionnaire capable de rallier à elle la classe ouvrière[5] mais espérait également que, par son propre exemple, il pourrait encourager la fusion des deux organisations. Il servit d'intermédiaire entre son frère et Primo de Rivera, tentant d'organiser une rencontre entre les deux, mais son frère refusa catégoriquement. Selon son neveu, Manuel Durruti Cubría, Buenaventura aurait dit à Pedro : « Tu verras bien ce que les fascistes te donneront en récompense. »
Au début de la guerre civile espagnole, Durruti fut arrêté dans la zone républicaine pour activisme phalangiste et emprisonné au Cárcel Modelo de Madrid, où il retrouva Primo de Rivera. Après que sa mère tenta de plaider en sa faveur, il fut ensuite libéré sous caution par Ángel Pestaña, qui intervint personnellement auprès du président Manuel Azaña[5]. Avec l'aide de Pilar Primo de Rivera, dirigeante de la Sección Femenina de la Phalange, il parvint à quitter la capitale espagnole pour rejoindre la zone nationaliste[1]. En septembre 1936, il retourna au Leones et se réfugia avec sa famille. Il fut alors réintégré au sein de la Central Obrera Nacionale-Sindicalista (CONS) et travailla brièvement comme chauffeur de locomotive dans un dépôt de locomotives à Busdongo de Arbas, avant de finalement retourner dans sa ville natale. Le 20 novembre 1936, son frère Buenaventura fut tué au combat lors du siège de Madrid et il annonça sa mort à sa famille.
Rébellion contre le franquisme
À Salamanque, dans le sud du León, un conflit interne éclata au sein de la Phalange au sujet du décret d'unification, par lequel Francisco Franco imposait la fusion des phalangistes et carlistes au sein des FET y de las JONS. Durruti fut alors accusé de soutenir le dissident Manuel Hedilla.
Le 4 août 1937, Durruti tint une réunion au domicile du maire d'Armunia où il aurait exposé les plans d'un coup d'État phalangiste contre le gouvernement franquiste. Il appela à l'admission de socialistes et de communistes au sein de la Phalange, dans le but de renforcer le parti afin qu'il puisse s'emparer du pouvoir de la junte militaire et soumettre l'armée espagnole à la Phalange ; pour rallier la population, il affirma avoir le soutien des Gardes d'assaut de Valladolid et réclama également la dissolution de la Garde civile, qu'il accusait de procéder à des exécutions arbitraires, ainsi que l'abolition du clergé catholique. Il aurait ensuite réitéré ces déclarations lors d'une réunion ultérieure dans un café de León, le 14 août. Il fut rapidement arrêté pour complot contre le régime, emprisonné au couvent de San Marcos, puis jugé par un tribunal militaire à León.
Procès et exécution
Lors du procès de Durruti, un témoin affirma qu'il était un partisan d'Hedilla. L'accusation le poursuivit pour trahison envers la Phalange et la patrie, l'accusant d'avoir transmis des informations sur des membres de la Phalange de Madrid à la General Directorate of Security (DGS). Il était également accusé d'avoir tenté de démoraliser l'arrière-garde nationaliste et de semer la discorde entre les différentes factions nationalistes. Sur la base de ces accusations, l'accusation a requis une peine d'emprisonnement à perpétuité ou la peine capitale. L'avocat de la défense de Durruti a invoqué son service au sein de la Phalange comme circonstance atténuante et a demandé une peine plus légère.
Le 22 août 1937, le tribunal militaire déclara Durruti coupable de rébellion et le condamna à mort. Général Salvador Múgica Buhigas de León, s'adressant à Francisco Franco pour approbation, transmit la sentence et organisa un peloton de miliciens phalangistes pour procéder à l'exécution. Le soir même, à 18h30, il fut fusillé dans le village léonais de Ferral del Bernesga. Le 25 août, l'état civil délivra un certificat de décès mentionnant faussement un arrêt cardiaque. Sa dépouille fut inhumée au cimetière municipal de León.
Historiographie
Victoriano Crémer l'appelait uniquement par son deuxième prénom, « Pedro », et n'utilisait jamais son premier, « Marciano ». Cette particularité a engendré une certaine confusion historiographique et a conduit plusieurs auteurs, dont le journaliste Gustavo Morales, à croire que Marciano et Pedro désignaient deux frères aux parcours de vie similaires. Durruti lui-même signait Marciano et était désigné comme Marciano Pedro dans les comptes rendus de son procès[5]. Durruti a été largement ignoré dans les historiographies à la fois anarchistes et phalangistes[5]. L'historien anarchiste Abel Paz, qui a écrit la biographie de son frère Buenaventura, ne mentionne Pedro qu'à trois reprises. Quant à l'historien révisionniste César Vidal, qui a écrit sa propre biographie de Buenaventura, il ignorait l'existence de Pedro Durruti. Durruti n'est mentionné ni dans les mémoires de Manuel Hedilla, ni dans l'histoire de la Phalange pendant la guerre civile espagnole de Maximiano García Venero.
Plusieurs récits divergents ont également été publiés concernant la mort de Pedro Durruti. Certains, notamment ceux de l'historien catalan Joan Llarch Íñiguez, ont affirmés à tort que Pedro Durruti avait été fusillé par des miliciens au Cárcel Modelo de Madrid. Le politicien phalangiste Narciso Perales a prétendu que Pedro Durruti avait été fusillé à Barcelone au début de la guerre civile et qu'un certain « Marcelo Durruti » avait été abattu à León par antifascistes. En avril 2007, un article d'El Mundo rapportait que Manuel Durruti Cubría avait retrouvé le dossier de son oncle. García de Tuñón Aza a ensuite localisé ce dossier dans les archives militaires de Ferrol, en Galice ; celui-ci démontrait que Durruti avait été exécuté par les nationalistes à León pour rébellion[5].
Les motifs de son exécution ont également suscité la suspicion de plusieurs historiens. Manuel Hedilla et Aniceto Ruiz Castillejo furent eux aussi condamnés à mort, mais contrairement à Durruti, aucun ne fut exécuté. L'aile droite de la Phalange répandit la rumeur qu'il avait été exécuté parce qu'il était un « voleur », comme son frère avant lui. Antonio Santiso Lamparte, national-syndicaliste léonais et ami de Durruti, pensait qu'il avait été reconnu coupable et exécuté uniquement en raison de son nom de famille. L'historien asturien José María García de Tuñón Aza conclut que son exécution était en partie une sanction pour son nom de famille et qu'elle visait également à dissuader toute tentative d'aventurisme susceptible de compromettre le rôle prépondérant de l'armée espagnole dans le camp nationaliste. L’historien majorquin Jeroni Miquel Mas Rigo a également conclu qu’il avait été exécuté pour des « motifs fallacieux », estimant que la véritable raison était son nom de famille et son statut de partisan de Hedilla.
