Persévérance des saints

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La persévérance des saints, parfois appelée préservation des saints, est une doctrine calviniste affirmant que les élus persévéreront dans la foi et atteindront finalement le salut. Ce concept a été initialement développé par Augustin d'Hippone au début du Ve siècle, et repose sur l'idée de prédestination fondée sur un déterminisme théologique. Au XVIe siècle, Jean Calvin et d'autres réformateurs ont intégré cette idée dans leur système théologique. La doctrine de la persévérance des saints repose sur cette compréhension particulière de la prédestination et reste un pilier central de la théologie réformée aujourd'hui.

Définition

La doctrine de la persévérance des saints affirme que les élus persévéreront dans la foi jusqu'à la fin de leur vie et atteindront finalement le salut. Ceux qui sont véritablement nés de nouveau sont les élus qui persévéreront jusqu'à la fin[1],[2],[3].

Terminologie

Le terme alternatif « préservation des saints » met l'accent sur le rôle de Dieu dans la détermination de la persévérance des élus. À l'inverse, « persévérance des saints » souligne l'acte humain de persévérance, qui est une conséquence de la préservation divine[4],[5],[6]. Cependant, « préservation des saints » est un concept plus large pouvant décrire comment Dieu préserve les élus, qu'il le fasse de manière déterministe ou non. La vision non déterministe, connue sous le nom de « préservation conditionnelle des saints », désigne l'action divine protégeant la relation du croyant avec Lui contre toute influence extérieure, tout en requérant la condition d'une foi continue de la part du croyant[7].

Une interprétation pratique de la doctrine calviniste de la « persévérance des saints » conduit à la notion de « sécurité éternelle »[8]. Avec le temps, ce terme est devenu synonyme de la doctrine elle-même[9]. Au début du XXe siècle, « sécurité éternelle » était utilisé comme synonyme strict de « persévérance des saints »[10]. Toutefois, étant donné la signification théologique du terme « sécurité éternelle » dans l'usage courant, il est crucial de les distinguer[11]. En effet, certains théologiens calvinistes rejettent l'utilisation de « sécurité éternelle » pour décrire leur doctrine de persévérance[12], tout comme les partisans des formes non-calvinistes de sécurité éternelle[13].

Histoire

Doctrine de la persévérance chez Augustin

Sandro Botticelli, Saint Augustin dans son cabinet de travail, c. 1480.

Avant sa conversion au Christianisme en 387, Augustin d'Hippone (354–430) adhérait à trois philosophies déterministes : le stoïcisme, le néoplatonisme et le manichéisme[14],[15],[16],[17],[18],[19]. Après sa conversion, il enseigna une théologie chrétienne traditionnelle contre les formes de déterminisme théologique jusqu'en 412[20],[21],[22].

Durant son conflit avec les pélagiens, cependant, Augustin réintroduisit certains principes manichéens dans sa pensée[23],[24],[25],[26],[27],[28], un changement notablement influencé par la controverse sur le baptême des enfants[29]. Son exposition précoce au stoïcisme, avec son insistance sur le prédéterminisme divin méticuleux, a également façonné ses vues[30]. Selon la doctrine manichéenne, les enfants non-nés et les enfants non baptisés étaient condamnés à l'enfer en raison de leur corps physique[31]. Augustin affirmait que Dieu prédestinait les parents à rechercher le baptême pour leurs nouveau-nés, reliant le baptême à la régénération[32], et prédestinait ultimement quels enfants seraient damnés et lesquels seraient justifiés[33].

Augustin devait expliquer pourquoi certains baptisés continuaient dans la foi, tandis que d'autres apostasiaient et vivaient des vies immorales. Il enseigna que parmi ceux régénérés par le baptême, certains recevaient un don de persévérance (donum perseverantiae) leur permettant de maintenir leur foi et les empêchant de tomber[34],[35],[36]. Sans ce second don, un chrétien baptisé et ayant le Saint-Esprit ne persévérerait pas et, en fin de compte, ne serait pas sauvé[37]. Augustin développa cette doctrine de la persévérance dans De correptione et gratia (c.426–427)[38]. Bien que cette doctrine donne théoriquement une sécurité aux élus qui reçoivent le don de persévérance, les individus ne peuvent pas déterminer s'ils l'ont reçu[39],[16],[40].

Partisans de la sotériologie augustinienne avant la Réforme

Entre le Ve siècle et la Réforme au XVIe siècle, les théologiens qui défendaient la sotériologie augustinienne incluaient : Gottschalk (c. 808–868)[41], Ratramne (mort en 868)[42], Thomas Bradwardine (1300–1349)[43], Grégoire de Rimini (1300–1358)[44], John Wycliffe (1320s – 1384)[45], Johann Ruchrat von Wesel (mort en 1481)[46], Jérôme Savonarole (1452–1498)[47] et Johann von Staupitz (1460–1524)[48].

Développement de la doctrine calviniste de la persévérance

Jean Calvin (1509–1564), parmi d'autres réformateurs, fut profondément influencé par la sotériologie augustinienne[49],[50]. La sotériologie de Calvin fut ensuite davantage systématisée par Théodore de Bèze et d'autres théologiens[51]. Elle fut ensuite articulée lors du deuxième Synode de Dordrecht (1618–1619) en réponse aux Cinq articles des remontrants[52],[53]. La doctrine calviniste de la persévérance est présente dans les Confessions de foi réformées comme les Articles de Lambeth (1595)[54], les Canons de Dordrecht (1618-1619)[4] et la Confession de foi de Westminster (1646)[6].

Doctrine

Une conséquence de la doctrine calviniste de la prédestination

Les formes orthodoxes du calvinisme considèrent la providence divine de Dieu comme étant exprimée à travers un déterminisme théologique[55],[56],[57]. Cela signifie que chaque événement dans le monde est déterminé par Dieu[58]. Comme le dit la Confession de foi de Westminster : « Dieu, de toute éternité, par le plus sage et saint conseil de sa propre volonté, a librement et immuablement ordonné tout ce qui arrive »[59].

Concernant le salut, Calvin a expressément enseigné qu’il s’agissait d’une décision souveraine de Dieu de déterminer si une personne est sauvée ou damnée[60],[61]. Il écrit : « Nous appelons prédestination le conseil éternel de Dieu, par lequel il a déterminé ce qu’il voulait faire de chaque être humain. Car Dieu ne les crée pas tous dans une même condition, mais il ordonne les uns à la vie éternelle, les autres à l’éternelle damnation. Ainsi, selon la fin pour laquelle est créé l’être humain, nous disons que celui-ci est prédestiné à la mort ou à la vie[62]. » Ainsi, les actions humaines menant à cette fin sont également prédéterminées par Dieu[63]. En conséquence, Calvin soutenait la doctrine de la persévérance des saints, affirmant la préservation inconditionnelle des élus[64].

Interprétations pratiques de la doctrine de la persévérance des saints

Interprétation pratique rejetant une assurance absolue du salut

Selon le calvinisme, l’apostasie n’est pas possible pour ceux qui sont de véritables chrétiens[65]. Cependant, être un véritable chrétien n’est démontré que par la persévérance jusqu’à la fin[66]. Cela s’explique par le fait qu’il existe des cas où des individus semblent se tourner vers Dieu mais manifestent par la suite une apostasie définitive. Pour expliquer ce phénomène, les théologiens calvinistes ont avancé que la grâce commune pourrait inclure des effets indiscernables de l’appel efficace et de la grâce irrésistible subséquente. Sur cette question, Calvin a formulé le concept de « grâce temporaire » (parfois appelée « grâce évanescente »), qui apparaît et agit pendant un certain temps chez les réprouvés avant de disparaître[67],[68],[69],[70],[71]. Cela signifie que l’Esprit Saint peut produire chez certaines personnes des effets qui sont indiscernables de la grâce irrésistible de Dieu[72]. Ces effets peuvent également inclure des « fruits » visibles dans leur vie[73]. Cette notion de grâce temporaire a été reprise par des théologiens calvinistes ultérieurs comme Théodore de Bèze, William Perkins[74], John Owen[75], Arthur Pink[76] et Loraine Boettner[77]. Ainsi, selon ce concept, la certitude d’être un véritable chrétien n’est théoriquement pas accessible durant la vie[78]. Cette interprétation de la persévérance des saints qui reconnaît des explications comme celle de la « grâce évanescente », empêche le croyant d’avoir une assurance absolue de son salut. Plusieurs théologiens réformés ont exprimé une vision de l’assurance du salut comme étant non absolue[79],[80],[81],[82].

Interprétation pratique soutenant une assurance absolue du salut

Anonyme, Portrait de Jean Calvin, XVIIe siècle.

Calvin s'est largement inspiré de la sotériologie augustinienne[83],[50]. Cependant, à la fois Augustin et Luther, un moine augustinien, soutenaient que les croyants, en fonction de leur propre compréhension, ne pouvaient pas savoir de manière définitive s'ils faisaient partie des « élus à la persévérance »[84],[85],[16]. Bien que Calvin n'ai pas fourni de justification précise[86], il était plus optimiste que Luther quant à cette possibilité[87]. Calvin suggérait qu'une certaine assurance d'être élu pourrait être possible[88]. Cette possibilité d'assurance, fondée sur l'introspection personnelle, a également été exprimée par les théologiens calvinistes ultérieurs[89]. Elle a été mentionnée dans le Catéchisme de Heidelberg (1563)[90] et dans la Confession de foi de Westminster (1646)[91]. Au XVIIIe siècle[92], l'hyper-calvinisme encourageait l'introspection comme moyen pour les adeptes de déterminer leur élection[93]. Ce concept a persisté au XIXe siècle[94]. Cette assurance forme la base de la sécurité éternelle inconditionnelle dans les cercles calvinistes.

Le processus menant à la sécurité éternelle se déroule comme suit : Initialement, le croyant doit embrasser le système calviniste, mettant l'accent sur l'élection inconditionnelle et la grâce irrésistible. Ensuite, à travers l'examen de soi, il doit discerner l'influence spirituelle du Saint-Esprit. Cette introspection peut mener à une foi en sa propre élection prédéterminée. Dans ce contexte, le concept de la persévérance des saints peut inciter le croyant à croire en sa persévérance irrésistible[95],[96].

Parce que cette interprétation pratique de la doctrine de la « persévérance des saints » mène à la « sécurité éternelle », dans le christianisme réformé, ce terme est devenu au fil du temps synonyme de la doctrine elle-même[9]. Au début du XXe siècle, « sécurité éternelle » était utilisé comme un synonyme strict de « persévérance des saints »[97]. Cependant, dans le protestantisme plus large, la « sécurité éternelle » porte souvent un sens distinct[9]. Il est donc important de différencier les deux en raison de leur signification théologique respective[11].

Des groupes tels que les baptistes primitifs, fondé en Géorgie au début du XXe siècle[98], ont officiellement adopté cette forme de sécurité éternelle en raison de leurs profondes convictions calvinistes[99].

Reconnaissance historique des interprétations

Dans les cercles calvinistes, deux interprétations pratiques émergent ainsi concernant la « persévérance des saints » : Une interprétation accepte les explications de l'apostasie apparente telles que la « grâce évanescente », qui ne donne pas aux croyants une assurance absolue du salut pendant leur vie. L'autre interprétation rejette ces explications, affirmant que les croyants, par l'introspection, peuvent savoir avec certitude absolue qu'ils sont élus, permettant ainsi de croire en la sécurité éternelle[8]. Ces deux perspectives étaient déjà observées au XVIe siècle. Jacobus Arminius, (1560-1609), un pasteur de l'Église réformée, a rencontré les deux perspectives issues de la doctrine de la persévérance des saints. Il a qualifié la première perspective de « désespoir » (latin : desperatio) et la seconde de « sécurité » (latin : securitas)[95]. L'interprétation de la « sécurité éternelle » associée à la persévérance des saints a également été explicitement condamnée par le Concile de Trente (1545-1563)[100],[101].

Objections

La persévérance des saints entrave l'assurance du salut

La doctrine de la persévérance des saints peut suggérer qu'un croyant ait une certaine assurance du salut final. Cependant, cette interprétation fait l'objet de critiques en raison de son apparente incohérence. Dans le calvinisme orthodoxe, bien que les élus soient destinés à persévérer jusqu'à la fin, les croyants ne peuvent avoir la certitude de leur élection qu'après avoir effectivement persévéré[66]. Cette réalité, indépendamment des explications concernant l'apostasie définitive, mine l'utilité pratique de la « persévérance des saints », entravant ainsi l'assurance du salut. Cette critique a été avancée par diverses sources non calvinistes, notamment par les partisans de la théologie de la grâce gratuite[102] et les défenseurs de la préservation conditionnelle des saints, tels que les arminiens[103].

Incohérences dans l'explication de l'apostasie définitive

Dans le cadre de la persévérance des saints, le phénomène de l'apostasie définitive est généralement expliqué par les théologiens calvinistes par le concept de la « grâce évanescente ». Ce concept implique que l'Esprit Saint accorde délibérément une foi temporaire et les « fruits » associés[78]. Les chrétiens non calvinistes considèrent cette explication comme contraire au caractère révélé de Dieu et incohérente avec la révélation globale[104].

L'interprétation de la sécurité éternelle introduit une tension sur le sujet de la foi

L'interprétation de la « sécurité éternelle » associée à la persévérance des saints affirme qu'un individu peut croire qu'il est élu et qu'il persévérera donc irrésistiblement[95]. Les arminiens soulignent souvent une tension dans cette vision entre la foi actuelle en Jésus et la foi en un événement passé[105], à savoir, l'élection[87]. Ils soutiennent que cette foi en un événement passé reçoit une importance égale à celle de la foi présente en Jésus pour garantir le salut final[106]. Les arminiens affirment que la foi véritable doit être unique et entièrement centrée sur Jésus[107].

L'interprétation de la sécurité éternelle peut mener à l'antinomisme

L'interprétation de la « sécurité éternelle » associée à la persévérance des saints affirme qu'un individu peut croire qu'il est élu et qu'il persévérera ainsi irrésistiblement[95]. Une telle interprétation peut amener un individu à abandonner une compréhension dynamique de la sanctification en faveur d'une perspective statique et antinomienne[108].

Aspects exégétiques débattus

Passages d'avertissement du livre des Hébreux

Plusieurs passages d'avertissement de l’Épître aux Hébreux, en particulier Hébreux 6:4-6 et Hébreux 10:26-39, semblent contredire la doctrine calviniste de la préservation inconditionnelle des élus[109],[110]. Le débat autour de ces passages porte principalement sur l'identité des personnes visées, et plusieurs interprétations majeures ont été proposées [111]:

  • La vue hypothétique : Les avertissements sont réels mais hypothétiques, destinés à secouer les croyants pour les amener à la rectitude morale et à la persévérance[112],[113].
  • La vue phénoménologique du faux croyant : Les avertissements sont réels et adressés à des personnes qui peuvent véritablement commettre le péché d'apostasie, mais celles qui peuvent le faire ne sont pas de vrais croyants[112],[114].
  • La vue phénoménologique du vrai croyant : Les avertissements sont donnés aux vrais croyants qui peuvent véritablement commettre ce péché[115],[114].
  • La vue de la communauté de l'alliance : Les avertissements concernent le rejet d'une communauté d'alliance par Dieu lorsque la communauté dans son ensemble se détourne de la volonté de Dieu, plutôt que des croyants individuels[116],[114].

Il existe plusieurs interprétations moins courantes. L'une suggère que les avertissements ne se réfèrent pas à une perte de salut, mais plutôt à une perte de récompenses éternelles[117],[118]. Une autre propose que les avertissements pourraient se référer aux chrétiens juifs revenant au judaïsme[119],[120].

Interprétations d'Hébreux 6:4-6 soutenant la préservation inconditionnelle calviniste

« Vue hypothétique » : Hébreux 6:4-6 peut décrire ceux qui se révoltent temporairement dans leur foi, mais ne traite pas de la question de la perte permanente de la foi[121]. Cette lecture est critiquée pour sa tendance à atténuer la force du texte[122],[123].

« Vue phénoménologique du faux croyant » : Hébreux 6:4-6 ne se réfère pas à des individus régénérés, mais à des incroyants qui ont reçu les dons de Dieu et ont bénéficié de sa grâce, mais qui sont restés sceptiques[124]. Cette distinction suscite des critiques récurrentes en raison de son caractère artificiel[125],[120].

Interprétation d'Hébreux 6:4-6 contredisant la préservation inconditionnelle calviniste

« Vue phénoménologique du vrai croyant » : Oropeza affirme que les destinataires de la lettre aux Hébreux ont fait face à des persécutions, et l'auteur reconnaît que certains membres étaient devenus des apostats malgré leurs véritables expériences de conversion. L'auteur avertit l'audience actuelle que, malgré les bienfaits passés et les expériences confirmant leur foi, eux aussi pourraient se détourner s'ils continuent dans leur état de négligence, avec des conséquences graves pour l'apostasie[126]. Tandis que certains défendent une interprétation de l'apostasie irrémédiable[127], d'autres soutiennent que l'apostasie d'un chrétien régénéré est possible, mais pas systématiquement irrémédiable tant qu'il est vivant. Selon cette vue, McKnight suggère que l'auteur des Hébreux décrit une apostasie qui dépasse la période de grâce accordée par Dieu, et qui est irrémédiable, et non l'apostasie remédiable qui peut survenir pendant la vie d'une personne[128].

Autres vues protestantes

Références

Voir aussi

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