Petite Vendée comtoise
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La Petite Vendée Comtoise est le nom donné à une insurrection populaire antirévolutionnaire qui s'est déroulée durant l'été 1793 dans certains cantons du département du Doubs situés dans les districts d'Ornans et de Pontarlier, à la frontière suisse. Rapidement écrasée (on retient en général les dates du 31 août 1793 - 6 septembre 1793), cette insurrection a été suivie d'une lourde répression qui a multiplié arrestations, déportations et exécutions. L'historienne Danièle Pingué de l'Université de Franche-Comté a résumé l'événement : « Bien qu’éphémère et circonscrite à quelques cantons, cette insurrection allait marquer durablement la mémoire collective » [1].
La dénomination de Petite Vendée apparaît dès les événements de 1793. Le journal patriote La Vedette[2] écrit dans son numéro du 17 septembre : « Il s'étoit formé dans l'extrémité de notre département une petite Vendée, qui menaçoit fortement la liberté qu'on se proposoit d'éteindre dans le sang des patriotes »[3]. L'expression sera reprise au XIXe siècle surtout par le parti catholique et réactionnaire, par exemple par l'abbé Louis Besson (qui sera évêque de Nîmes), dans La Petite Vendée, Mémoires de l'Académie de Besançon, 1861, et surtout par Jules Sauzay Histoire de la persécution révolutionnaire dans le département du Doubs de 1789 à 1801 , 1867-1873.
Les villages concernés par l'insurrection sont groupés autour de Bonnétage, Le Russey, Maîche, Orchamps-Vennes, Pierrefontaine-les-Varans, Sancey, Vercel (villages dispersés dans les cantons redécoupés en 2014 de Maîche, Morteau, Clerval, Valdahon). Ces cantons du Haut-Doubs se situent dans une partie enclavée de Franche-Comté à forte tradition catholique qui constitue une frontière religieuse avec le protestantisme de la principauté de Montbéliard au nord et des cantons suisses à l'est. Ce secteur a été très concerné par la Contre-Réforme qui a tissé des réseaux puissants et a profondément marqué les esprits ; en témoignent les fondations religieuses, à l'époque de la Révolution et du Directoire, d'Antoine-Sylvestre Receveur(1750-1804) ou de Jeanne-Antide Thouret(1765-1826).
Si les débuts de la Révolution ne sont pas mal accueillis, des tensions apparaissent avec la Constitution civile du clergé de 1790 et les oppositions s'accentuent fortement en 1791 quand le pape condamne la nouvelle institution, le 10 mars 1791, et que l'archevêque de Besançon, Raymond de Durfort, réfractaire, est destitué le 12 mars 1791 et exilé en Suisse. Les prêtres réfractaires sont nombreux dans ces territoires très catholiques et les contacts avec l'émigration militante sont importants et facilités par la proximité avec la Suisse[4].
L'opinion publique locale est dominée par le parti catholique qui rejette vivement la déchristianisation de la Convention et est parfois sensible à la propagande royaliste renforcée, après la mort du roi, mais une minorité révolutionnaire – les patriotes – demeure active et contrôle les activités politiques et administratives en s'appuyant sur les gardes nationaux armés. Le climat est tendu dans cette région frontalière agitée par les contacts avec la Suisse où sont regroupés émigrés et prêtres réfractaires alors que la faiblesse des récoltes et les réquisitions ordonnées par le Comité de salut public pour nourrir les armées échauffent déjà les esprits : les municipalités patriotes confisquent les armes des partisans catholiques pour éviter les affrontements violents.
Celles-ci menacent encore davantage après la décision de la levée en masse des hommes de 25 à 30 ans le qui renforce le décret de la Convention du 24 février 1793 qui ne concernait que les célibataires ou veufs de 18 à 25 ans. Les paysans catholiques n'acceptent pas de défendre un pouvoir qui les opprime et dont ils ne partagent pas les valeurs[5].
