Alle de Wercken reprend une série de quatre dialogues scéniques en rimes de Keysers, avec les airs accompagnants, appelés Hemel-Spraecken (Débats célestes, qui sont des dialogues entre les habitants du ciel, même si les pièces comprennent aussi des passages comiques[4]). Cette série a été jouée au milieu du XVIIe siècle à Bruges, à l'occasion de la procession annuelle du Saint-Sang, où le texte est déclamé sur le char représentant le ciel. Les données contenues dans un poste de dépense des comptes de 1643 de la ville de Bruges confirment l'attribution à Keysers : les documents précisent qu'à Petronella Keysers, épouse de Lambertus Vossius, a été accordée une somme de trois livres six shillings à titre de compensation pour des copies du « Brughsche Hemel-Spraeck »[5]. Il s'agit ici d'exemplaires de l'édition perdue, les tirages d'œuvres de circonstance étant peu élevés à l'époque.
Ces quatre Hemel-Spraecken étaient donc de vraies œuvres littéraires spécialement conçues, entre 1641 et 1644, pour le char du ciel de la procession annuelle en l'honneur de la relique du Saint Sang, étant, par la sorte, un véhicule de la culture de spectacle de la Contre-Réforme. On connaît d'ailleurs des dialogues d'autres auteurs composés pour des processions annuelles. Certains personnages réapparaissent chaque année dans les pièces : Dieu le Père, son Fils, Marie, des anges et des personnifications allégoriques, comme les vierges des villes[4]. Les sujets précis des pièces sont toujours les mêmes : le culte du Saint Sang à Bruges ; cependant, l'évolution des circonstances fait que, chaque année, on trouve des variations sur le thème. Dans les années 1640, la menace très réelle et terrible posée par l'alliance militaire entre les armées catholiques françaises et celles des Républicains constitue le thème principal. Dans les pièces de Keysers, les dialogues relèvent de la plus pure propagande : les mots pathétiques de la personnification de la Flandre, prononcés dans les rues animées de Bruges, doivent encourager le public à se solidariser et à résister. Non seulement les intérêts espagnols, mais également ceux de Bruges et de toute la Flandre, sont en jeu et la religion catholique romaine est menacée par les hérétiques. Un an plus tard, en 1644, il en faut peu pour que le commandant espagnol, Cantelmo, redouté par les « hérétiques », soit responsable d'un renversement des rôles[2].
Le style vif et pamphlétaire des alexandrins de Keysers trahit le talent d’une poétesse engagée. Ayant accolé l'étiquette de poète éloquent (« zoetvloeienden Poëet ») à Vossius, les frères Clouwet auraient pu faire de même à l'égard de Keysers. Elle prend sans aucun doute une place dans les rangs des défenseurs de la Contre-Réforme, aux côtés d'écrivaines telles qu'Anna Bijns ou Katharina Boudewijns[6].
L'emploi de mots considérés comme caractéristiques du dialecte de Bois-le-Duc ont amené Buitendijk à suggérer que Petronella était originaire de cette ville, et que Joachim Keysers (1604-1676), natif de la même ville brabançonne, et connu comme poète latin, serait un membre de la famille. Buitendijk trouve des exemples de l'idiome hollandais dans les pièces de Petronella et croit qu'elle a connu les œuvres de Cats et de Huygens[3].