Philip-Lorca diCorcia
photographe américain
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Philip-Lorca diCorcia est un photographe américain, né en 1951[1] à Hartford dans le Connecticut. Il vit et travaille à New York. Ses photographies associent des éléments du style artistique documentaire avec un principe de construction maîtrisée et complexe propre à l'image de fiction.
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Galerie David Zwirner (en) |
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Biographie
Formation
Philip-Lorca diCorcia commence à s'intéresser à la photographie dans les années 1970 au début desquelles il étudie la photographie à l'université d'Hartford. Il est diplômé de la "School of the Museum of Fine Arts" de Boston en 1975 et entre dans le programme de formation en photographie en deux ans de l'université Yale à New Haven en 1979.
Après s'être intéressé à la photographie conceptuelle de son époque, diCorcia, pendant sa formation à Yale, hérite de deux approches habituellement opposées de la photographie.
- Une approche soutenue par la tradition documentaire américaine issue, entre autres de photographes comme Walker Evans ou Robert Frank, selon laquelle même si la photographie documentaire est bien reconnue comme étant un style artistique, il s'agit d'un style basé sur l'idée que la photographie serait un médium qui permettrait une transposition directe de la réalité telle qu'elle est, en images. Cette conception de la photographie tend à considérer que la réalité et sa représentation sont en adéquation parfaite.
- Mais, au-delà de cette approche de la photographie, diCorcia hérite également d'une approche de la photographie comme médium aux nombreuses possibilités créatives. Il est particulièrement influencé par l'esthétique de l'image publicitaire mais aussi par certains aspects de l'image cinématographique. Selon Peter Galassi, si diCorcia adopte le vocabulaire de la photographie commerciale, il ne s'agit pas pour lui de juger cette dernière mais de la reconnaître comme une partie intégrante de son expérience.
Œuvre
Entre mise en scène et photographie documentaire
Le travail de Philip-Lorca diCorcia associe des situations et des personnes réelles à des dispositifs de prise de vue soigneusement préparés. Il utilise notamment des éclairages artificiels, des appareils installés sur pied et des compositions élaborées à l’avance, empruntant certains procédés à la photographie publicitaire et au cinéma. Ses images conservent toutefois une part d’incertitude : elles ne permettent pas toujours de déterminer si les personnages ont été dirigés, s’ils interprètent un rôle ou s’ils ont été photographiés à leur insu[2].
Dans ses premières photographies en couleur, réalisées à partir du milieu des années 1970, diCorcia met principalement en scène des membres de sa famille, des amis et des connaissances dans des environnements quotidiens. Les gestes et les situations paraissent ordinaires, mais l’éclairage et la disposition des personnages donnent aux scènes une apparence théâtrale ou cinématographique. Certaines de ces photographies seront ultérieurement réunies dans l’ensemble A Storybook Life[3].
Hustlers
Entre 1990 et 1992, Philip-Lorca diCorcia réalise à Los Angeles une série de portraits d’hommes se prostituant ou fréquentant les environs de Santa Monica Boulevard. Il leur propose de poser dans des chambres de motel, des parkings, des stations-service ou différents espaces urbains préalablement choisis et éclairés[4].
Les titres des photographies indiquent généralement le prénom ou le nom du modèle, son âge, son lieu d’origine et la somme versée pour la séance. Dans Eddie Anderson, 21 Years Old, from Houston, Texas, $20 ou Todd M. Brooks, 22 Years Old, from Denver, Colorado, $40, le montant mentionné correspond à la rémunération négociée avec la personne photographiée[5].
La série est réalisée après l’attribution à diCorcia d’une bourse du National Endowment for the Arts. Dans un contexte de controverses politiques autour du financement public d’œuvres jugées obscènes, le photographe doit signer une déclaration concernant la nature des travaux produits grâce à cette aide. Le versement aux modèles d’une somme comparable au prix de leurs services habituels a ainsi été interprété comme une manière de redistribuer symboliquement une partie de la bourse à des personnes dont les activités auraient précisément pu être visées par ces politiques de censure[6].
Malgré leur apparence documentaire, les photographies de Hustlers résultent d’une préparation importante. DiCorcia choisit les lieux, installe les éclairages et dirige les modèles, tout en maintenant une ambiguïté sur leur histoire et sur la situation représentée. Les images peuvent ainsi être rapprochées d’images fixes extraites de films dont le récit resterait inconnu.
Streetwork
Avec la série Streetwork, réalisée entre 1993 et 1999 dans des villes telles que New York, Londres, Naples, Rome, Tokyo, Mexico ou La Havane, diCorcia introduit une part plus importante de hasard dans son processus. Il installe à distance un appareil photographique et des flashes télécommandés, puis photographie les passants qui traversent une zone déterminée sans nécessairement savoir qu’ils sont observés[7].
Le dispositif technique et le cadrage sont donc préparés, mais l’identité, les gestes et les relations entre les personnes photographiées demeurent imprévisibles. Le flash isole certains passants au sein de la foule et transforme des scènes fortuites en compositions fortement structurées. DiCorcia réalise plusieurs milliers d’images, dont il ne retient qu’un nombre limité pour la série définitive[2].
Cette méthode se distingue à la fois de la photographie de rue fondée sur la mobilité et la réaction immédiate du photographe, et de la mise en scène intégralement contrôlée. L’image résulte de la rencontre entre un dispositif fixe, préparé à l’avance, et les déplacements imprévisibles des passants.
Heads
Entre 1999 et 2001, diCorcia reprend ce principe pour la série Heads. Il installe un téléobjectif et des flashes sur des échafaudages à Times Square, à New York. Les éclairages sont déclenchés lorsqu’un passant traverse une zone précisément définie. Le visage et le haut du corps du sujet apparaissent alors fortement éclairés, tandis que la rue et la foule environnantes sont souvent plongées dans l’ombre.
Les personnes sont photographiées sans avoir été prévenues et paraissent absorbées dans leurs pensées ou leurs déplacements. Bien que produites dans un espace public très fréquenté, les images donnent l’impression de portraits isolés, parfois rapprochés par la critique de peintures religieuses ou de portraits anciens. DiCorcia sélectionne dix-sept photographies parmi plusieurs milliers de prises de vue pour constituer la série[8].
L’une des photographies représente Erno Nussenzweig, membre de la communauté juive hassidique. Après avoir découvert que son portrait avait été exposé, publié et proposé à la vente, celui-ci engage une procédure contre le photographe et la galerie Pace/MacGill, invoquant notamment une atteinte à son droit à l’image et à ses convictions religieuses.
Les juridictions new-yorkaises rejettent sa demande. Elles estiment notamment que la photographie relève de l’expression artistique et n’est pas assimilable à une utilisation publicitaire ou commerciale du portrait au sens de la législation de l’État de New York. La Cour d’appel de l’État de New York confirme en 2007 le rejet de l’action, également considérée comme ayant été engagée après l’expiration du délai légal[9].
L’affaire Nussenzweig v. diCorcia est régulièrement citée dans les débats sur la protection de la vie privée, le droit à l’image et la liberté de création dans le domaine de la photographie de rue aux États-Unis.
A Storybook Life
Publié en 2003, A Storybook Life rassemble soixante-seize photographies réalisées entre les années 1970 et la fin des années 1990. Contrairement aux séries définies par une méthode ou un lieu précis, cet ensemble réunit des images initialement conçues séparément. DiCorcia les organise dans un ordre déterminé afin de créer une suite visuelle dépourvue de récit explicite[10].
Les photographies montrent des membres de sa famille, des proches, des intérieurs, des paysages ou des scènes de rue. Leur succession suggère des relations narratives, alors même que les images ont été prises à des époques et dans des contextes différents. L’ouvrage emprunte ainsi certains traits à l’album familial, au livre photographique et au récit autobiographique, tout en maintenant une incertitude entre souvenirs personnels et situations fictives.
Photographie de mode
Parallèlement à son travail artistique, Philip-Lorca diCorcia réalise des commandes pour la presse et la mode. Ses photographies publiées dans le magazine W à partir de la fin des années 1990 appliquent à la photographie éditoriale les principes développés dans son œuvre personnelle : éclairages complexes, décors urbains, présence de passants non professionnels et ambiguïté entre scène organisée et événement fortuit.
En 2000, il réalise notamment pour W les portfolios Stranger in Paradise et Cuba Libre, respectivement publiés sur vingt-quatre et trente pages. Ces travaux lui valent en 2001 le prix Infinity de l’International Center of Photography dans la catégorie photographie appliquée, mode et publicité[11].
La photographie de mode ne constitue pas dans son travail un domaine entièrement séparé de sa pratique artistique. Plusieurs images réalisées pour des magazines ont ensuite été exposées ou intégrées à des collections muséales, notamment les photographies de la série W conservées par le Museum of Modern Art[12].
Reconnaissance institutionnelle
En 1986, Philip-Lorca diCorcia participe à l’exposition New Photography 2 au Museum of Modern Art de New York, aux côtés de Mary Frey et David Hanson[13].
En 1993, le même musée présente l’exposition Philip-Lorca diCorcia: Strangers, consacrée aux photographies qui seront ensuite couramment regroupées sous le titre Hustlers[4].
En 2013, la Schirn Kunsthalle Frankfurt organise Philip-Lorca diCorcia: Photographs 1975–2012, première grande rétrospective européenne de son travail. L’exposition rassemble plus d’une centaine de photographies appartenant notamment aux ensembles Hustlers, Streetwork, Heads, A Storybook Life, Lucky 13 et East of Eden[14].
Publications
- A storybook life, Santa Fe : Twin Palms publishing, 2003 (ISBN 1-931885-23-0).
Expositions
- - : New Photography 2: Mary Frey, David Hanson, and Philip-Lorca diCorcia, Museum of Modern Art (MoMA), New York[15].
- 2003 : exposition rétrospective, Centre national de la photographie, Paris[16],[17],[18].