Phérétimê
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Phérétimê ou Pheretima (grec ancien : Φερετίμα, Φερετίμη, décédée en 515 av. J.-C.) est l'épouse du roi grec de Cyrénée Battos III et la dernière reine de la dynastie des Battiades en Cyrénaïque, connue des sources littéraires.
Phérétimê appartient à la dynastie royale des Battiades régnant sur la côte africaine à l'ouest de l'Égypte, dans l'actuelle Libye, depuis la cité grecque de Cyrène[1]. Elle est d'origine grecque dorienne et Hérodote déclare que son père s'appelle Battos. Elle épouse Battos (du même nom que son père) quelque temps avant qu'il ne devienne roi en 550 av. J.-C. Ils ont deux enfants : un fils, le futur roi Arcésilas III et une fille, Ladice qui épouse le pharaon égyptien Amasis II[2]. Jusqu'alors, la dynastie régnante avait adopté la tyrannie, cependant après de fortes oppositions de l'aristocratie, Battos III est obligé de céder des privilèges royaux[1],[3].
Lorsque Battos III meurt vers 530 av. J.-C. Arcesilas devient roi et souhaite rejeter la nouvelle constitution accordée par son père, voulant rétablir son autorité. Ce qui provoque des tensions internes menant jusqu'à une guerre civile[3]. Phérétimé s'engage sur la scène politico-militaire en tant que dynaste afin de préserver les Battiades. Elle cherche notamment à former une alliance avec Euelthon, roi de Salamine de Chypre suite à la défaite de son fils lors de la guerre civile[4],[5],[1]. Elle lui demande une armée, mais celui-ci lui fournit plutôt une quenouille et un fuseau, laissant entendre qu'elle devait en rester aux affaires des femmes[6],[3],[1].
Lorsque son fils Arcesilas reprend le pouvoir à Cyrène avec l'aide d'une armée perse, expulse ses opposants vers Chypre où se trouve encore sa mère afin qu'elle se charge de leur jugement. Cependant, le navire fait naufrage. Phérétimé revient de Chypre à partir de 526 et assiste son fils en tant que régente lorsqu'il se rend en expédition militaire pour restaurer son autorité[3]. Cependant, en 525, Arcesilas est assassiné par ses opposants à Barqa, Phérétimê obtient le soutien d'Aryandes (en), gouverneur perse de l'Égypte, qui confirme la responsabilité des Barqéens dans le décès d'Arcesilas. Il lui fournit une armée et une flotte, ce qui permet à Phérétimè d'assiéger la ville. Après la capture de la ville, la population est sévèrement réprimée[4],[2],[1]. Hérodote indique que les principaux responsables sont empalés autour des murailles, les femmes sont mutilées, leurs seins découpés et exposés, une partie de la population est réduite en esclavage[7].
Dans le récit d'Hérodote, Phérétimé incarne le principe moral du « rien de trop » et la vengeance implacable qui peut en découler. Sa répression démesurée se fait au prix d'une soumission des Battiades aux Achéménides et la perte de l'autonomie des territoires Grecs de Libye[2]. En effet, après avoir repris Barqa et Cyrène, les sources sont contradictoires. Certaines indiquent qu'elle ne règne pas sur le territoire et retourne en Égypte, d'autres indiquent qu'elle reprend le pouvoir de Cyrène, ou encore agi comme régente pour son petit-fils[8],[1].
Atteinte, selon Hérodote, d'une maladie terrible, elle meurt en 515. Hérodote en fait un châtiment divin en réaction à sa vengeance sanglante perpétrée à Barqa et Cyrène[1]. Cependant, cette dimension est absente ou atténuée dans d'autres récits, sans donner de détail sur les circonstances de sa mort[8]. Son petit-fils, Battos IV, reprend le trône[3].
Image et interprétation
Les informations concernant Phérétimê proviennent de traditions divergentes, notamment celles attribuées à Hérodote et à l’historien local Ménéclès de Barqa (en). Ces récits présentent des variations significatives quant à son rôle, sa personnalité et ses actions, oscillant entre l’image d’une mère vengeresse et celle d’une souveraine politique active. D’autres traditions, notamment celles reprises dans la Souda et chez Polyen, contribuent à enrichir et transformer son image, en lui attribuant parfois un rôle militaire plus direct[8].
L’image de Phérétimé varie fortement selon les sources : chez Hérodote, elle apparaît surtout comme une mère animée par la vengeance ; chez Ménéclès, elle semble davantage préoccupée par la conservation du pouvoir dynastique et peut être présentée comme une dirigeante autonome ; dans d’autres traditions, elle est décrite comme une figure énergique et parfois même comme une « reine guerrière ». Ces divergences concernent également son degré d’indépendance : certaines versions la montrent dépendante d’alliés masculins, tandis que d’autres lui attribuent un rôle militaire et politique direct[8],[7].
Phérétimé est associée à l'image de la politique répressive. Incapable, dans un premier temps, de les éliminer directement à Cyrène, elle aurait recours à une stratégie indirecte consistant à les éloigner de la cité sous divers prétextes (par exemple une mission diplomatique), avant de les faire exécuter à l’étranger, notamment en Égypte. Un élément central des traditions relatives à Phérétimé est l’usage de la ruse (δόλος). L’interprétation de ce terme reste incertaine : il peut désigner soit les circonstances de la mort de son fils, soit les moyens employés par la reine pour s’emparer du pouvoir[8].
Enfin, l'image de Phérétimé transgresse les normes de genre traditionnelles dans le récit d'Hérodote puisqu'elle sollicite une armée, intervient dans les affaires politiques et est associée à des actes de violences extrêmes. Elle est souvent rapprochée d'autres figures féminines de l'historiographie grecque, notamment des reines vengeresses, mais elle se distingue par l'absence de légitimité politique propre, l'extrême violence de ses actions et l'échec de son action[7].