Pierre Chrétien Korte
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Pierre Chrétien Korte, né le [1] à Gerresheim dans le duché de Berg et mort le à Paris (8e arrondissement de Paris), est un général de division et homme politique français. Figure emblématique de la cavalerie française du XIXe siècle, il participe aux principales campagnes napoléoniennes avant de jouer un rôle déterminant dans la conquête de l'Algérie et les événements politiques du Second Empire.
Gerresheim, Duché de Berg
8e arrondissement de Paris
| Pierre Chrétien Korte | ||
Portrait du général Korte | ||
| Naissance | Gerresheim, Duché de Berg |
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| Décès | (à 73 ans) 8e arrondissement de Paris |
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| Origine | Duché de Berg | |
| Allégeance | ||
| Arme | Cavalerie | |
| Grade | Général de division | |
| Années de service | 1804 – 1857 | |
| Commandement | 1er régiment de chasseurs d'Afrique Brigade de cavalerie de la province d'Alger Division de cavalerie de la province d'Oran Cavalerie de l'armée de Paris Inspecteur général de la cavalerie |
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| Conflits | Guerres napoléoniennes Expédition d'Espagne (1808-1814) Conquête de l'Algérie Journées de Juin 1848 Coup d'État du 2 décembre 1851 |
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| Faits d'armes | Bataille d'Austerlitz, Bataille de la Moskova, Leipzig, Bataille de Waterloo | |
| Distinctions | Grand-croix de la Légion d'honneur Ordre royal et militaire de Saint-Louis |
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| Hommages | Place Korte à Oran (renommée depuis) | |
| Autres fonctions | Sénateur du Second Empire (1852-1862) | |
| Famille | Théodora Caroline Korte (fille naturelle) | |
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Origine et formation
Pierre Chrétien Korte naît le 30 juin 1788 à Gerresheim, localité du duché de Berg qui sera plus tard intégrée à Düsseldorf en 1909. Issu d'une famille de condition modeste dans cette région rhénane sous influence française, il s'engage très jeune dans l'armée impériale, illustrant l'ascension sociale possible par le mérite militaire sous l'Empire. Ses qualités exceptionnelles de cavalier et sa bravoure lui permirent une ascension jusqu'à commander la division de Cavalerie de l'armée de Paris (1854). Les propos du Comte Pierre de Castellane à son sujet résument en quelques mots ces qualités[2]:
Le colonel Korte du 1er chasseurs d'Afrique, commandant supérieur de Teniet-el-Had était venu au-devant du général, monté sur un magnifique cheval blanc. Il le maniait avec la grâce d’un cavalier formé aux traditions de l’ancienne équitation française. Qui se serait attendu à rencontrer dans ces solitudes, au milieu de ces Arabes indomptés, un représentant de la petite écurie de Versailles, sans rivale dans le monde ? Mais le colonel ne se contentait pas d’être un des meilleurs cavaliers de l’armée, tous estimaient son courage, et du point où nous étions nous voyions Aïn-Tesemsil, le plateau du Serrssous, où le général Changarnier avait ordonné une razzia que le colonel Korte exécuta avec autant de bonheur que d’audace.
Carrière militaire
Campagnes napoléoniennes (1803-1815)
Formation et premiers combats
Le 26 décembre 1804 (5 nivôse an XIII), âgé de seize ans seulement, Korte s'engage au 7e régiment de hussards. Cette précocité reflète les pratiques de recrutement de l'époque et témoigne de sa détermination.
Il participe dès 1805 à la campagne d'Autriche et se distingue à la bataille d'Austerlitz le 2 décembre 1805. Cette victoire décisive de Napoléon lui vaut une première promotion : brigadier le 25 février 1806, puis maréchal des logis le 5 novembre 1807.
Campagnes de Prusse, Pologne et Espagne
Les campagnes de Prusse et de Pologne (1806-1807) complètent sa formation militaire. Durant la Guerre d'indépendance espagnole, intégré à la brigade de cavalerie du général Wathier de Saint-Alphonse, il prend part au siège de Saragosse, épisode particulièrement meurtrier du conflit ibérique.
Campagne de Russie et fin de l'Empire
La campagne de Russie (1812) marque un tournant dans sa carrière. Promu adjudant sous-officier le 28 juin 1812, puis sous-lieutenant à Moscou par décret impérial du 8 octobre, il combat à la bataille de la Moskova (7 septembre) et au combat de Mojaïsk (12 septembre), où il reçoit une blessure par balle à la tête.
Pendant la retraite, il rejoint le 23 décembre 1812 l'escadron sacré, unité d'élite formée des débris de la cavalerie de la Garde. Durant la campagne de Saxe (1813), il participe aux batailles de Lützen et de Bautzen.
Le 21 décembre 1813, il est versé aux chasseurs à cheval de la Garde impériale (Jeune Garde) et combat lors de la bataille de Leipzig, surnommée la "Bataille des Nations". Il se distingue également à Brienne durant la campagne de France, où il reçoit trois coups de baïonnette le 29 janvier 1814.
La carrière napoléonienne de Korte s'achève à Waterloo (18 juin 1815), où il charge aux côtés du maréchal Ney dans les derniers assauts de la Grande Armée.
L'Algérie : commandement et distinction (1830-1847)
Nomination en Afrique du Nord
La conquête de l'Algérie offre à Korte l'opportunité de poursuivre sa carrière militaire sous la Monarchie de Juillet. Nommé colonel du 1er régiment de chasseurs d'Afrique, il devient commandant supérieur de Teniet-el-Had.
Faits d'armes remarquables
L'action la plus célèbre de Korte en Algérie se déroule le 1er juillet 1842. Le général Nicolas Changarnier lui ordonne d'exécuter une razzia contre une colonne d'émigrants arabes. Avec seulement 220 chasseurs, Korte attaque une multitude de plus de trois lieues d'étendue, protégée par 1 500 cavaliers. Cette audacieuse manœuvre permet de capturer 2 000 chameaux, 80 000 têtes de bétail et de nombreux prisonniers[2].
Cette action illustre la tactique française de "guerre totale" menée contre les populations algériennes, stratégie controversée mais efficace du point de vue militaire colonial.
Progression dans la hiérarchie
Les succès algériens de Korte lui valent plusieurs promotions. Il commande successivement la brigade de cavalerie de la province d'Alger, puis la division de cavalerie de la province d'Oran, devenant une figure respectée de l'Armée d'Afrique.
Retour en métropole et engagement politique (1847-1862)
Journées de Juin 1848
De retour en France, Korte participe à la répression des journées de Juin (23-26 juin 1848), soulèvement ouvrier contre la Deuxième République. Il est blessé par balle au bras le 25 juin 1848.
Coup d'État et Sénat
Korte soutient activement le coup d'état du prince-président Louis-Napoléon Bonaparte le 2 décembre 1851[3]. Cette fidélité lui vaut d'être nommé sénateur le 31 décembre 1852, fonction qu'il conserve jusqu'à sa mort selon le principe d'inamovibilité des sénateurs impériaux.
Son rôle dans le coup d'état lui vaut d'être stigmatisé par Victor Hugo dans Les Châtiments (1853).
Dans le poème "Cette nuit-là", Hugo évoque :« Ceux de Dulac, et ceux de Korte et d'Espinasse / [...] Vinrent, le régiment après le régiment »
Dans le poème "Applaudissements", Hugo :« Ton Champ de Mars subit ces vainqueurs répugnants, Ces Maupas, ces Fortouls, ces Bertrands, ces Magnans, Tous ces tueurs portant le tricorne en équerre, Et Korte, et Carrelet, et Canrobert Macaire. »
Vie privée et descendance
Pierre Chrétien Korte eut une liaison avec la marquise Marie Union Virginie Maret de Saint-Pierre, dont naquit le 10 décembre 1821 une fille naturelle, Théodora Caroline Korte[4]. Le père de la marquise, Michel Maret de Saint-Pierre, s'opposa fermement à leur union, illustrant les préjugés sociaux de l'époque envers les militaires d'origine modeste.
Blessures de guerre
Le parcours militaire de Korte est marqué par de multiples blessures témoignant de son courage :
- Combat de Mojaïsk (12 septembre 1812) : coup de feu à la tête
- Combat de Reichenbach (22 mai 1813) : coup de lance
- Bataille de Brienne (29 janvier 1814) : trois coups de baïonnette
- Combat d'Oued-el-Alleg (31 décembre 1839) : coup de feu à la tête
- Journées de Juin (25 juin 1848) : coup de feu au bras
Décorations et honneurs
Décorations françaises
- Légion d'honneur :
- Chevalier de l'Ordre royal et militaire de Saint-Louis
- Chevalier de l’Institution du Mérite militaire
- Médaille de Sainte-Hélène
Décorations étrangères
Chevalier de l’Ordre de Saint-Ferdinand
Grand Officier de l’Ordre de Léopold de Belgique
Commandeur de l'Ordre de Saint Benoît d'Aviz
Postérité et mémoire

Une place de la ville d'Oran fut baptisée du nom du général Korte en reconnaissance de ses services pendant la conquête de l'Algérie. Cette place fut ultérieurement rebaptisée "place des frères Messaoudi" après l'indépendance algérienne, illustrant la réévaluation critique de l'héritage colonial français. Sur la page Facebook officielle de la ville d'Oran, il est toujours fait état du lien avec le général Korte[5].
La figure de Korte incarne les contradictions de son époque : héros militaire de l'épopée napoléonienne, artisan efficace mais controversé de la colonisation algérienne, et soutien du régime autoritaire de Napoléon III. Son parcours illustre les transformations de l'armée française au XIXe siècle, de la Grande Armée impériale aux forces coloniales du Second Empire.