Son activité dans les réseaux de résistance et de renseignement l'amène à endosser plusieurs identités.
Membre du réseau Parson, il adopte le pseudonyme de «Pierre Morvan», que lui a donné le commissaire de police Louradour. Il emprunte le nom de «Marot» en Espagne, transformé en «Harot» à cause d'une erreur de transcription. Lors de son entraînement au SOE, il se fait appeler «Pierre Mathieu», matricule 40.064.
Sa mère, Alice Céline (née Dufeu), est chargée de mission 3eclasse; elle est citée à l'ordre de la division. Aveugle, elle est accueillie à l'Institut National des Invalides, où elle mourra.
En 1941, il a ses premiers contacts avec la résistance à Clermont-Ferrand: il est recruté par un camarade de lycée, Marc Tertière. Marc Tertière, Pierre Morel, Jean-Michel Flandin, professeur de lettres, et Saintenac, professeur de philosophie, entreprennent des actions de résistance; elles consistent à peindre des « V » et des croix de Lorraine sur des murs, publier et diffuser des tracts dans les boîtes aux lettres.
En novembre, repéré par les services de renseignements du Régime de Vichy, Pierre Morel retourne au lycée de Rennes. Il entre en contact avec un autre groupe de résistants, formé par des camarades. Il est recruté par Bernard Dubois, un camarade de lycée, et intègre le groupe résistant dirigé par Robert Tiercery, surnommé « Fred ». Leur mission principale consiste à collecter des renseignements militaires pour les transmettre ensuite à Paul Moysan, à Brest. Ils forment les nouvelles cellules résistantes et recherchent des terrains de parachutage. Ce groupe est lié à Madame Prod'homme, dite « Herminie », à Rennes, qui les aide financièrement. Pierre Morel prend contact avec Joël Le Tac, chef du réseau Overcloud, et participe activement au réseau.
1942
En février, Joël Le Tac et d'autres membres du réseau sont arrêtés. Le réseau est en grande partie démantelé. En juin, Pierre Morel obtient le bac de philosophie. Il démarre des études de médecine et s'inscrit en PCB[1]. Il abandonne ses études afin d'élaborer une couverture pour ses activités de résistant.
1943
Début 1943, Paul Moysan établit une liaison avec le réseau de renseignements Marathon-Chinchilla d'Yves Mindren.
En juin, Yves Mindren est arrêté. François Vallée « Oscar » arrive, envoyé par le SOE pour former le réseau action Parson en Bretagne. Le groupe entre en contact avec François Vallée par l’intermédiaire de Léopold Lauraine et de René Ballard. Pierre Morel prend la tête du groupe Tiercery; les missions du groupe sont le renseignement, l'organisation de groupes paramilitaires, et la recherche et préparation de terrains de parachutage en Ille-et-Vilaine.
Le 25 juillet, arrivent deux membres du réseau, parachutés près de Martigné-Ferchaud.
En novembre, après le départ en Angleterre de René Bichelot, la zone d'action de Pierre Morel s'étend au nord de l'Ille-et-Vilaine et à la majorité des Côtes-du-Nord, à l’est de Saint-Brieuc. Pierre Morel s'installe à Saint-Servan et adopte l'identité de «Pierre Morvan». Il établit son quartier général à Saint-Jouan-des-Guérets. À la fin du mois, son père et son frère sont arrêtés et déportés, ainsi que Madame Prod’homme, Robert Tiercery et de nombreux membres du groupe.
En décembre, le réseau Oscar-Parson Buckmaster est démantelé. François Vallée s'échappe et se rend à Paris. Il donne l'ordre à ses lieutenants de partir pour l'Angleterre. Dans la nuit du 23 au 24, Pierre Morel tente de partir par mer depuis la baie de Fresnaie, à Saint-Cast, mais échoue.
1944
En janvier, une nouvelle tentative est prévue. Le 13, l'organisation est découverte. Pierre Morel évite son arrestation par la Gestapo. François Vallée lui ordonne de gagner Paris, de prendre contact avec le réseau d'évasion «Pernod», et s'échapper par l'Espagne.
Le 2 février, avec quatre aviateurs américains, il gagne Lannemezan, échappe à la Gestapo, arrive à Tarbes, puis Bagnères-de-Bigorre.
En mars, il tente de franchir les Pyrénées, sans succès: parti de Tarbes, il passe à Bagnères-de-Bigorre (hôtel des Américains), Sainte-Marie-de-Campan, Caderolles, Camparan[2], La Houle, puis revient sur ses pas en voyant des Allemands venir vers eux depuis la frontière. Pierre Morel, victime de gelures graves au pied, rentre à Tarbes. De retour à Paris, il est envoyé à Lannion pour organiser un réseau d’évasion par mer, entre les ponts de Biht et de Begleber. La Gestapo le repère. Il sauve les convoyeurs et les agents du réseau «Pernod», en particulier, deux sœurs résistantes de Gap, et les ramène à Paris.
En mai, avec trois amis, il organise un nouveau départ: Toulouse, Pamiers, Verniolle (où il prend contact avec un guide espagnol et entreprend la marche à pied), Saint-Paul-de-Jarrat, Mercus, Tarascon-sur-Ariège, Vicdessos, pique d'Endron. Le 23, il passe la frontière d'Andorre à 2879 mètres d'altitude, marchant pieds nus pendant 24 heures. Il descend vers Ordino. Le 25, il passe la frontière espagnole à La Farga. Le groupe est arrêté par les carabinieros. Il reste en liberté surveillée pendant une semaine, à Seo-de-Urgel.
Le 1er juillet, il est libéré, passe une semaine à Madrid et arrive à Gibraltar le 8. Il part à Londres par avion le 10, et y arrive le 11. Il fait son rapport, commence son entraînement (Ruislip, Ringway), et est transféré au BCRA.
Le 10 octobre, Pierre Morel est muté à la DGER[3].
Au milieu du mois de novembre, il participe à la campagne d’Alsace.
1945
En janvier, il est sur le front de l’Atlantique. Il est démobilisé le 7 août.
Après la guerre
Après sa démobilisation, il reprend ses études d'odontologie.
Le , il obtient le diplôme de chirurgien-dentiste à la faculté de médecine de Paris. Il est officier liquidateur du réseau Oscar-PARSON.
Libre Résistance, bulletin d’information et de liaison, anciens des Réseaux de la Section F du S.O.E. (Special Operations Executive), Amicale BUCK, no16, 1ertrimestre 2006.
Lt. Col. E.G. Boxshall, Chronology of SOE operations with the resistance in France during world war II, 1960, document dactylographié (exemplaire en provenance de la bibliothèque de Pearl Witherington-Cornioley, consultable à la bibliothèque de Valençay). Voir sheet 32, PARSON CIRCUIT.