Pierre Seel

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Décès
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ToulouseVoir et modifier les données sur Wikidata
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Pierre Seel
Biographie
Naissance
Décès
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Sépulture
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Activité
Enfant
Antoine Seel (d)Voir et modifier les données sur Wikidata
Autres informations
Membre de
Conflit
Lieu de détention
Œuvres principales
Plaque mémorielle sur une façade du théâtre de Mulhouse.
Sépulture de Pierre Seel, située au nouveau cimetière de Bram.

Pierre Seel, né le à Haguenau et mort le à Toulouse, est la seule personnalité homosexuelle française à avoir témoigné à visage découvert de sa déportation durant la Seconde Guerre mondiale pour motif d'homosexualité. Il est l'écrivain de Moi, Pierre Seel, déporté homosexuel, un récit autobiographique racontant l'histoire de cette déportation.

Jeunesse

Pierre Seel grandit dans une famille catholique qui tenait une pâtisserie à Mulhouse[1].

En 1940, à dix-sept ans à peine, Pierre Seel se fait voler sa montre au square Steinbach, parc de Mulhouse connu comme lieu de rencontres d'homosexuels. Il va porter plainte au commissariat en précisant le lieu du vol et se retrouve alors inscrit dans le fichier des homosexuels du commissariat[2].

À cause de ce fichier, il est convoqué le 3 mai 1941 dans les locaux de la Gestapo à Mulhouse. Il est arrêté, interrogé, torturé et violé pendant deux semaines comme le sont en même temps que lui plusieurs autres arrêtés pour homosexualité.

« Excédés par notre résistance, les SS commencèrent à arracher les ongles de certains d’entre nous. De rage, ils brisèrent les règles sur lesquelles nous étions agenouillés et s’en servirent pour nous violer. Nos intestins furent perforés. Le sang giclait de partout. » (Moi, Pierre Seel, déporté homosexuel, p. 39)

Puis il est déporté le 13 mai 1941 au camp de sûreté et de redressement de Schirmeck-Vorbruck, proche du camp de concentration de Natzweiler-Struthof nouvellement créé sur le ban de la commune de Natzwiller. Il y souffre notamment de la faim « qui rendit fous certains d’entre [eux] » (p. 57), de rhumatismes et contracte la dysenterie. Comme de nombreux détenus déportés pour homosexualité dans les camps nazis, Pierre Seel subit des expérimentations et témoigne de séances de torture où des infirmiers nazis jouaient aux fléchettes avec des seringues sur des détenus :

« Nous étions une demi-douzaine, torse nu et alignés contre le mur. Pour réaliser leurs injections, ils aimaient lancer en notre direction leurs seringues comme on lance des fléchettes à la foire. » (Moi, Pierre Seel, déporté homosexuel, p. 56)

Un jeune homme qu'il désigne comme "Jo" et avec qui il a entretenu une relation amoureuse à Mulhouse est également déporté à Schirmeck-Vorbruck. Pierre Seel l'apprend le jour où, réunis par les SS avec les autres détenus dans la cour du camp, Jo est amené nu avant que les SS le fasse dévorer vivant par leurs bergers allemands :

« Ils lui enfoncèrent violemment sur la tête un seau en fer blanc. Ils lâchèrent sur lui les féroces chiens de garde du camp, des bergers allemands qui le mordirent d'abord au bas-ventre et aux cuisses avant de le dévorer sous nos yeux. Ses hurlements de douleur étaient amplifiés et distordus par le seau sous lequel sa tête demeurait prise. Raide et chancelant, les yeux écarquillés par tant d'horreur, des larmes coulant sur mes joues, je priai ardemment pour qu'il perde très vite connaissance. (…) Depuis, il m'arrive encore souvent de me réveiller la nuit en hurlant. (...) Je n'oublierai jamais cet assassinat barbare de mon amour.

Moi, Pierre Seel, déporté homosexuel, p. 59-60 »

En il est libéré mais, à 18 ans, en , comme tous les Alsaciens et les Mosellans de son âge, il est incorporé de force dans l’armée allemande et doit aller se battre sur le front russe[3]. À la Libération, si comme la plupart des déportés, il ne s’étend pas publiquement sur l’enfer qui fut aussi le lot de tant d’autres, il le peut d’autant moins que la révélation de la cause spécifique de cette déportation, son homosexualité, était à l’époque impensable, et l’aurait condamné à un rejet total, y compris de la part des déportés politiques et résistants. L'armée allemande en avait fait, de plus, un de ces « malgré-nous » alors souvent mal vus. À l’enfer dont il réchappait à vingt-deux ans, s’ajoutera celui de devoir se taire pour pouvoir se réadapter en se coulant dans son milieu familial de bourgeoisie établie et pour préserver les siens pendant trente ans  ce sera un souci constant douloureusement assumé  contre une opinion alors totalement intolérante envers tout soupçon d’homosexualité.

Ce n’est qu’après 1978, après s'être marié et ses 3 enfants devenus grands, qu'il s'estimera en mesure de témoigner publiquement. Au préalable, son épouse avait lancé une procédure de divorce, ceci sans rapport avec le passé de son mari, qu'elle ignorait : le divorce était simplement la conclusion, constat partagé par tous deux, d'une vie de couple rendue difficile par le mal-être d'un homme tourmenté par son passé. La séparation se passa relativement bien, les deux ex-époux restant malgré tout en contact. Mais cet échec fut une souffrance de plus pour Pierre Seel,

Militantisme

En 1982, resté catholique de foi, il est révolté par des propos homophobes de l’évêque de Strasbourg, Mgr Léon-Arthur Elchinger. Il sort du silence, quarante ans après sa déportation et témoigne de ce qu'il a vécu dans une lettre ouverte. Les 2 et , Pierre Seel livre son bouleversant témoignage dans l'émission de Daniel Mermet, Là-bas si j'y suis[4], diffusée sur France Inter. À la suite de cette émission en 1994, il écrit un livre avec Jean Le Bitoux Moi, Pierre Seel, déporté homosexuel. Grâce à lui et au soutien de quelques militants, la reconnaissance de la déportation homosexuelle se fait enfin, lentement et surtout très tardivement. Lionel Jospin, alors Premier ministre, l'évoque en 2001. Puis en avril 2005, le président de la République, Jacques Chirac, en parle à l'occasion de la Journée nationale du souvenir de la déportation du  :

« En Allemagne, mais aussi sur notre territoire, celles et ceux que leur vie personnelle distinguait — je pense aux homosexuels — étaient poursuivis, arrêtés et déportés. »

À la suite de ses révélations, une partie de sa famille rompt avec lui[5].

Dès 1995, Pierre Seel est invité à apporter son témoignage au public, dans plusieurs villes (Lille, Besançon, Marseille…) et sur la fréquence Radio Campus. Pierre Seel est interviewé en 1998 par l'USC Shoah Foundation Institute créé par Steven Spielberg[6].

Son témoignage apparaît également dans le documentaire sur la déportation homosexuelle, Paragraphe 175 (2000) réalisé par Rob Epstein et Jeffrey Friedman.

Le film documentaire Amants des hommes[7] d'Isabelle Darmengeat sur la déportation homosexuelle en France reprend et utilise des extraits lus de l'autobiographie, Moi, Pierre Seel, déporté homosexuel[8].

Décès

Pierre Seel meurt le . Ses obsèques religieuses ont lieu dans l'intimité trois jours plus tard à Toulouse où il vécut sa vie professionnelle et sa retraite pendant les trente-sept dernières années de sa vie. Il est aujourd'hui inhumé dans le nouveau cimetière de Bram, dans l'Aude[9],[10].

Bibliographie

Hommages posthumes

Notes et références

Voir aussi

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