Pierre el-Raï
prêtre maronite libanais
From Wikipedia, the free encyclopedia
Pierre el-Raï — également désigné dans certaines sources sous les formes Pierre Raï, Pierre al-Raï ou Pierre El Raii — est un prêtre maronite libanais, originaire de Debel, curé de la paroisse Saint-Georges de Qlayaa de 2013 à sa mort, le .
Voix des chrétiens du Liban du Sud restés sur place malgré la guerre entre Israël et le Hezbollah, il se fait connaître par ses prises de position en faveur du maintien des habitants sur leurs terres. Il meurt à l'âge de 50 ans après avoir été blessé lors d'un bombardement israélien survenu alors qu'il se portait au secours d'habitants de sa paroisse[1]
Biographie
Origines et ministère
Originaire de Debel dans le sud du Liban, Pierre Miled el-Raï relève de l'archéparchie de Tyr. Il est curé de la paroisse Saint-Georges de Qlayaa à partir de 2013, où il est localement appelé Abouna Boutros (« père Pierre »). Son ministère s'exerce dans cette localité chrétienne du district de Marjayoun, proche de la frontière israélienne[1].
Prises de position pendant la guerre
Dès , Pierre el-Raï apparaît dans la presse à l'occasion des célébrations de Noël à Qlayaa, appelant les fidèles à continuer de vivre la fête malgré les bombardements et le choix des habitants de rester dans le village[2]. En , il défend publiquement le maintien des habitants sur leurs terres, qu'il associe à la paix, à la dignité et à l'attachement au village. Il affirme également que la localité a tout fait pour éviter toute installation ou action militaire[3],[4].
Au cours de l'automne 2024, alors que les opérations militaires se rapprochent de plusieurs localités du secteur, il joue aussi un rôle d'alerte auprès des habitants. Un reportage le montre adressant un message urgent à la population de Qlayaa et de Deir Mimas pour lui recommander de rester chez elle face au danger immédiat[5].
Au début de , Pierre Raï reçoit à Qlayaa une délégation du parti Kataëb venue rencontrer les responsables et habitants de plusieurs localités du Liban du Sud. Cette visite confirme sa place d'interlocuteur local dans le contexte de la crise qui touche les villages frontaliers[6].
Le , il est reçu au palais présidentiel de Baabda par le président libanais Joseph Aoun. L'entretien porte sur la situation de la région ainsi que sur les conditions de vie des habitants de Qlayaa[7].
Le 6 mars 2026, quelques jours avant son assassinat, Pierre el-Rai, participe, à un rassemblement organisé devant une église de Marjayoun, au sud du Liban, où plusieurs les habitants affirment leur volonté de rester sur leurs terres malgré les combats. À cette occasion, il déclare : « Lorsque nous défendons nos terres, nous le faisons en tant que pacifistes qui ne portent que des armes de paix »[8].
Mort
Le , Pierre el-Raï est mortellement blessé à Qlayaa. Vers 13 h 20, un premier tir de char Merkava israélien touche la maison de Clovis Boutros, à l'est du village, blessant ce dernier ainsi que son épouse Thérèse. Alertés, plusieurs habitants accourent pour leur porter secours, parmi lesquels le père Pierre. Environ vingt minutes après la première attaque, un second tir atteint une maison voisine et projette des débris sur l'attroupement, blessant plusieurs personnes. Le prêtre est alors grièvement touché à l'artère fémorale[9]. Selon Elias Boulos, un habitant qui se trouvait à ses côtés après l'explosion, Pierre el-Raï était encore conscient dans les instants qui suivent : « Je lui ai dit de rester conscient, de me parler… il m'a fait signe avec son pouce que tout allait bien »[9]. Transporté en urgence à l'hôpital de Marjayoun par la Croix-Rouge[9], il succombe peu après à ses blessures[10]. Selon le père Toufic Bou Merhi, franciscain de la Custodie de Terre sainte chargé de la pastorale des catholiques de rite latin dans le sud du Liban, il serait mort « presque sur le seuil de l'hôpital »[11].
Réactions et hommages
Sa mort suscite des réactions dans la classe politique libanaise. Des hommages lui sont rendus, tandis que des désaccords apparaissent sur les circonstances exactes de l'attaque et sur une éventuelle présence de combattants armés du Hezbollah dans la localité, point contesté par des responsables locaux[10] et plusieurs habitants de Qlayaa[9]. Une enquête publiée par Libération le estime en outre qu'une vidéo diffusée par l'armée israélienne et associée à tort à Qlayaa montrait en réalité un autre village du sud du Liban[9].
Le lendemain, le patriarche maronite Bechara Boutros Rahi lui rend hommage et évoque une « blessure profonde dans le cœur de l'Église ». La branche des Forces libanaises de Marjeyoun-Hasbaya affirme pour sa part qu'il a été tué dans une guerre « importée au Liban et à Qlayaa » et « menée par des hors-la-loi », en allusion au Hezbollah[12]. Le président libanais Joseph Aoun présente également ses condoléances au patriarche maronite et à l'archevêque maronite de Tyr, Charbel Abdallah (en), et décrit Pierre Raï comme un exemple de résilience et de détermination des habitants du Sud restés dans leurs villages malgré les hostilités[13].
Sa disparition provoque une vive émotion dans les milieux catholiques. Il est présenté comme un soutien important pour les chrétiens de la région, resté sur place malgré les avis d'évacuation. Le Vatican relaie en outre la douleur du pape Léon XIV pour les victimes des bombardements au Moyen-Orient, en évoquant aussi ceux qui portaient secours aux blessés, parmi lesquels le père Pierre el-Raï[11].
Funérailles
Les funérailles de Pierre el-Raï ont lieu le à Qlayaa, en présence notamment du chef de l'armée libanaise, le général Rodolphe Haykal (en), du nonce apostolique au Liban, Paolo Borgia, et d'un représentant du patriarcat maronite. À cette occasion, le pape Léon XIV lui rend un nouvel hommage et le qualifie de « véritable berger », soulignant qu'il était resté auprès de son peuple « avec l'amour et le sacrifice de Jésus, le Bon Pasteur »[14].
La cérémonie se déroule dans un climat de forte tension, certains habitants prenant à partie le général Haykal, hué sur place, pour exprimer leur colère contre l'armée libanaise et contre des responsables politiques accusés de ne pas avoir protégé la localité[9].