Placide (prêtre)

From Wikipedia, the free encyclopedia

Date de décès
Lieu de décèsTrasacco
Vénéré àÉglise SS. Annunziata de Montecarotto
Vénéré parÉglise catholique
Placide
Image illustrative de l’article Placide (prêtre)
Saint
Date de décès
Lieu de décès Trasacco
Vénéré à Église SS. Annunziata de Montecarotto
Vénéré par Église catholique
Fête 5 octobre

Placide (... – Trasacco, 31 août 237) est un prêtre romain, vénéré comme saint par l'Église catholique.

De la vie de Placide, à ne pas confondre avec son - et bien plus illustre - homonyme vénéré à Messine, nous ne savons pratiquement rien, si ce n'est qu'il était un prêtre chrétien ayant vécu au IIIe siècle ap. J.-C.. Il existe cependant des légendes médiévales tirées d'un récit hagiographique inséré dans le Martyrologe hiéronymien qui l'identifient comme l'un des deux disciples préférés de Saint Benoît de Nursie avec Saint Maur. Ce récit narre d'autres saints commémorés le 5 octobre qui, bien qu'appartenant à des lieux différents, auraient tous été tués à Messine au VIe siècle, lors d'une incursion de pirates, que Pierre le Diacre dans sa Vita Placidi a pris par erreur pour des Arabes[1].

Par conséquent, pour remonter aux causes de son martyre, nous devons nous référer au sacrifice du prêtre Céside, originaire de Trasacco, et inséré dans le Martyrologe romain de 1583. Le cardinal Cesare Baronio fut le curateur de l'entrée, suite à l'intérêt du père Camillo, dont l'épouse Porzia Febonia et mère de l'historien était de Trasacco[2].

Le Martyrologe romain indique au 31 août la mort du prêtre Céside[3], ainsi que d'autres chrétiens près de la cuvette du lac Fucin[4], en vertu du récit basé, probablement, sur une passio latine des Actes de Saint Christophe[5] et selon laquelle les trois prêtres, Céside, Placide et Eutychius (mais on ne sait pratiquement rien de ce dernier), furent victimes des persécutions voulues par l'empereur Maximin le Thrace. Les trois religieux furent tués lors d'une messe à Trasacco, où l'évêque d'Assise Rufin, et père de Céside, y avait fondé une église confiée à son propre fils, détruite ensuite en 936 par une incursion des Hongrois[6] et reconstruite sous le nom de Basilique des Saints Céside et Rufin. Un nombre indéterminé de chrétiens périt avec eux. Après le martyre, les reliques de Placide furent transférées clandestinement à Rome, où elles restèrent jusqu'en 1686.

On suppose que Placide était originaire de la région des Marses et qu'il rencontra Céside après que celui-ci, au terme d'une captivité subie à Amasya, en Turquie, avec son père, se réfugia en Occident, à Trasacco. Ce n'est que plus tard que Rufin s'établit à Assise. Selon cette reconstruction, Céside fut ensuite condamné à mort pour avoir dérobé le corps de son père, martyrisé à Assise après une nouvelle captivité. Par conséquent, le meurtre de Placide, d'Eutychius et des fidèles présents à la messe dépendit principalement de la condamnation à mort qui avait frappé Céside[7].

La translation des reliques du saint

En 1686, les reliques du martyr furent prélevées des catacombes de Calepode – un prêtre romain tué cinq ans avant Placide et condamné à mort par l'empereur Alexandre Sévère – avec l'autorisation du pape Innocent XI, et transférées à Montecarotto. Ce transfert s'inscrivit dans le processus de récupération du culte des saints, typique de la politique de la Contre-Réforme, qui conduisit au pillage quasi total des catacombes romaines. On peut en déduire que la famille des Cybo-Malaspina avait un intérêt particulier pour la paroisse de Montecarotto, surtout depuis que l'évêque de Jesi Lorenzo Cybo y avait trouvé la mort en 1680[8]. Il revint à son frère, le très puissant cardinal Alderano Cybo-Malaspina (1613-1700), alors Secrétaire d'État d'Innocent XI et précédemment évêque de Jesi de 1656 à 1671, après avoir été prélat domestique d'Urbain VIII, de prendre en charge la demande d'accorder à Montecarotto les reliques d'un martyr romain. Toujours en 1686, le successeur de Lorenzo Cybo, Pier Matteo Petrucci, fut élevé à la dignité cardinalice ; cela aussi pourrait avoir facilité l'obtention de l'autorisation de ce prélèvement auprès du pontife[9]. Le choix se porta sur Placide, dont les reliques arrivèrent à destination le 5 octobre, jour de la vénération du moine de Messine, générant dès lors une confusion aisée.

Le 6 juillet 1693, lors de la Visite Pastorale à la paroisse, Monseigneur Orazio Perozzi, Commissaire apostolique du Saint-Office envoyé de Rome pour éradiquer toute trace de Quiétisme (après avoir suspendu le cardinal Petrucci de l'activité épiscopale, suite à la contrainte à l'abjuration), effectua une reconnaissance canonique des restes de Saint Placide. Perozzi examina attentivement tant la cassette contenant les os, vérifiant l'authenticité et l'intégrité des scellés apposés lors de l'extraction et de l'authentification des reliques à Rome par le Préfet de la Sacristie Apostolique, que les reliques elles-mêmes. À l'issue de la reconnaissance, Perozzi accorda l'autorisation d'exposer ces reliques à la vénération des fidèles[10].

Chapelle de la Vierge Immaculée, église "SS. Annunziata", Montecarotto

Une hagiographie légendaire

Faute de connaissances hagiographiques précises, au XIXe siècle (plus précisément après 1843), une véritable légende se développa autour de la vie du saint à Montecarotto, le voulant même neveu et disciple préféré de Saint Benoît de Nursie, et envoyé par lui en Sicile pour fonder de nouveaux monastères, avant de tomber victime des incursions sarrasines (ou plutôt, de pirates vandales de confession arienne guidés par le redoutable Mamucha), qui entendaient éradiquer le culte chrétien[11]. Pour preuve de l'absence de lien historique entre l'homonyme tué à Messine et notre jeune Romain, il y a le fait que les reliques du premier furent retrouvées à Messine le 4 août 1588, cinq ans après la première édition du Martyrologe romain, et conservées depuis en Sicile.

Non moins hasardeux est le rapprochement avec un autre Placide présumé, également moine mais dont on n'a aucune référence hagiographique, également tué à Messine au VIe siècle, ou même avant, sous Dioclétien, d'où le soupçon que la reconstruction des événements historiques soit grossière et que les enquêtes hagiographiques persistent dans une difficulté récurrente à distinguer deux figures religieuses dont la seule relation est, probablement, le nom.

Baronio lui-même dans le Martyrologe romain nous raconte un groupe de martyrs commémorés le 11 octobre composé des saints Placide (diacre) et Anastase (prêtre), dont le nom fut changé des précédents Tanasio et, encore avant, Taraco, auxquels il faut ajouter Génésius et compagnons, jamais mentionnés dans les copies du « Hiéronymien », mais qui forment dans l'ensemble un groupe artificiel de martyrs toujours tués en Sicile, «  » - écrit Caraffa - « à des copistes incompétents »[12].

Il est indéniable que toutes ces reconstructions, de faible fiabilité, ignorent la provenance catacombale des reliques du martyr, qui en atteste l'époque pré-constantinienne et confirme l'importance de la récupération du corps dans un contexte de féroces persécutions anti-chrétiennes. Et les disciples de Pierre et Paul étaient bien conscients que défier les autorités romaines, et en particulier dérober les reliques des martyrs (un crime passible de mort), aurait offert des avantages considérables en termes de prosélytisme.

Martyre de Placide et Eutychius

Plus digne d'intérêt est cependant le martyre de Placide et Eutychius, que le « Hiéronymien » place génériquement en Sicile, le commémorant le 5 octobre, bien que cette date (qui pour Montecarotto reste l'anniversaire de l'arrivée des reliques de Rome) soit entourée de plus d'imprécisions que de certitudes. Les deux furent tués avec un nombre variable de compagnons : trente dans les manuscrits connus sous le nom de Bernense et Wissenburgense, huit dans l'Epternacense.

Toutefois, les identités et l'époque où ces martyrs périrent sont impossibles à établir avec certitude, car il manque des nouvelles anciennes et fiables. Tout cela rend particulièrement difficile d'établir une relation entre le martyr et les reliques conservées à Montecarotto, bien que l'on suppose que la mort remonte à la période des persécutions anti-chrétiennes. Les légendes médiévales habituelles ne manquent pas, même dans ce cas, qui identifient Placide avec le célèbre disciple de Saint Benoît, culminant en un martyre tragique, mais historiquement imprécis, aux mains de pirates arabes. Par conséquent, tant les origines siciliennes que le 5 octobre vacillent[13].

Culte

En 1843, Pape Grégoire XVI officialisa Saint Placide comme patron de Montecarotto. Si d'un côté la décision suscita un mouvement de fierté pour sa signification religieuse, de l'autre elle donna lieu à un débat animé sur les prétendues identités bénédictines — jamais documentées avant 1843 — déjà accréditées par le choix de Grégoire XVI de fixer la date de la vénération du martyr au jour dédié au moine de Messine. De là découla également l'attribution de dons miraculeux, systématiquement démentis par la Curie romaine. Depuis lors, de nombreuses images le représentent en habit bénédictin, en net contraste avec l'habit romain traditionnel qui recouvre ses reliques. Même la prière qui lui est dédiée dénonce un « tourment » imputable aux tortures subies par l'homonyme de Messine, preuve d'une non-scission des deux récits martyrologiques et d'une faible réflexion sur les reliques catacombales du jeune martyr romain.

Prière au Saint

Ô glorieux Martyr Placide,
ton corps nous parle de tourment, de patience, de victoire et de gloire.
Les bourreaux ont déchiré tes membres juvéniles et tu leur souriais.
Ton œil contemplait le Ciel tandis que ton sang coulait sur terre.
L'amour que tu portais au Christ a dépassé l'ardeur du supplice et alors que l'on t'injuriait et maudissait, tu sentais qu'aucune souffrance ne peut surpasser l'immense joie du Paradis.
Tu es resté fidèle à Jésus Seigneur dans ton cœur virginal et tu as obtenu la palme du martyre.
Avocat et Patron, nous te saluons.
Sois le gardien de nos enfants et de nos jeunes ; le doux consolateur de nos malades et de nos anciens ; dirige le riche et l'ouvrier sur la voie royale de la charité.
Protège nos familles,
Prie, ô pieux, pour Montecarotto, pour l'Italie, pour l'Église.
Obtiens-nous, ô jeune saint, d'être un jour avec Toi là-haut où le Père le Fils et l'Esprit Saint règnent et où la joie et la victoire sont communes et éternelles.
Ainsi soit-il[14].

Prière à Saint Placide (nouvelle version)

Ô Saint Placide,
patron de notre communauté de Montecarotto,
avec confiance nous nous tournons vers toi.
Soutiens notre prière : avec nous, et pour nous
prie le Seigneur Jésus.
Nous admirons en toi la fidélité, vécue jusqu'au martyre.
Appelé à dire un Oui généreux au Seigneur, tu n'as pas hésité.
Et tu as su donner ta réponse généreuse en jeune âge.
Tu n'as pas eu peur de choisir le Seigneur,
tu as parié sur Lui
et tu as cru qu'une belle vie
est seulement celle vécue près du Seigneur.
Nous te confions notre communauté, avec tous ses besoins.
Prie pour que notre foi soit intense ;
Prie pour que les familles soient unies dans l'amour ;
Prie pour que les personnes âgées et les malades trouvent du réconfort ;
Prie pour que tous puissent vivre dignement.
Mais en particulier, à toi qui es jeune,
nous voulons confier nos jeunes.
Qu'ils soient, comme toi, fidèles à l'amour du Seigneur.
Prie pour qu'ils mènent une vie généreuse, fidèle, pure.
Ne permets pas qu'ils tombent dans une existence terne, fatiguée, sans idéaux, sans joie.
Ne laisse pas nos jeunes vivre dans la peur :
la peur d'aimer, la peur de rêver, la peur de chercher.
Ne permets pas que la peur bloque leur cœur
lorsqu'ils sont appelés à marcher généreusement derrière le Seigneur Jésus.
Et aide-nous tous à répéter, comme Marie lors de l'Annonciation :
Nous voici, Seigneur, notre vie t'appartient ;
fais de nous ce que tu veux, selon ton dessein d'amour,
pour ta gloire,
pour le salut de tous les hommes.
Amen

La nouvelle urne

Le 5 octobre 1948, les ossements du saint furent recomposés et vêtus, leur donnant l'apparence d'un jeune homme en habit civil romain[15]. La statue en cire montre le long du bras droit la palme du martyre, métaphore de victoire, d'ascension, de renaissance et d'immortalité[16]. Bien que ce soit un geste symbolique, le choix de l'habillement civil (à l'époque pré-constantinienne les prêtres ne portaient pas de vêtements spécifiques) semble soutenir la théorie de la séparation entre le martyr romain et le moine de Messine.

Ses reliques sont actuellement conservées dans l'Église de la Très Sainte Annonciation (Montecarotto), à l'intérieur d'une urne vitrée exposée dans une chapelle latérale de la nef dédiée à la Vierge Immaculée.

Une statue à l'intitulé douteux

L'église paroissiale conserve une statue en bois doré de 1695, avec à sa base l'inscription « S: Placidus Martyr. »[17]. Ce dernier tient dans sa main droite une maquette symbolique du village, en signe de protection, bien que, d'après les caractéristiques extérieures, le saint semble représenter Saint Florian, anciennement patron de la Respublica Æsina et aujourd'hui co-patron de Jesi. Il porte, en effet, un habit de soldat romain et tient dans sa main gauche un étendard rouge, deux aspects correspondant à l'iconographie de Saint Florian de Lorch.

Notes

Articles connexes

Liens externes

Related Articles

Wikiwand AI