Plan Morrison-Grady

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Plan d'autonomie provinciale proposé par le comité Morrison-Grady

Le plan Morrison-Grady, dénommé également plan Morrison ou projet d'autonomie provinciale, est une proposition conjointe du gouvernement britannique et de l'administration états-unienne, rendue publique le . Son objet principal était l'instauration, sur le territoire de la Palestine mandataire, d'un régime de tutelle fédérative centralisée[1].

Le plan instituait de facto plusieurs entités politiques semi-autonomes, toutes demeurant sous la suzeraineté britannique. Le gouvernement de Sa Majesté voyait dans ce dispositif un moyen de pérenniser sa présence en Palestine, considérée comme un symbole de sa prééminence au Proche-Orient. Pour sa part, la Ligue arabe réclamait avec véhémence le rejet des prétentions sionistes et l'abrogation pure et simple du mandat britannique sur ce territoire. Les sionistes, bénéficiant de l'appui de l'administration américaine, s'élevaient contre le plan Morrison-Grady, dont le caractère nébuleux était perçu comme une latitude laissée aux Britanniques pour interpréter l'accord à leur convenance[2].

À la suite de la publication, le , des conclusions du Comité d'enquête anglo-américain, une commission ad hoc fut instituée afin d'élaborer les modalités concrètes d'application des propositions émises. Cette instance, coprésidée par le vice-Premier ministre britannique Herbert Morrison et le diplomate américain Henry F. Grady, fut chargée de ce mandat. Le plan résultant de ces travaux fut présenté à la Chambre des communes par Morrison le [3].

Immigration

Lors de l'aréopage ministériel du , notification fut faite qu'un contingent de plus de 2 000 d'immigrants interlopes cinglait vers la Palestine, et que 8 000 à 9 000 juifs étaient susceptibles d'être écroués sur l'île de Chypre. Le 7 août, le Conseil statua sur la relégation de ces arrivants illicites vers ledit territoire insulaire. Selon les ministres, cet expédient s'avérait l'unique voie pour obvier à une sédition arabe. Cette résolution demeurait toutefois subordonnée à l'assentiment du président Truman quant à l'exécution du projet Morrison-Grady. Le 12 août, ce dernier signifia qu'il ne pouvait agréer cette planification. Dès le lendemain, plus de 1 200 réfugiés français et grecs furent appréhendés puis déportés à Chypre[3].

Truman

Truman, dans le Bureau ovale, reçoit une menorah de Hanoucca des mains du Premier ministre israélien, David Ben Gourion (au centre). À sa droite se trouve Abba Eban, ambassadeur d'Israël aux États-Unis.

Aux États-Unis, l'inclination primitive du président Truman envers ledit projet mua sous l'effet des brigues exercées par les cercles sionistes avant les comices de novembre 1946[1]. Lors de son adresse du Yom Kippour, le , le magistrat suprême préconisa un moyen terme afin de concilier les desseins sionistes et les impératifs britanniques. Toutefois, les promoteurs du sionisme s'avérèrent marris de cette velléité de résorber la césure séparant leurs schémas respectifs d'autonomie, cette suggestion étant appréhendée comme une démarche gauche visant à capter la bienveillance du collège électoral[4]. L'insistance des affidés américains entraîna la répudiation du dessein par l'exécutif, nonobstant le fait qu'il émanât d'un de ses propres mandataires. En cette occurrence, la fédération ne professait aucune doctrine arrêtée quant au devenir de la Palestine[5]. Ce projet constitua néanmoins l'amorce des délibérations de la conférence de Londres de 1946-1947, mandée par le cabinet britannique le .

Contenu

Propositions pour l'avenir de la Palestine – juillet 1946 – février 1947, Cmd 7044

Le plan Morrison-Grady stipulait l'établissement de provinces juive et arabe dotées d'une autonomie partielle, tout en demeurant sous la suzeraineté britannique. Jérusalem et la région désertique du Néguev eussent été soustraits à cette autonomie et placés sous administration directe de la Couronne. L'architecture territoriale envisagée comprenait ainsi quatre secteurs distincts – juif, arabe, Jérusalem et le Néguev – tous subordonnés à l'autorité impériale britannique. Bien que les affaires courantes relevassent en premier chef des instances locales, le gouvernement central se réservait un droit de regard ultime et le pouvoir décisionnel final. Cette répartition des prérogatives engendra une équivoque substantielle quant à l'étendue réelle des pouvoirs dévolus aux districts, équivoque qui contribua à détourner les sionistes ainsi que le gouvernement américain de toute négociation sur ces bases. Par ailleurs, la province allouée à la population juive était d'une exiguïté notable pour une densité démographique élevée. Le projet prévoyait néanmoins l'accueil de cent mille personnes déplacées de confession juive[1]. Par ce biais, les autorités britanniques entendaient pérenniser leur influence au Proche-Orient dans l'après-guerre[4].

Réactions

Le diplomate américain Henry F. Grady soutenait que le projet Morrison-Grady, envisagé sous le mandat britannique en Palestine, octroierait aux populations juives l’accès aux « meilleures terres » du territoire, moyennant l’admission d’environ 100 000 immigrants européens. Selon le New York Times, ce plan cantonnait cependant la future zone juive à une superficie de 3 885 km2 (soit 1 500 miles carrés), une assiette territoriale notablement plus réduite que les 6 734 km2) préconisés auparavant par la commission Peel en 1936. Cette restriction alimenta des spéculations quant à une éventuelle volonté britannique d’instituer une forme de ghetto juif dans la région. Le président Harry S. Truman, pour sa part, rejeta ces allégations, affirmant que la proposition attribuait « aux Juifs la meilleure partie de la Palestine en tant que province ».

Lors de la conférence de Londres (1946-1947), les délégations des États arabes examinèrent le plan britannique. Elles le répudièrent, arguant qu’il consacrerait un morcellement du territoire, et lui opposèrent une contre-proposition : l’établissement d’un État unitaire et souverain. Pour leur part, les représentants de la communauté juive s’abstinrent de participer aux assises. Cette absence faisait suite au rejet préalable du projet d’autonomie provisoire lors d’une conclave sioniste distincte[1]. Ils subordonnèrent leur éventuelle participation à la libération de leurs dirigeants incarcérés, condition nécessaire pour qu’ils puissent être mandatés à la table des négociations. La puissance mandataire britannique écarta cette exigence[1].

Lors d’une séance subséquente de la Conférence, tenue au mois de février suivant, le gouvernement britannique soumit une proposition, désignée sous le vocable de « plan Bevin ». Celui-ci instituait une tutelle de l’autorité britannique sur le territoire pour une durée quinquennale, devant mener à un statut définitif accepté par l’ensemble des parties concernées. Devant le refus opposé à ce projet tant par les représentants arabes que juifs, la puissance mandataire résolut de porter la question devant l’Organisation des Nations unies. Cette instance créa en conséquence une commission dédiée, intitulée Comité spécial des Nations unies pour la Palestine[1].

La destruction de l'hôtel King David le .

Des indiscrétions recueillies par la presse étatsunienne ont conduit à la divulgation d’une synthèse des dispositions envisagées. Le président Truman se vit exhorté par son conseiller, James F. Byrnes, à prononcer une allocution publique appuyant le plan Morrison-Grady, ceci après l’entrevue de ce dernier avec Clement Attlee et Ernest Bevin à Paris. Aucune déclaration de cette nature ne fut toutefois proférée par le chef de l’État. Par la suite, l’attentat perpétré contre l’hôtel King David incita les autorités britanniques à tenter de mettre en œuvre le susmentionné plan[1].

En réplique à cette planification, l’Agence juive initia un processus de colonisation agricole et sédentaire dans la région désertique du Néguev. Cette opération fut structurée selon un dispositif méthodique, dénommé « les onze points du Néguev », visant à établir simultanément onze implantations à vocation principalement agricole, afin d’assurer une présence effective sur ce territoire[1].

Références

Bibliographie

Liens externes

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