Le pont de Trinquetaille est un pont routier franchissant le Grand-Rhône à Arles dans le département français des Bouches-du-Rhône. Il relie le centre-ville au quartier de Trinquetaille d'où il tire son nom. Avant la construction du pont plus en aval portant la route nationale 113, voie rapide permettant la liaison entre Marseille et Nîmes, il fut le seul pont routier sur le Rhône dans la ville. Construit en 1875, détruit par un bombardement allié en août 1944, il fut reconstruit en 1950. Il est célèbre par deux peintures homonymes qu'en a faites Vincent van Gogh.
Le pont est situé à Arles sur le Grand-Rhône, reliant le centre-ville en rive gauche, au droit de la rue Anatole France, rue qui sépare les quartiers de la Roquette et de Méjan, au quartier de Trinquetaille en rive droite. Il est situé à environ 750 mètres en aval de l'ancien pont aux Lions et un peu plus de 500 mètres en amont du pont portant la route nationale 113.
Histoire
Un pont romain a existé un peu en aval[2]. Au fil de l'Histoire, ce lieu où le fleuve est le moins large fut un important point de passage, reliant l'«île Camargue» au continent et le Languedoc à la Provence[2]. Il a existé par période des ponts bateaux au Moyen Age mais régulièrement emporté par des crues ou la débâcle des glaces[2].
Au 19e siècle, plusieurs projets de pont voient le jour. Un premier en 1834, en fonte et fer à trois travées de 47 m de portée, la travée centrale s'ouvrant pour le passage des navires[3]. En 1841, l'ingénieur et entrepreneur Marc Seguin propose à la ville un pont suspendu mais on craint que sa pile médiane gêne le transport fluvial[3]. En juillet 1843, la mairie d'Arles lance un concours pour la construction d'un pont suspendu qui ne doit pas gêner la navigation[3]. La ville reçoit six projets et c'est celui d'Émile Bernard qui est retenu avec un pont en treillis métallique, composé d'un tablier métallique tubulaire fixe soutenu par deux piles oblongues et deux culées maçonnées en pierre de taille[3]. Il a une longueur de 164 m et une largeur de 7 m servant pour le passage d'une voie routière de 5 m (deux charrettes peuvent se croiser) bordée par deux trottoirs d'un mètre[3]. Le dessous du tablier est à 9,40 m au-dessus de l´étiage du fleuve, 5 m au-dessus des plus hautes eaux navigables et 2,84 m au-dessus de la hauteur de crue la plus importante sans rupture des digues[3].
Sa construction débute en août 1867[2] mais elle ne sera achevée qu'en 1875 (7 ans après le pont aux Lions, un pont ferroviaire en amont, dont la construction avait débuté la même année)[2]. Les fondations, réalisées par l'entreprise Castor, sont achevées au début 1868[3]. La guerre de 1870 stoppe le chantier et un nouvel appel d'offres est lancé en 1873, remporté par l'entreprise Mison[3]. La charpente métallique est confiée à Imbert Frères, une entreprise de Saint-Chamond[3]. L'inauguration du pont donne lieu à d'importantes festivités dans la ville pendant trois jours, du 24 au [3]. Le coût de l'ouvrage, pris en charge par la municipalité, endettera celle-ci pendant de nombreuses années (le tablier seul à couté 500 000 francs)[3].
Mais vingt plus tard, en 1895, la résistance du pont est jugée préoccupante[3]. En novembre, la circulation est limitée (il était déjà interdit de faire trotter les chevaux sur le pont de peur d'un déplacement longitudinal). En 1905, le Conseil général des Bouches-du-Rhône décide de faire consolider le pont[3]. Il en profite pour faire élargir la voie routière en supprimant les trottoirs et installant ces derniers sur des encorbellements extérieurs[3]. En 1906, 8 câbles de suspension sont installés, soutenus par des portiques en acier montés sur les deux culées et les deux piles[3]. Un éclairage électrique est également ajouté[3].
Le 15 août 1944, jour du débarquement de Provence, le pont de Trinquetaille, ainsi que deux autres ponts sur le Rhône, sont la cible d'un bombardement américain, les Alliés cherchant à détruire tous les ponts sur le fleuve au sud de Valence pour gêner les mouvements des troupes allemandes[4]. À 16h11, une trentaine de bombardiers moyens B-26 Marauder du 320th Bomb Group(en) en provenance de la base de Decimomannu en Sardaigne, détruisent le pont de Trinquetaille[4]. Le pont ferroviaire plus en amont, le pont aux Lions, avait lui été détruit dix jours auparavant[4].
Après la libération d'Arles, une semaine plus tard, des bacs servent à la traversée dont le vapeur Jeanne d'Arc. Un pont provisoire est bâti en 1945[1], avec une seule voie[2]. Un pont définitif est construit en 1950 et ouvert à la circulation au tout début de 1951[1]. Il reprend tous les éléments subsistants possibles de l'ancien pont —piles, rampes d'accès, culées et escaliers—, seul le tablier est neuf[1], constitué d'une ossature de poutres en acier supportant un hourdis en béton armé[1]. Le pont aux Lions n'ayant pas été reconstruit, il restera le seul pont routier franchissant le Grand-Rhône à Arles avant la construction d'un pont plus au sud, pour porter la route nationale 113, une 2x2 voies pour la liaison entre Marseille et Nîmes[2].
Carte postale du pont de Trinquetaille avant 1905 et l'installation des portiques et des câbles de suspension
Le pont de Trinquetaille en 1937
Le pont de Trinquetaille noyé dans la fumée juste après son bombardement en août 1944
Peintures
Le Pont de Trinquetaille
Le pont de Trinquetaille est connu pour les deux peintures que Vincent van Gogh en a faites en 1888 et portant le même nom. La première, peinte en juin, représente le pont dans sa totalité, vu de l'amont. La seconde, plus connue, peinte en octobre depuis le quai de la Roquette, montre un escalier accédant au pont avec une partie de ce dernier en arrière plan.