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Présidence de James Buchanan

période de l'histoire des États-Unis From Wikipedia, the free encyclopedia

La présidence de James Buchanan débuta le , date de l'investiture de James Buchanan en tant que 15e président des États-Unis, et prit fin le . Buchanan, un démocrate originaire de Pennsylvanie, entra en fonction après avoir battu l'ancien président Millard Fillmore, candidat du Parti américain, et John Charles Frémont, candidat du Parti républicain, à l'élection présidentielle de 1856. Quatre ans plus tard, le républicain Abraham Lincoln lui succéda à la Maison-Blanche.

Résidence officielle Maison-Blanche, Washington
Système électoral Grands-électeurs
Faits en bref Type, Résidence officielle ...
Présidence de James Buchanan

15e président des États-Unis

Description de cette image, également commentée ci-après
Le président James Buchanan. Portrait officiel par George Peter Alexander Healy, 1859.
Type
Type Président des États-Unis
Résidence officielle Maison-Blanche, Washington
Élection
Système électoral Grands-électeurs
Mode de scrutin Suffrage universel indirect
Élection 1856
Début du mandat
Fin du mandat
Durée 4 ans
Présidence
Nom James Buchanan
Date de naissance
Date de décès (à 77 ans)
Appartenance politique Parti démocrate
Fermer

En dépit de sa longue expérience au sein du gouvernement, Buchanan ne parvint pas à endiguer la crise profonde qui secouait le pays et qui culmina à la fin de sa présidence. Peu avant son arrivée au pouvoir, Buchanan avait fait pression sur la Cour suprême pour que cette dernière prenne la décision la plus large possible dans l'arrêt Scott v. Sandford. Buchanan espérait que le jugement rendu par la Cour apaiserait les tensions liées à l'esclavage dans les territoires, mais son soutien à l'arrêt lui aliéna une grande partie de la population du Nord. Il se joignit également aux représentants sudistes pour demander l'admission du Kansas à l'Union en tant qu'État esclavagiste, en vertu de la constitution de Lecompton. Alors que le fossé continuait de se creuser entre États esclavagistes et États libres, la nation fut frappée par la panique financière de 1857 qui entraîna de nombreuses faillites et une forte augmentation du chômage.

Les dissensions à propos de l'esclavage persistèrent jusqu'à la fin du mandat de Buchanan. Dans son discours inaugural, ce dernier avait promis de n'effectuer qu'un seul mandat à la tête du pays, et dans le contexte de l'agitation engendrée par la polémique sur l'esclavage, personne ne l'invita à revenir sur cet engagement. Le candidat républicain Abraham Lincoln, opposé à l'extension de l'esclavage dans les territoires occidentaux, remporta l'élection présidentielle de 1860 face au candidat démocrate Stephen A. Douglas et à l'ancien président de la Chambre John Bell qui concourait sous la bannière du Parti de l'Union constitutionnelle.

À la suite de la victoire de Lincoln, sept États du Sud se séparèrent de l'Union pour former les États confédérés d'Amérique. Buchanan refusa d'intervenir militairement contre les sécessionnistes mais garda le contrôle de Fort Sumter. La guerre de Sécession éclata peu de temps après son départ de la Maison-Blanche. Buchanan est aujourd'hui considéré par les historiens comme l'un des pires présidents américains pour sa responsabilité écrasante dans le déclenchement de la guerre civile.

Élection présidentielle de 1856

Après la victoire de Franklin Pierce à l'élection présidentielle de 1852, Buchanan accepta le poste d'ambassadeur des États-Unis au Royaume-Uni. Ses responsabilités à l'étranger firent qu'il était absent du pays au moment du débat sur l'acte Kansas-Nebraska, qui déchira la nation en deux[1]. Buchanan ne fit pas ouvertement part de son intention de briguer la nomination démocrate pour l'élection de 1856 mais il laissa ses soutiens faire campagne en son nom[2]. La convention nationale démocrate se réunit en et rédigea un programme qui reflétait dans une large mesure les idées de Buchanan, en particulier le maintien du Fugitive Slave Act, la volonté de mettre fin à l'agitation anti-esclavagiste et l'affirmation de la « prédominance américaine dans le golfe du Mexique ». Buchanan arriva en tête au premier tour de scrutin, galvanisé par le ralliement des puissants sénateurs John Slidell, Jesse Bright et Thomas F. Bayard, qui présentèrent Buchanan comme un dirigeant expérimenté capable de plaire aussi bien au Nord qu'au Sud. Le président Pierce et le sénateur Stephen A. Douglas cherchèrent également à obtenir la nomination de leur parti mais Buchanan fut désigné au 7e tour de scrutin. L'ancien représentant du Kentucky John C. Breckinridge fut choisi par la convention pour être son colistier[3].

En 1856, le Parti whig, qui avait été pendant longtemps le principal adversaire du Parti démocrate, s'était effondré et Buchanan dut affronter non pas un mais deux candidats au scrutin général : l'ancien président whig Millard Fillmore, qui se présentait sous la bannière du Parti américain, et le général John Charles Frémont, candidat du Parti républicain. Selon la coutume de l'époque, Buchanan laissa ses soutiens faire campagne pour lui mais il rédigea plusieurs lettres et promit de défendre le programme des démocrates. Le jour de l'élection, il remporta tous les États esclavagistes à l'exception du Maryland et cinq États libres dont la Pennsylvanie, son État de résidence. Avec 45 % du vote populaire et 174 votes au sein du collège électoral, il devançait ainsi largement Frémont (114 votes) et Fillmore (8 votes). Son élection fit de lui le premier et jusqu'à ce jour le seul président originaire de Pennsylvanie. Dans son discours de victoire, le président-élu critiqua le Parti républicain, le qualifiant de parti « dangereux » et « géographique » qui s'en était pris injustement au Sud[4]. Il déclara en outre : « l'objectif de mon administration sera de détruire les divisions sectionnelles, au Nord comme au Sud, et de rétablir l'harmonie au sein de l'Union sous l'égide d'un gouvernement national et conservateur »[5].

Cérémonie d'investiture

Investiture de James Buchanan devant le Capitole des États-Unis, le 4 mars 1857.

Buchanan fut investi en tant que président des États-Unis le devant le portique est du Capitole. Le serment présidentiel fut administré par le juge en chef Roger B. Taney. C'est la première cérémonie d'investiture à avoir été photographiée[6]. Dans son discours inaugural, Buchanan s'engagea à n'effectuer qu'un seul mandat et critiqua les divisions qui agitaient le pays au sujet de l'esclavage et de son statut dans les territoires :

« Il est du devoir impératif et indispensable du gouvernement des États-Unis d'assurer à chaque habitant de ce pays l'expression libre et indépendante de son opinion par le vote. Ce droit sacré de chaque individu doit être préservé. Une fois ceci accompli, rien ne peut être plus juste que de mettre le peuple d'un territoire à l'abri de toute ingérence étrangère afin qu'il soit en mesure de décider de son propre destin, sous réserve de la Constitution des États-Unis[7]. »

De plus, Buchanan affirma qu'un code de l'esclavage à l'échelle fédérale devait protéger les droits des propriétaires d'esclaves dans l'ensemble des territoires, faisant allusion à l'affaire Scott v. Sandford, toujours en instance devant la Cour suprême, et qui devait selon lui régler définitivement la question de l'esclavage. En réalité, Buchanan avait déjà eu connaissance du verdict et avait même joué un rôle actif dans la prise de décision finale[8].

Composition du gouvernement

À l'approche de la cérémonie d'investiture, Buchanan commença à former un cabinet qu'il voulait harmonieux afin de ne pas retomber dans les luttes intestines qui avaient affecté l'administration d'Andrew Jackson. Buchanan entendait être le chef indiscuté du cabinet et les individus choisis pour composer ce dernier étaient généralement favorables à ses idées politiques. Prévoyant de concentrer les travaux de son administration sur la politique étrangère, domaine dans lequel l'influence du président s'exerçait de façon très nette, il nomma Lewis Cass, un politicien âgé, au poste de secrétaire d'État[9]. Cass fut rapidement marginalisé au sein de l'administration et Buchanan supervisa directement les affaires étrangères avec l'aide du secrétaire d'État assistant John Appleton[10]. Parmi les membres initiaux du cabinet figuraient quatre sudistes et trois nordistes dont un, le secrétaire à la Marine Isaac Toucey, avait la réputation d'être un doughface, c'est-à-dire un sympathisant du Sud. Cass était presque sénile et le procureur général Jeremiah S. Black, bien que n'ayant pas d'inclination particulière à l'égard du Sud, méprisait les abolitionnistes et les partisans du sol libre[11].

L'entrée au gouvernement de sudistes ou de sympathisants du Sud aliéna au président de nombreux soutiens dans le Nord et l'absence de partisans de Stephen A. Douglas au sein du cabinet divisa le parti[9]. Même si le retrait de Douglass à la convention démocrate de 1856 avait permis à Buchanan de l'emporter, ce dernier n'avait aucune considération pour son rival et lui préférait Jesse Bright, qui ambitionnait de remplacer Douglass en tant que chef des démocrates du Midwest[12]. En dehors du cabinet, Buchanan conserva la plupart des fonctionnaires nommés par Pierce mais révoqua un nombre disproportionné de nordistes proches de Pierce ou de Douglass. Les relations entre Buchanan et son vice-président, John C. Breckinridge, s'envenimèrent rapidement et celui-ci ne joua pratiquement aucun rôle au sein de l'administration[13].

Le président Buchanan entouré de son cabinet, vers 1859. De gauche à droite : Jacob Thompson, Lewis Cass, John B. Floyd, James Buchanan, Howell Cobb, Isaac Toucey, Joseph Holt et Jeremiah S. Black.
Cabinet Buchanan
FonctionNomDates
PrésidentJames Buchanan1857-1861
Vice-présidentJohn C. Breckinridge1857-1861
Secrétaire d'ÉtatLewis Cass1857-1860
Jeremiah S. Black1860-1861
Secrétaire au TrésorHowell Cobb1857-1860
Philip Francis Thomas1860-1861
John Adams Dix1861
Secrétaire à la GuerreJohn B. Floyd1857-1860
Joseph Holt1860-1861
Procureur généralJeremiah S. Black1857-1860
Edwin M. Stanton1860-1861
Postmaster GeneralAaron V. Brown1857-1859
Joseph Holt1859-1860
Horatio King1861
Secrétaire à la MarineIsaac Toucey1857-1861
Secrétaire à l'IntérieurJacob Thompson1857-1861

Nominations judiciaires

Buchanan nomma un juge, Nathan Clifford, à la Cour suprême des États-Unis. Originaire du Maine, Clifford avait servi aux côtés de Buchanan dans le cabinet du président James K. Polk et ses analyses sur les grands problèmes du moment rejoignaient en grande partie celles de son ancien collègue. Il succéda à Benjamin Robbins Curtis qui avait démissionné en signe de protestation contre l'arrêt Scott v. Sandford. De nombreux sénateurs nordistes s'opposèrent à la nomination de Clifford mais celui-ci fut confirmé dans ses nouvelles fonctions par 26 voix contre 23. Une deuxième vacance se produisit avec la mort du juge Peter Vivian Daniel en 1860. Buchanan désigna en remplacement le procureur général Black. Le processus de confirmation se déroula juste après l'élection présidentielle de 1860 et la nomination de Black fut rejetée à une voix près. La vacance ne put ensuite être comblée et le siège était toujours vide lorsque Buchanan quitta ses fonctions[14]. En dehors de Clifford, Buchanan nomma sept juges fédéraux à des cours de districts.

Politique intérieure

Controverse sur l'esclavage et affaire Dred Scott

Les États libres (en bleu clair), les États esclavagistes (en rose saumon), les territoires libres (en bleu gris) et les territoires esclavagistes (en rose beige) aux États-Unis en 1858, après l'admission du Minnesota au sein de l'Union.

À la suite de la guerre américano-mexicaine, une controverse s'était fait jour aux États-Unis concernant le statut de l'esclavage dans les territoires de l'Ouest. Même si les abolitionnistes ne constituaient alors pas une force politique très importante, de nombreux nordistes considéraient l'esclavage comme une abomination morale et étaient hostiles à toute extension de cette pratique dans les territoires. À l'inverse, beaucoup de sudistes s'offusquèrent de cette remise en question morale de l'institution esclavagiste tant était grand, à leurs yeux, le risque de voir la moindre restriction de l'esclavage dans les territoires se généraliser au Sud tout entier. Si le compromis de 1850 avait provisoirement apaisé les tensions, le refus du Nord de se conformer ponctuellement aux dispositions du Fugitive Slave Act, pourtant l'une des mesures emblématiques de ce compromis, exacerba le mécontentement dans le Sud ; la publication en 1852 de La Case de l'oncle Tom, par Harriet Beecher Stowe, ne fit qu'accroître les divisions. En 1854, le compromis du Missouri, qui avait interdit l'esclavage dans les territoires situés au nord du parallèle 36° 30′, fut rendu caduque par la loi Kansas-Nebraska, en vertu de laquelle chaque nouvel État était libre d'autoriser ou non l'esclavage au nom de la souveraineté populaire. L'entrée en vigueur de cette loi, très impopulaire au Nord, précipita aussi bien l'effondrement du Parti whig que l'émergence du Parti républicain, lequel rassemblait presque exclusivement des nordistes opposés à l'extension de l'esclavage dans les territoires. Bien que rares étaient les républicains désireux d'abolir l'esclavage dans le Sud, l'existence même de cette formation politique ― par ailleurs favorable à l'augmentation des droits de douane et à la mise en œuvre d'une politique de travaux publics, ce qui n'était pas de nature à lui attacher les suffrages des électeurs sudistes ― fut vécue comme un outrage par les habitants du Sud[15].

L'esclave Dred Scott, à l'origine de l'affaire du même nom qui voit la Cour suprême se prononcer contre l'interdiction de l'esclavage dans les territoires fédéraux (huile sur toile de Louis Schultze, vers 1888, Missouri History Museum).

Au moment de prendre ses fonctions, Buchanan espérait non seulement calmer les tensions au sujet de l'esclavage mais aussi vaincre le Parti républicain qui ne faisait, selon lui, que dangereusement aggraver les clivages régionaux. La question la plus pressante concernant l'esclavage était alors celle de son statut dans les territoires et de savoir si les législatures territoriales pouvaient refuser la présence d'esclaves sur leur sol au nom de la souveraineté populaire. Profitant de ce que la Cour suprême était sur le point de trancher cette question, Buchanan, en sa qualité de président-élu, s'immisça dans les débats des juges de cette instance dans les mois qui précédèrent sa propre investiture à la Maison-Blanche[16].

Le , soit deux jours après l'arrivée au pouvoir de Buchanan, le juge en chef Taney fit lecture de l'arrêt Scott v. Sandford qui, dans le cadre d'une bataille judiciaire engagée par l'esclave Dred Scott pour tenter de recouvrer sa liberté, déniait au Congrès toute autorité pour interdire l'esclavage dans les territoires[17]. Peu avant son investiture, Buchanan avait écrit en janvier au juge de la Cour suprême John Catron pour s'enquérir du dénouement de l'affaire et recommander aux juges de rendre une décision d'une portée juridique que la prudence dictait, à ses yeux, d'être aussi générale que possible[18]. Catron, originaire du Tennessee, lui répondit le que la Cour, où les sudistes détenaient la majorité, se prononcerait bien contre Scott mais qu'elle ne pourrait vraisemblablement le faire, en l'absence de soutien des juges nordistes, que sur la base d'arguments juridiques restreints, à moins que Buchanan ne parvînt à convaincre son compatriote de Pennsylvanie, le juge Robert Cooper Grier, de se joindre à la majorité[19]. Favorable à un arrêt de principe qui garantirait le statut de l'esclavage dans les territoires, Buchanan entendait, par cette méthode, mettre un terme définitif à cette épineuse question pour permettre au pays de se concentrer sur d'autres sujets, tels qu'une possible annexion de Cuba et l'acquisition de nouveaux territoires mexicains[20]. En conséquence, Buchanan écrivit à Grier et le persuada d'ajouter son vote à celui de ses collègues sudistes. Ainsi renforcé, le bloc majoritaire de la Cour rejeta non seulement la demande de Scott mais déclara, plus globalement, que le compromis du Missouri était inconstitutionnel[21][réf. incomplète],[22]. À l'annonce du jugement, les républicains firent courir le bruit que Buchanan avait été informé en amont par Taney de la décision de la Cour[23] ; ceci, combiné au soutien public et sans faille de Buchanan au verdict des juges, lui valut, ainsi qu'à son parti, l'hostilité de nombreux nordistes dès le commencement de sa présidence[24].

Panique de 1857 et politique économique

Le milieu de l'année 1857 fut marqué par une panique bancaire engendrée par la faillite en cascade de 1 400 banques d'État et de quelque 5 000 entreprises. Si le Sud fut en grande partie épargné par la crise, la situation était très différente dans les villes du Nord où nombre d'hommes et de femmes qui venaient de perdre leur emploi se retrouvèrent dans les rues à mendier. Fidèle à ses principes jacksoniens en vertu desquels la réforme était préférable à l'aide sociale, Buchanan affirma que le gouvernement fédéral n'avait ni vocation ni légitimité à secourir les personnes dans le besoin et que la dette publique continuerait d'être remboursée en espèces ; dans le même temps, il ordonna la suspension de tous les nouveaux projets d'infrastructure publique, les financements pour les projets en cours étant pour leur part maintenus[25]. Le président exhorta également les États à limiter les crédits bancaires en fonction d'un ratio de $ pour $ en espèce et déconseilla l'utilisation d'obligations fédérales ou étatiques comme garantie pour l'émission de billets de banque[26]. Même si l'économie se redressa à partir de 1859, la panique eut pour effet d'accroître les tensions sectionnelles, bon nombre de nordistes imputant le déclenchement de la crise à l'entrée en vigueur du tarif de 1857, adopté dans les derniers jours de la présidence de Pierce avec l'appui des sudistes, quand ces derniers ainsi que Buchanan lui-même vilipendèrent la spéculation excessive des banquiers du Nord[27]. En partie du fait du ralentissement de l'activité économique, le déficit fédéral atteignit 17 millions de dollars lorsque Buchanan quitta ses fonctions, soit un montant supérieur à ce qu'il était au moment de son investiture[25].

Les débats relatifs à la politique douanière et au développement des infrastructures publiques se poursuivirent au Congrès tout au long des années 1857 et 1858. Alors que la mobilisation des congressistes du Sud et de l'Ouest déboucha sur le maintien pendant quatre ans des allègements douaniers instaurés par le tarif de 1857, la construction d'un chemin de fer transcontinental, en dépit d'un fort soutien au Congrès, fut bloquée par une coalition de parlementaires du Sud et de la Nouvelle-Angleterre[28]. Parmi les textes de loi auxquels Buchanan apposa son veto ― au motif qu'ils outrepassaient les prérogatives constitutionnelles du gouvernement fédéral ― figuraient le Homestead Act, qui prévoyait d'attribuer 160 acres de terres publiques à des colons en échange de la promesse par ces derniers de cultiver leur parcelle pendant cinq ans, et le Morrill Act, en vertu duquel le gouvernement se proposait d'encourager la création d'écoles supérieures d'agriculture par le biais de concessions foncières[29],[28]. Après la sécession de plusieurs États sudistes, le Congrès augmenta significativement les droits de douane avec l'adoption du Morrill Tariff que Buchanan, bien que notoirement hostile à une telle mesure, ratifia le . Du fait de la promulgation de cette loi, les droits de douane atteignirent leur plus haut niveau depuis les années 1840, préfigurant les politiques protectionnistes mises en œuvre dans les années qui suivirent le départ de Buchanan de la Maison-Blanche[30].

Politique étrangère

Le USS Water Witch, navire à roues à aubes de la marine américaine, impliqué dans des missions diplomatiques et navales des États-Unis en Asie orientale au milieu du XIXe siècle, dans le contexte de la politique étrangère de l’administration Buchanan.

Buchanan arriva à la Maison-Blanche avec un programme de politique étrangère ambitieux qui visait principalement à affermir l'hégémonie américaine en Amérique centrale face au Royaume-Uni[31]. Il souhaitait ainsi renégocier le traité Clayton-Bulwer, signé par Washington et Londres en 1850, qu'il considérait comme une erreur préjudiciable à l'influence américaine dans la région. Il avait également pour projet d'établir des protectorats américains dans les États mexicains de Chihuahua et de Sonora, en partie pour y accueillir les membres de la communauté mormone[32]. Par ailleurs, conscient de l'état de décrépitude de l'empire colonial espagnol, Buchanan entendait concrétiser son objectif de longue date d'acquérir Cuba, où l'esclavage était toujours largement pratiqué, en persuadant l'Espagne de vendre la colonie aux États-Unis[33]. À l'issue d'intenses négociations avec les Britanniques, le président convainquit ces derniers de céder les Îles de la Baie au Honduras et la côte des Mosquitos au Nicaragua. Les ambitions de Buchanan à Cuba et au Mexique furent toutefois contrecarrées à la Chambre des représentants par les forces abolitionnistes, farouchement opposées à l'annexion de tout territoire esclavagiste[34]. En outre, Buchanan songea à acheter l'Alaska à l'Empire russe, potentiellement pour en faire une colonie mormone, mais les tractations entre diplomates américains et russes achoppèrent sur le prix[35].

En ce qui concernait la Chine, les États-Unis adoptèrent une posture de neutralité dans la seconde guerre de l'opium entre 1856 et 1858. Buchanan désigna William Bradford Reed en tant que ministre plénipotentiaire en Chine et celui-ci demeura en poste de 1857 à 1858. Reed, qui avait contribué à la victoire de Buchanan lors de l'élection de 1852 en persuadant la vieille garde du Parti whig de voter pour le candidat démocrate, se fixa rapidement pour objectif de négocier un nouveau traité qui permettrait aux États-Unis de bénéficier des avantages que le Royaume-Uni et la France venaient de s'octroyer par la force aux dépens de la Chine. Ses efforts portèrent leurs fruits avec la signature, en 1858, du traité de Tien-Tsin qui accordait aux diplomates américains le droit de résider à Pékin, diminuait les droits de douane sur les marchandises en provenance des États-Unis et garantissait le libre exercice de la religion pour les étrangers sur le sol chinois. Le traité ouvrit la voie à l'élaboration, au cours des décennies suivantes, d'une nouvelle politique de Washington à l'égard de la Chine, dite « doctrine de la porte ouverte »[35].

En 1858, Buchanan dépêcha des navires de guerre au Paraguay en réponse à l'incident de la canonnière USS Water Witch, prise pour cible par les forces paraguayennes alors qu'elle était en mission d'exploration scientifique. L'expédition punitive se solda par des excuses du Paraguay et le paiement d'une indemnité[34].

Élection présidentielle de 1860

Conformément à son engagement prit en 1856, Buchanan ne sollicita pas l'investiture démocrate pour l'élection présidentielle de 1860. Les deux branches du Parti démocrate, nordistes et sudistes, ne parvinrent pas à trouver un compromis, et le parti éclata en deux blocs. Le premier, Nordiste, était favorable à un nouveau compromis concernant la question de l'esclavage, son candidat était Stephen A. Douglas, sénateur de l'État de l'Illinois. Le second bloc, Sudiste, était opposé à toute remise en cause de l'esclavage et se montrait de plus favorable à son extension au delà de la Ligne Manson-Dixon, son le champion était John Breckinridge du Kentucky (État largement esclavagiste), alors vice-président des États Unis en fonction. Les partisans de ce candidat étaient ouvertement favorables à une sécession en cas de victoire des Républicains. Outre les débats sur l'esclavage, les démocrates ne parvinrent pas à s'accorder sur la politique économique à suivre: les Nordistes étaient plutôt favorables à la mise en place de barrières douanières importantes afin de protéger l'industrie américaine, alors en plein développement, de la concurrence européenne, tandis que les Sudistes défendaient le Libre-échangisme, afin d'exporter plus facilement les denrées agricoles produites dans les États du Sud, notamment le coton et le sucre, vers les usines françaises et britanniques. Les démocrates du Nord, plus nombreux, refusèrent de plus de se laisser dicter un programme par la minorité esclavagiste du Sud, la séparation fut donc actée lorsque la Convention démocrate, réunie à Baltimore en juin 1860, repoussa une motion pro-esclavage. Buchanan ne fit rien de particulier pour empêcher l'implosion de son part.

Divisé, le Parti démocrate, qui jusque là dominait le jeu politique américain, le fut pas en capacité de s'opposer efficacement à la candidature d'Abraham Lincoln, soutenu par le Parti républicain. Si celui-ci était, à titre personnel, un opposant résolu de l'esclavage il défendait politiquement une solution visant à cantonner l'institution là où elle était pratiquée et l'empêcher de s'étendre, il faisait donc office de modéré, non abolitionniste[36].

Lincoln remporta largement le scrutin le 6 novembre 1860, en remportant la totalité des États du Nords ainsi que la Californie et l' Oregon, ce qui fut suffisant pour obtenir une majorité confortable de grands électeurs (180 sur 303), alors même que sa candidature ne rassembla que 39,8% des suffrages exprimés et qu'il ne put se présenter dans aucuns des États du Sud. Breckenridge parvint à réunir 18,1 du suffrage populaire, mais arriva en tête dans tous les Etats du Sud profond ainsi que dans le Maryland et de Delaware. Le reste des États furent remportés par John Bell, un conservateur qui ne faisait pas de l'esclavage le thème central de sa plateforme[37].

Sécession des États du Sud

Le 20 décembre 1860, alors que la victoire de Lincoln était actée mais qu'il n'était pas encore entré en fonction, son intronisation étant prévu pour le 4 mars 1861, la Caroline du Sud, État possédant la plus grande part d'esclaves dans sa population de tous les États Unis (57%), annonça sa sécession vis-à-vis du pouvoir fédéral, en réaction à la victoire du candidat républicain et à ce qui dut perçu dans le Sud comme un danger imminent contre l'institution de l'esclavage, fondement économique, politique et social de ce partie du pays. Les rebelles furent suivi dans leur aventure, entre janvier et février, par le Mississippi, la Géorgie, l'Alabama, la Louisiane, la Floride et le Texas, et des délégués de ces États se réunirent le 4 février à Montgomery (Alabama), d'où ils proclamèrent les États Confédérés d'Amérique[38].

Malgré la gravité de la situation, Buchanan, qui considérait pourtant que les sécessions étaient illégales, ne fit rien pour les empêcher. Si l'on peut, à sa décharge, rappeler que l'armée américaine ne comptait à l'époque que 15 000 soldats essentiellement dispersés dans l'Ouest du pays, ce qui n'était pas suffisant pour ramener de force Sud dans l'Union, son inaction contribua largement à aggraver la crise. Le Gouvernement fédéral se fracture alors: Lewis Cass (Secrétaire d'État) démissionne en décembre 1860 en signe de protestation devant l'apathie du Président, tandis que Jacob Thompson (Intérieur), Howell Cobb (Trésor) et John B. Floyd (Guerre) rejoignent les Confédérés[39].

Postérité

Par son inaction durant les heures les plus graves de l'histoire des États Unis, ainsi que par sa politique pro-sudiste (bien qu'il n'ait joué aucun rôle dans la sécession du Sud et qu'il y ait été opposé), James Buchanan est généralement considéré dans les études comparées comme l'un des pires, si ce n'est le pire, des Présidents américains[40].

Bibliographie

  • (en) Jean H. Baker, James Buchanan, New York, Times Books, coll. « The American Presidents Series », , 192 p. (ISBN 0-8050-6946-1).
  • (en) Philip S. Klein, President James Buchanan : A Biography, Newtown, American Political Biography Press, (réimpr. 1995) (ISBN 0-945707-11-8).
  • (en) Elbert B. Smith, The Presidency of James Buchanan, Lawrence (Kan.), The University Press of Kansas, , 225 p. (ISBN 0-7006-0132-5).

Notes et références

Annexes

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