Première bataille de Bar-sur-Aube
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| Date | |
|---|---|
| Lieu | Bar-sur-Aube et Colombey les Deux Eglises, Empire Français |
| Issue | Retrait des Français |
Campagne de France, Guerre de la Sixième Coalition
| Coordonnées | 48° 16′ 00″ nord, 4° 43′ 00″ est | |
|---|---|---|
La première bataille de Bar-sur-Aube est une bataille de la guerre de la Sixième Coalition qui a eu lieu le . Elle débute lorsque le corps de la garde impériale française du duc de Trévise, le maréchal Édouard Mortier, s’est défendu contre un corps autrichien commandé par Ignácz Gyulay et un corps de Württembergeois dirigé par le prince héritier Frédéric-Guillaume de Wurtemberg. Après avoir tenu ses principales positions défensives dans des combats acharnés, Mortier retire ses troupes d’élite pendant la nuit et se retire à Troyes.
Déclin français face à la Coalition
Pour l’empereur Napoléon Ier, la bataille de Leipzig est une catastrophe. De son armée, seuls 60 000 à 70 000 survivants se retirent sur la rive ouest du Rhin en . Près de 100 000 soldats de Napoléon sont laissés dans les forteresses allemandes et tous ses alliés allemands l’ont abandonné et ont rejoint la coalition. Lors de la campagne de 1814, Napoléon peut agir avec un seul objectif puisqu’il était à la fois le chef politique et militaire de la France[1]. Les grandes puissances de la coalition ont des intérêts divergents. Le tsar Alexandre Ier souhaite s’emparer de Paris et renverser Napoléon. Le roi Frédéric-Guillaume III est prêt à suivre le tsar et ses compatriotes sont impatients de venger des années d’occupation et d’humiliation françaises. L’empereur François Ier est moins enthousiaste à l’idée de renverser Napoléon, qui est marié à sa fille Marie-Louise, et l’Autriche est déjà prête à reconquérir tous les territoires perdus par la France. François et son ministre Klemens von Metternich craint que la Russie et la Prusse ne gagnent trop de pouvoir si la France est écrasée[2].
La coalition prévoit d’envoyer le principal parti de l’armée de Bohême sous le commandement du prince Charles Philippe de Schwarzenberg pour envahir la France via la Suisse et marcher sur Langres. L’armée de Silésie commandée par Gebhard Leberecht von Blücher reçoit l’ordre de traverser le Rhin moyen et d’avancer sur la droite de Schwarzenberg pendant que l’armée du Nord envahit les Pays-Bas[3]. Les armées de la coalition comptent 278 000 Russes, 230 000 Autrichiens, 162 000 Prussiens, 197 000 autres Allemands et 20 000 Suédois. Pour s’opposer à cette force gigantesque, Napoléon fait placer le maréchal Claude-Victor Perrin avec 10 000 hommes sur le Rhin supérieur, le maréchal Auguste de Marmont avec 13 000 soldats, Horace Sébastiani avec 4 500 hommes sur le Rhin moyen, le maréchal Étienne MacDonald avec 11 500 hommes sur le Rhin inférieur et Nicolas Joseph Maison avec 15 000 hommes aux Pays-Bas. Charles Antoine Morand et 15 000 autres soldats sont assiégés à Mayence[4].
Napoléon espère d’abord que les armées d’invasion coalisées ne comptent que 80 000 hommes, mais elles alignent 200 000 soldats, auxquels l’empereur français ne peut opposer que 70 000 soldats[5]. Parmi les formations de Schwarzenberg se trouvent le IIIe corps autrichien sous le commandement d’Ignácz Gyulay avec 14 732 soldats et 56 pièces d’artillerie et le IVe corps de Wurtemberg sous le commandement du prince héritier Frédéric-Guillaume de Wurtemberg avec 14 000 hommes et 24 canons[6]. Pour défendre son régime, Napoléon prévoit d’enrôler 936 000 Français, mais seulement un tiers d’entre eux sont effectivement mobilisés. Parmi eux, seulement environ un huitième combat parce que les mousquets ne sont pas disponibles. Un grand nombre d’entre eux résistèrent à la conscription. L’empereur finit par puiser dans ses armées méridionales 11 015 fantassins, 3 420 cavaliers et 40 canons du maréchal Jean-de-Dieu Soult et 8 051 fantassins, 2 132 cavaliers et 18 canons du maréchal Louis-Gabriel Suchet[7]. En raison de la faiblesse des forces des généraux français, l’avancée des armées de la coalition depuis les frontières jusqu’à la Marne ne rencontre guère d’opposition[8].
Début de la campagne
Langres est tenue par le maréchal Édouard Mortier avec des unités de la Garde impériale. Il y a 2 900 cavaliers de la 1re division de cavalerie de la Garde sous Louis Marie Levesque de Laferrière et 4 800 hommes de la 1re division de la Vieille Garde sous Louis Friant[9]. Dans la soirée du , à Chatenay-Vaudin, 300 gardes surprennent une forte patrouille autrichienne du IIIe corps de Gyulay, capturant 27 soldats et tuant le reste. Le lendemain, les sondes françaises capturent 60 Autrichiens à Chaudenay et tuent 44 Bavarois à Longeau-Percey tout en ne perdant que 3 tués et 20 blessés. Intimidé par les patrouilles agressives de Mortier, Gyulay s’arrête pendant plusieurs jours et attend des renforts[10]. Dans la nuit du au , Mortier évacue Langres et se replie vers le nord jusqu’à Chaumont. Pressée par les habitants, la petite garnison de Langres se rend aux troupes de Gyulay à 18 h[11].
Schwarzenberg envoie la 3e division de cuirassiers russe sous le commandement d’Ilya Mikhaïlovitch Douka sur la rive ouest de la Marne en direction de Chaumont et le IVe corps du prince héritier de Wurtemberg sur la rive est[11]. Le , les cavaliers de Douka chargent directement dans une embuscade à Marnay-sur-Marne. Après un certain nombre de pertes, la cavalerie se replie et fait appel à Gyulay pour le soutien de l’infanterie. Ce jour-là, près de Chaumont, le 9e bataillon de Jäger du Wurtemberg tente de s’emparer du pont de Choignes. Les Allemands se précipitent et sont à-deux-doigts de capturer le village, mais sont mis en déroute par une attaque à la baïonnette des Grenadiers de la Garde qui inflige de nombreuses pertes et fait 60 prisonniers. L’action se termine par un duel d’artillerie peu concluant. Le , il décide de se retirer vers le nord-ouest, à Colombey les Deux Églises[12].
Schwarzenberg a l’occasion d’aller de l’avant et d’écraser les forces françaises devant lui. Au lieu de cela, il fait escale à Langres tout en détournant le 1er corps de Hieronymus Karl Colloredo-Mansfeld et le corps de réserve du prince Frédéric de Hesse-Hombourg pour s’emparer de Dijon au sud. Militairement, cette décision n’a guère de sens, mais il exécute les instructions de Metternich pour éviter des combats majeurs. De nature prudente, Schwarzenberg est nerveux à propos de l’allongement de ses lignes d’approvisionnement remontant au Rhin, ce qui explique en partie la lente avancée de l’armée de Bohême de 8 km par jour[13].
Déroulement
Préparations
Mortier atteint Bar-sur-Aube le et dans l’après-midi, ses forces sont rejointes par la 2e division de la Vieille Garde dirigée par Charles-Joseph Christiani et le 113e régiment d’infanterie de ligne sous le commandement de Louis Auguste Victor de Bourmont. Mortier se plaint dans une lettre au chef d’état-major de Napoléon, le maréchal Louis-Alexandre Berthier, que la division de Christiani compte moins de 3 000 hommes[14]. Le régiment de Bourmont compte 1 800 soldats[11]. Le , Mortier reçoit un message indiquant que Napoléon s’approche de sa position. Au cours des jours suivants, les principales unités de l’armée de Bohême restent inertes, bien que les IIIeet IVe corps aient recueilli des renseignements sur les positions de Mortier grâce aux patrouilles. L’arrivée du tsar Alexandre au front le force la main de Schwarzenberg. Alexandre presse Schwarzenberg d’avancer et lorsque l’Autrichien lui donne de faibles excuses, le tsar l’accuse de saboter la campagne. Pour apaiser Alexandre, Schwarzenberg accepte un plan d’attaque que Gyulay et le prince de Wurtemberg soumettent à son quartier général[15].
Le , Mortier prend connaissance de mouvements coalisés qui indiquent qu’il y aura un combat le lendemain. Il découvre que plusieurs milliers de cosaques du Don, sous le commandement de Matveï Platov, se cachent à Doulevant-le-Château, à seulement 24 km au nord-est. Il envoie 500 fantassins et 500 cavaliers au nord, à Trémilly où ils chassent les cavaliers de Platov ce soir-là[16]. Mortier envoie la 113e ligne de Bourmont pour garder le pont sur l’Aube à Dolancourt, juste au nord-ouest de Bar-sur-Aube. Les grenadiers à cheval de la garde impériale sont postés entre Dolancourt et Bar. Un régiment d’infanterie et trois canons de campagne surveillent sa ligne de retraite près de Spoy à l’ouest de Bar. Deux bataillons et la Garde Chasseurs à Cheval tiennent Fontaine au sud-est de Bar. La 2e division et un bataillon de la 1re division sont déployés de l’autre côté de la route de Chaumont, à l’est de Bar, appuyés par une batterie de 20 canons. Le pont Boudelin à l’est de Fontaine est gardé par 14 pièces d’artillerie. Sept canons couvrent le pont sur l’Aube à Bar. Les six autres pièces de campagne se trouvent avec les quatre bataillons et les quatre escadrons de Louis-Michel Letort de Lorville à Colombey les Deux Églises, à l’est de Bar. Mortier a 13 000 soldats qui surveillent les approches de Bar de l’est et du sud[17]. Une autre source crédite les Français de 14 200 soldats[18].
Bataille
Selon leur plan, Gyulay attaquerait Bar-sur-Aube en même temps que le prince de Wurtemberg attaque Colombey les Deux Églises et que Platov tourne le flanc gauche de Mortier. Pour piéger les forces de Letort, Ludwig von Stockmayer avec trois bataillons d’infanterie légère, quatre escadrons de cavalerie et une batterie d’artillerie à cheval part de Juzennecourt à 9 h et marche vers l’ouest jusqu’à Montheries. Dans ce village, ils prévoient de tourner vers le nord à travers la forêt de Dhuits et d’entrer dans la route principale à l’ouest de Colombey les Deux Églises tandis que d’autres forces attaqueraient Letort de front. À 10 h, Karl August Maxmilian von Jett avec deux bataillons du 7e régiment d’infanterie, quatre escadrons de cavalerie Jäger, un escadron de hussards et une batterie à cheval commencent à avancer le long de la route de Chaumont vers Bar[17]. Jett est soutenu par un bataillon du 6e régiment d’infanterie, le 3e régiment de dragons et une batterie d’artillerie à pied. Inexplicablement, huit bataillons, un régiment de cavalerie et une batterie à pied sont laissés à Chaumont sans ordres. En comptant ceux qui restent derrière, le IVe corps compte de 12 000 à 13 000 hommes[19]. Le prince de Wurtemberg dirige la colonne de soutien en personne[17]. À 11 h, les colonnes de Gyulay commencent à entrer en action contre les défenses sud du Mortier[20].
Par une erreur de commandement, la colonne de Stockmayer laisse Montheries sans guide et manque la bonne route. Au lieu de se placer derrière les troupes de Letort, il émerge de la forêt de Dhuits sur le côté sud de Colombey les Deux Églises. Repérant le danger, Letort échappe au piège et se replie vers Lignol[21]. Le héritier de Wurtemberg mène les 2e et 4e régiments de cavalerie en avant pour tenter de couper les Français, mais les soutiens arrivent à temps pour aider Letort à se retirer vers la principale ligne de défense française près de Voigny. Une tentative d’avance des Wurtembergeois est stoppée par la batterie de 20 canons de Mortier. Le prince de Wurtemberg décide de ne pas engager l’infanterie de la Garde française et retire ses troupes à Lignol, jusqu’à ce que l’avance de Gyulay montre des progrès et mène un duel d’artillerie jusqu’à la tombée de la nuit. Les artilleurs allemands réussissent à faire exploser deux wagons de munitions et à mettre hors de combat quelques canons français. Les cosaques de Platov refusent de coopérer avec les Wurtembergeois[20].
Gyulay mène son assaut sur le côté sud avec plus d’intensité. Ses troupes marchent vers le nord le long de la rive ouest de l’Aube en deux colonnes. La colonne de droite sous les ordres de Louis Aloÿs, prince de Hohenlohe-Waldenburg-Bartenstein, nettoie les avant-postes français de Bayel tandis que la colonne de gauche sous les ordres de Joseph von Haecht repousse les Français de Baroville. La division de Hohenlohe tente à plusieurs reprises de prendre d’assaut le pont Boudelin, mais chaque assaut s’étiole sous le feu de la batterie de 14 canons. À Fontaine, la division de Haecht envahit le village à trois reprises, mais à chaque fois, elle est chassée par les gardes de Christiani[20]. Gyulay essaie de mettre fin au combat mais trouve ses propres troupes attaquées par les Français dans une lutte prolongée pour les passages de l’Aube. À 18 h, les Autrichiens s’emparent du pont Boudelin mais Gyulay décide de ne pas essayer de couper la retraite de Mortier. Le général autrichien se met en colère que ses alliés de Wurtemberg restent en place alors que son corps d’armée supporte le poids du combat. La soirée a mis fin aux combats[22].