Première guerre civile samoane
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Compromis :
- Accord de juin 1889
- Nomination de Malietoa Laupepa en tant que roi des Samoa*
| Date | 1888 à 1889 |
|---|---|
| Lieu | Upolu, Samoa, Océan Pacifique |
| Issue |
Compromis :
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La première guerre civile samoane se déroule de à . Elle met aux prises les troupes loyalistes de Tamasese, roi des Samoa soutenu par l'Allemagne, et des forces rebelles formées par Mata'afa Iosepho, soutenues par la Grande-Bretagne et les États-Unis. L'impopularité des méthodes employées par le gouvernement, les revers subis par ses troupes et un cyclone détruisant ses navires militaires présents sur place, conduisent l'Allemagne à rechercher un compromis qui aboutit notamment à la nomination de Malietoa Laupepa, en tant de roi.
À partir de la fin des années 1850, des investisseurs et négociants allemands, comme la société Godeffroy und Sohn (de), s'intéressent aux îles Samoa. Ils achètent des terres pour y créer des plantations et investissent dans des infrastructures pour assurer le transport et l'exportation de coton, café, coprah et cacao[1].
Les Britanniques, de leur côté, notamment Arthur Gordon qui est gouverneur de la Nouvelle-Zélande au début des années 1880, ont aussi des vues sur l'archipel. Leur vision est de regrouper les Samoa et les Tonga sous la couronne des Fidji[1] que la Reine Victoria a reçue en 1874[2]. Leur principal relais sur place est la London Missionnary Society qui réussit à convertir de nombreux Samoans[1].
Les États-Unis sont également présents et signent des traités comme les deux autres puissances coloniales[1].
La Grande-Bretagne dispose d'un consulat depuis 1847, les États-Unis depuis 1853, l'Allemagne depuis 1861[3].
Les trois puissances obtiennent un statut spécifique pour Apia, s'accordant pour en assurer l'administration à tour de rôle, tandis que plusieurs bâtiments militaires de chacune des parties mouillent dans la baie.
Dans ce contexte, de nombreuses contestations sur la propriété des terres apparaissent, du fait de la nature plurielle des autorités autochtones s'exerçant dans les îles. Il s'ensuit que deux chefs différents se retrouvent soutenus par l'Allemagne et la Grande-Bretagne, ce soutien visant à la nomination d'un roi des Samoa, dans des îles dont les pouvoirs sont traditionnellement morcelés[1].
Les protagonistes sont tout d'abord Malietoa Laupepa, soutenu par la Grande-Bretagne et Tamasese, soutenu par l'Allemagne. Ils se réconcilient en 1881 et ils deviennent respectivement roi et vice-roi. Mais, en 1887, les Allemands après avoir poussé Tamasese à destituer Laupepa, déportent ce dernier aux îles Marshall. L'Allemand Eugen Brandeis (de) devient Premier ministre. Mais, dépourvu de soutien populaire, le nouveau pouvoir voit vite émerger un nouveau prétendant, Mata'afa Iosefo. Fort d'une popularité largement établie, celui-ci se lance dans une lutte armée contre son rival en 1888[1].
Chronologie
Stevenson, dans son livre de chroniques Les Pleurs de Laupepa, relate les faits qu'il a recueillis auprès de témoins durant les années 1889 à 1892[4].
Le pouvoir de Tamasese est considérablement affaibli du fait de l'hostilité rencontrée par les mesures fiscales prises par Brandeis en 1887, d'autant plus que ce dernier compte les faire appliquer aussi pour Apia. Les États-Unis dénoncent alors l'accord d'administration de la ville. La Grande-Bretagne, semblant s'accommoder d'une gestion par l'Allemagne, ne s'oppose pas à ce que la municipalité soit dirigée par un Allemand. Mais des troubles éclatent à l'occasion des levées d'impôts et de la saisie de terres pour la construction de routes. Les colons non allemands retirent leur soutien au gouvernement. Brandeis pense pouvoir mettre fin à la rébellion dans les campagnes en faisant intervenir des troupes indigènes mais son impopularité ne s'en trouve que renforcée. Le commerce d'armes devient très important et un ultimatum est lancé par Brandeis le aux chefs autochtones les menaçant de bombardement par la Marine allemande, s'ils continuent à s'opposer à ses directives. Les menaces commençant à être suivies d'exécution, le commandement américain proteste le et se range du côté des insurgés. Les combats font plusieurs dizaines de morts de part et d'autre, Mata'afa Iosepho prenant la tête de la rébellion. Les troupes loyalistes voient le territoire sous leur contrôle se réduire à une position fortifiée par les Allemands[4].
La situation à Apia devient alors de plus en plus confuse, avec un consulat d'Allemagne tentant de mobiliser des forces pour assurer le pouvoir impérial allemand, et les consulats de Grande-Bretagne et des États-Unis lui déniant ce droit, et s'opposant de plus en plus à l'autorité du roi. Leur soutien à Mata'afa Iosepho se concrétise par la livraison de provisions et d'armes. Les Allemands débarquent également des armes en nombre et les escarmouches se poursuivent, ainsi que la construction de retranchements. En décembre, les Allemands débarquent des troupes de leurs vaisseaux pour protéger une plantation d'un de leur ressortissant, mais l'opération est un fiasco, les rebelles les obligeant à réembarquer avec de lourdes pertes. En représailles, un bâtiment allemand bombarde à nouveau la côte et, aussi, l'intérieur des terres, déclenchant une certaine panique chez les colons qui commencent à chercher refuge dans les bateaux de la baie. Le consulat allemand est détruit dans des circonstances troubles. La loi martiale est proclamée en . Devant les protestations des autres puissances, Bismarck déjuge en février son consul en lui sommant de laisser les autres consulats assurer la juridiction concernant leurs ressortissants, et désavoue sa déclaration de voir la souveraineté des îles transférée à l'Allemagne. La loi martiale est levée à la fin du mois[4].
Les tensions restent vives notamment entre les Allemands et les Américains, tandis que le port est encombré de sept bateaux militaires des trois nationalités au moment où l'arrivée d'un cyclone est devenue évidente. L'ordre de leur évacuation ou de leur mise au large n'est toutefois pas donné et, le , les dommages sont considérables sur les troupes étrangères et leurs bateaux. Tous les vaisseaux, sauf un britannique, sont naufragés et plusieurs dizaines de marins meurent[4].
Les secours apportés sans distinction par les Samoans et leur honnêteté dans la restitution des biens dispersés, conduisent à un apaisement des tensions et à des manifestations de reconnaissance de la part des puissances coloniales. Les hostilités sont suspendues et la diplomatie reprend ses droits[4].
L'accord de Berlin
Devant l'échec de la politique menée et la perte conséquente de ses forces sur place, Bismarck invite les parties à une conférence à Berlin en 1889[4]. L'accord signé en juin[5] qui s'ensuit, restitue les attributions royales à Laupepa, revenu d'exil, tout en conférant à Mata'afa Iosepho des prérogatives importantes. Afin de régler les différences d'interprétation sur les droits fonciers, une juridiction spécifique est constituée[4].
Suites
Le traité, fragile de par la construction duale du pouvoir samoan, est vite remis en cause avec la popularité toujours grande de Mata'afa Iosepho. Celui-ci est bientôt exilé à son tour, avec dix de ses partisans, aux îles Marshall[1]. La mort de Laupepa en 1898 conduit à la deuxième guerre civile samoane qui voit Mata'afa Iosepho, de retour d'exil, s'opposer à son successeur[6].