Prière de saint Ephrem
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La prière du Juste Éphrem (grec ancien : Εὐχἠ τοῦ Ὁσίου Ἐφραίμ, Euchè tou Hosiou Ephraim) est une prière attribuée à Éphrem le Syrien et en usage dans les Églises d'Orient — Églises orthodoxes et Églises catholiques de rite byzantin — durant le Grand Carême. Selon la tradition byzantine, cette prière résume le plus simplement l'esprit du carême ; de ce fait, elle est la prière du Grand Carême par excellence, récitée à tous les services de semaine (par exemple lors de la Liturgie des présanctifiés) comme en privé.
Historiquement, il existe deux versions de la prière : celle en grec et celle en langue liturgique slave (ou slavon d'église). Comme Éphrem écrivait seulement en syriaque, il est presque certain que cette prière n'est pas son œuvre : elle fait plutôt partie du large corpus d'écrits pénitentiels et ascétiques composés sous le nom d'Éphrem après sa mort en 373.
Κύριε καὶ Δέσποτα τῆς ζωῆς μου, πνεῦμα ἀργίας, περιεργίας, φιλαρχίας, καὶ ἀργολογίας μή μοι δῷς.
Πνεῦμα δὲ σωφροσύνης[1],[2], ταπεινοφροσύνης, ὑπομονῆς, καὶ ἀγάπης χάρισαί μοι τῷ σῷ δούλῳ.
Ναί, Κύριε Βασιλεῦ, δώρησαι μοι τοῦ ὁρᾶν τὰ ἐμὰ πταίσματα, καὶ μὴ κατακρίνειν τὸν ἀδελφόν μου,
ὅτι εὐλογητὸς εἶ, εἰς τοὺς αἰῶνας τῶν αἰώνων. Ἀμήν.
Seigneur et Maître de ma vie, ne m'abandonne pas à l'esprit de paresse, de découragement, de domination et de vain bavardage !
Mais fais-moi la grâce, à moi ton serviteur, de l'esprit de chasteté (d'intégrité), d'humilité, de patience et de charité.
Oui, Seigneur-Roi, accorde-moi de voir mes fautes et de ne pas condamner mon frère,
ô Toi qui es béni dans les siècles des siècles. Amen.
Cette version grecque est la forme normale de la prière utilisée dans l'Église grecque orthodoxe et toutes les Églises qui utilisent le grec ou l'arabe. On trouve de petites variantes de ce texte dans des manuscrits anciens.
Versions en langue liturgique slave
Slavon pré-nikonien
Traduction dans la langue liturgique slave primitive :
Господи и владико животѹ моемѹ, духъ оунынїѧ, небрежεнїѧ, срεбролюбїѧ и празднословїѧ ѿжεни ѿ мεнε.
Духъ же цѣломѹдрїѧ, смиренїѧ, терпѣнїѧ и любве дарѹй ми рабѹ твоемѹ.
Ей Господи Царю, даждь ми зрѣти моѧ согрѣшенїѧ, и еже не ωсуждати брата моегω, якω благословенъ еси во вѣки. Аминь.
Seigneur et Maître de ma vie, ôte de moi l'esprit de paresse, d'abattement, de domination et de vain bavardage !
Mais fais-moi la grâce, à moi ton serviteur, de l'esprit de chasteté (d'intégrité), d'humilité, de patience et de charité.
Oui, Seigneur-Roi, accorde-moi de voir mes fautes et de ne pas condamner mon frère, ô Toi qui es béni dans les siècles des siècles. Amen.
Il y a deux différences singulières, dans le premier verset, entre les versions grecque et slavonne : Tout d'abord, pour ce qui concerne l'esprit de paresse, le grec dit μή μοι δῷς, c'est-à-dire « ne me donne pas », « épargne-moi », là où le slavon donne ωтжεни ωт мεнε, c'est-à-dire « ôte-moi ». Ensuite, où le texte grec se lit περιέργια, periergia, « découragement », le texte slavon écrit небрежεнїѧ, nebrezheniya, « abattement » (qui se dit en grec ακηδία, akêdia). Que ces différences soient dues à des sources manuscrites diverses ou qu'elles reflètent l'altérité des tempéraments nationaux n'est pas encore éclairci.
Cette version a été remplacée en Russie, en 1656, par la réforme liturgique du patriarche Nikon, toutefois, elle demeure en usage chez les Vieux-croyants.
Version de Kiev de 1639
Господи и владыко живота моегω, духъ оунынїѧ, небрежεнїѧ, любоначалїѧ и празднословїѧ ѿжεни ѿ мεнε.
Духъ же цѣломѹдрїѧ, смиреномѹдрїѧ, терпѣнїѧ и любве, дарѹй ми рабѹ твоемѹ.
Ей Господи Царю, даждь ми зрѣти моѧ согрѣшенїѧ, и не ωсуждати брата моегω, якω благословенъ еси во вѣки вѣковъ. Аминь.
Cette version se trouve dans le Liturgicon (Sluzhebnik) ou Livre de service du prêtre, publié à Kiev en 1639 par Pierre Movilă. Elle est substantiellement identique à la version primitive ci-dessus, avec quelques modernisations typographiques. L'usage du datif (животѹ моемѹ) pour marquer la possession, ressenti comme archaïque, est remplacé par le génitif (живота моегω). Ce texte comporte toujours les différences signalées ci-dessus avec le texte grec.
Cette traduction a été utilisée dans toutes les Églises ressortissant de Kiev : en Ukraine, Pologne, Slovaquie, Autriche, etc. Elle a été remplacée presque partout par la version présentée ci-après. Elle est aujourd'hui utilisée (en slavon d'Église ou en langue vernaculaire) par les églises adeptes de la recension ruthénienne (Église grecque-catholique ukrainienne, Église grecque-catholique ruthène, Église grecque-catholique biélorusse, Église grecque-catholique hongroise, Église grecque-catholique slovaque).
Version de Nikon de 1656
Господи и владыко живота моегω, духъ праздности, оунынїѧ, любоначалїѧ и празднословїѧ не даждь ми.
Духъ же цѣломѹдрїѧ, смиренномѹдрїѧ, терпѣнїѧ и любве, дарѹй ми рабѹ твоемѹ.
Ей Господи Царю, даруй ми зрѣти моѧ прегрѣшенїѧ, и не ωсуждати брата моегω, якω благословенъ еси во вѣки вѣковъ. Аминь.
Version du rituel publié en 1656 à Moscou par le patriarche Nikon. Celui-ci souhaitait abolir toute différence entre les rites moscovite et grec, aussi cette version slavonne suit mot-à-mot la version grecque. Elle est aujourd'hui en usage ans l'Église russe orthodoxe (Patriarcat de Moscou et de toute la Russie et Église orthodoxe russe hors frontières), l'Église de Kiev et de toute la Rus', l'Église orthodoxe de Biélorussie, l'Église orthodoxe serbe, le Patriarcat de Bulgarie et autres Églises slaves orthodoxes.
Usage liturgique
Les jours de semaine du Grand Carême, la prière est prescrite pour chacune des heures canoniales (généralement vers la fin de l'office) et deux fois lors de la liturgie des présanctifiés.
Lors du triodion, elle est d'abord récitée le mercredi et le vendredi de la semaine des laitages[3] puis, après les Vêpres du dimanche du Pardon, lorsque débute le Grand Carême ; du lundi au vendredi jusqu'au mercredi de la Semaine sainte. À la fin de la liturgie des présanctifiés du mercredi saint, on répète la Prière de saint Éphrem une seconde fois, ce qui marque son usage final lors du carême. À de ce moment, l'accent n'est plus mis sur la pénitence mais sur l'espérance de la Passion et de la Résurrection.
Lors du jeûne de la Nativité, du jeûne de la Dormition et du jeûne des apôtres, le rituel du Grand Carême est utilisé lorsqu'on ne sert pas la Divine Liturgie[3] ; dans ces cas, on récite la prière de saint Éphrem.
Inclinaisons et prosternations
La prière est accompagnée d'inclinaisons et de prosternations.
Selon le rituel, la prière est dite une ou deux fois :
- lorsqu'elle est dite une fois, elle comporte trois versets, avec une prosternation après chaque verset ;
- lorsqu'elle est dite deux fois (quoique les pratiques locales puissent varier), elle est récitée la première fois avec une prosternation après chaque verset ; puis suivent une série d'inclinaisons ou de prosternation (soit en silence, soit avec de courtes oraisons) ; la prière est dite une seconde fois sans interruptions avec une prosternation finale.
Dans la pratique russe orthodoxe actuelle, on exécute douze métanies (inclinaison du buste) entre les versets de la prière en disant chaque fois : Боже, ѡчисти мѧ грѣшнаго (грѣшнѹю pour une femme) : « O Dieu, purifie-moi, pêcheur. » Lorsque la prière est dite au cours d'un service, le prêtre seul dit : « O Dieu, purifie-moi, pêcheur » et tous les fidèles s'inclinent.
La tradition des Vieux croyants est identique, mais au lieu de douze inclinaisons, ils pratiquent treize prosternations en récitant chaque fois la prière du cœur ou la prière suivante :
Seigneur Jésus-Christ, Fils de Dieu, prends pitié de moi, pécheur. (Господи Ісусе Христе Сыне Божїй помилѹй мѧ грѣшнаго/грѣшнѹю.)
Dieu sois pitoyable envers moi, pêcheur. (Боже милостивъ буди мнѣ грѣшномѹ.)
Dieu, purifie-moi de mes péchés et prends pitié de moi. (Боже ѡчисти грѣхи моѧ и помилѹй мѧ.)
Toi, mon créateur, Seigneur, prends pitié de moi. (Создавый мѧ Господи, помилѹй.)
J'ai péché démesurément. Seigneur, pardonne-moi. (Безъ числа согрѣшихъ, Господи прости мѧ.)
Seigneur Jésus-Christ, Fils de Dieu, prends pitié de moi, pécheur.
Dieu sois pitoyable envers moi, pêcheur.
Dieu, purifie-moi de mes péchés et prends pitié de moi.
Toi, mon créateur, Seigneur, prends pitié de moi.
J'ai péché démesurément. Seigneur, pardonne-moi.
Dieu sois pitoyable envers moi, pêcheur.
Toi, mon créateur, Seigneur, prends pitié de moi.
J'ai péché démesurément. Seigneur, pardonne-moi.
Ici aussi, la tradition ruthénienne diffère légèrement des autres traditions. Elle retient certains éléments propres aux Vieux-croyants. Le Liturgikon de Pierre Movilă de 1639 prescrit douze prosternations du buste. Les trois versets suivants sont répétés pour atteindre le compte de douze :
Dieu sois pitoyable envers moi, pêcheur.
Dieu, purifie-moi de mes péchés et prends pitié de moi.
J'ai péché démesurément. Seigneur, pardonne-moi.