Le projet d'ambassade de Chine à Londres, aussi appelée méga-ambassade ou super-ambassade, est lancé en 2018 lorsque la Chine rachète le bâtiment de Royal Mint Court(en) afin de le transformer en une représentation diplomatique permanente de grande taille, qui regrouperait tous ses diplomates en poste à Londres. L'ambassade, si elle est construite, deviendrait le plus grand bâtiment diplomatique d'Europe.
La demande initiale est refusée en 2022 à l'unanimité par le conseil du borough de Tower Hamlets. Le projet suscite la polémique en raison des «risques de développement d’opérations de surveillance chinoises» qui viseraient le Royaume-Uni et de l'utilisation potentielle du bâtiment comme base de surveillance et d'intimidation des dissidents au régime chinois réfugiés au Royaume-Uni.
Le bâtiment diplomatique chinois qui l'occupe a une surface prévue de 20 000 m2[1]. Une partie importante se situe sous la surface du sol. Il comporte un nombre important de pièces secrètes dont l'organisation et l'affectation ne sont pas précisées sur les plans officiels, ce qui inquiète une partie de l'opinion publique[2],[3].
Historique
En 2018, le gouvernement chinois rachète Royal Mint Court(en) pour un montant total de 225 millions de livres (259 millions d'euros)[1]. La Chine vise à regrouper en un même lieu l'ensemble de ses locaux diplomatiques à Londres, jusque là divisés entre plusieurs bâtiments officiels[1],[4]. Elle doit cependant obtenir une autorisation pour pouvoir mener à bien le projet.
La demande initiale est refusée en 2022 à l'unanimité par le conseil du borough londonien de Tower Hamlets en raison de l'impact du projet[4]. Le conseil local cite notamment de potentielles nuisances en cas de manifestation ou d'actions militantes devant l'ambassade. Le Parti conservateur, alors au pouvoir, refuse d'intervenir en faveur du projet, qui est mis en pause[5].
Le projet rencontre toutefois une forte opposition parmi la classe politique britannique, notamment de Kemi Badenoch[1] et Iain Duncan Smith, personnalités du Parti conservateur, dans l'opposition à partir de 2024. Tom Tugendhat (ancien ministre de la Sécurité) déclare qu'une décision en faveur de la méga-ambassade serait «une grave erreur» et que s'il aurait pu faire du sens au début des années 2010, l'approuver en 2025 reviendrait à ne pas tirer les leçons de la décennie précédente. De l'autre bord politique, Blair McDougall, du Parti travailliste écossais, entre en contact avec des manifestants et prend également position contre le projet[5]. De son côté, la Chine accuse le Royaume-Uni de politiser le projet et de lui faire prendre du retard. Elle menace le Royaume-Uni de conséquences en cas de retard supplémentaire[1].
Parmi les enjeux pour le Royaume-Uni figurent la rénovation et l'agrandissement de leur ambassade à Pékin, ainsi qu'un voyage officiel prévu de longue date par Keir Starmer en Chine, conditionné au lancement du projet. Le pays souhaite aussi ne pas provoquer de crise diplomatique avec la Chine[2], dans le but de favoriser les partenariats économiques[3].
Au cours de l'année 2025, alors que la décision finale doit être rendue par le gouvernement britannique, plusieurs affaire d'espionnage chinois et des controverses politiques ralentissent le processus. Keir Starmer reporte plusieurs fois sa décision, mettant en balance le risque pour la sécurité nationale et la nécessité du «dialogue diplomatique et [de] la coopération avec la superpuissance asiatique». Finalement, le , le projet est officiellement approuvé par Steve Reed, Secrétaire d'État au Logement, aux Communautés et aux Collectivités locales[1]. Cependant, selon Intelligence Online, le report de l'annonce publique, alors que la décision a déjà été prise par les services secrets avant la fin 2025, vise à faire pression sur la Chine via des «reports stratégiques utiles»[2].
Malgré la décision favorable, l'opposition au projet ne faiblit pas, avec de potentiels recours juridiques susceptibles de retarder le début des travaux. Le gouvernement doit également convaincre la population, assez largement réticente[2].
Rapidement, le projet alimente des craintes d'espionnage. En effet, le bâtiment se trouve en plein cœur de la ville, à proximité du passage de câbles souterrains en fibre optique reliant les deux grands quartiers d'affaires de Londres[1], la City («Square Mile») et Canary Wharf, à l'est de la ville. Il est techniquement possible de se connecter de manière clandestine à ces câbles et de capter une partie du flux de données, potentiellement sensibles[3].
Cependant, les services de sécurité britanniques expriment leur accord vis-à-vis du projet d'ambassade. Le gouvernement britannique affirme qu'«aucun organisme chargé de la sécurité nationale [...] n'a exprimé d'inquiétude ou d'objection à la proposition en raison de la proximité des câbles ou d'autres infrastructures souterraines»[1]. Au contraire, ils estiment que la centralisation des activités chinoises en un site unique pourrait favoriser la surveillance et réduire les risques[2].
Surveillance et intimidation des dissidents
Les détracteurs du projet font valoir que l'accueil d'un grand nombre de diplomates dans le bâtiment fait peser un risque de répression transnationale accru contre les militants d'opposition au Parti communiste chinois réfugiés à Londres, déjà victimes de surveillance et d'intimidation[1].
De nombreuses manifestations publiques sont organisées en opposition au projet, notamment le , réunissant plusieurs centaines de personnes. Y participent notamment des Ouïghours et des militants pro-démocratie de Hong Kong. Plusieurs manifestants expriment leur crainte que le bâtiment soit utilisé pour détenir clandestinement des dissidents arrêtés illégalement sur le sol britannique[5].