Projet de tamisage du mont du Temple

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Le projet de tamisage, belvédère Masu'ot au mont Scopus, 2019.

Le projet de tamisage du mont du Temple (en hébreu : פרויקט סינון עפר הר הבית, en anglais : Temple Mount Sifting Project, abrégé TMSP, anciennement Temple Mount Salvage Operation) est un projet archéologique lancé en 2004 par les archéologues Gabriel Barkay (en) et Zachi Dvira (en) (Zweig), sous l'égide de l'université Bar-Ilan[1]. Son objectif est la récupération et l'étude des artefacts archéologiques contenus dans les déblais retirés du mont du Temple à Jérusalem en 1999, sans précaution archéologique, lors de travaux menés par le Waqf de Jérusalem[2]. Le projet a mobilisé environ 200 000 bénévoles et mis au jour plusieurs centaines de milliers d'objets et fragments, couvrant plusieurs millénaires, depuis l'Âge de la pierre jusqu'au XXe siècle[3]. Le site de tamisage était initialement installé dans le parc national d'Emek Tzurim (en) ; depuis juin 2019, il se trouve au belvédère Masu'ot, sur le mont Scopus.

Le mont du Temple, à Jérusalem, constitue l'un des sites archéologiques les plus importants au monde. Lieu saint du judaïsme, du christianisme et de l'islam, il abrite aujourd'hui l'esplanade des Mosquées avec le dôme du Rocher et la mosquée al-Aqsa. Malgré son importance historique, aucune fouille archéologique systématique n'y a jamais été autorisée[1].

Étudiants participant au tamisage, vers 2005.

En novembre 1999, le Waqf de Jérusalem entreprend d'importants travaux souterrains dans la zone des écuries de Salomon, au sud-est de l'esplanade, afin d'aménager la mosquée al-Marwani. À l'aide d'engins de terrassement, environ 9 000 tonnes de terre archéologiquement riche sont extraites et déversées dans la vallée du Cédron, à proximité de l'angle nord-est de la vieille ville[2]. Ces remblais sont inspectés et échantillonnés par des agents de l'Autorité des antiquités d'Israël, mais aucune fouille à grande échelle n'est entreprise[4].

Histoire

En 2004, un permis de fouille est délivré aux archéologues Gabriel Barkay (en) et Zachi Dvira (en), sous les auspices de l'université Bar-Ilan. Avec un financement de donateurs privés par l'intermédiaire de l'Israel Exploration Society, ils entreprennent de récupérer la majeure partie des remblais et de les transporter vers un site sécurisé dans le parc national d'Emek Tzurim (en)[1].

Étudiants sur le site de tamisage au parc d'Emek Tzurim, 2008.

En 2005, confronté à des difficultés financières, le projet s'associe avec la fondation Ir David, qui prend en charge l'administration du site de tamisage, tandis que la direction scientifique reste entre les mains de Barkay et Dvira. Au fil des années, le projet acquiert une dimension éducative et touristique, attirant des centaines de milliers de visiteurs et de bénévoles[1].

En avril 2017, le projet rompt son partenariat avec la fondation Ir David et interrompt le tamisage actif pour se concentrer sur la recherche en laboratoire. Dans une annonce publiée sur son site, le projet indique alors qu'environ 70 % des déblais ont été traités[5]. Cette réorientation s'accompagne d'un différend public avec la fondation Ir David sur l'équilibre entre poursuite du tamisage, financement et publication scientifique des résultats[3]. La fondation Ir David conserve le site d'Emek Tzurim et y propose une « Expérience archéologique » où les visiteurs tamisent du sol provenant de divers chantiers de fouilles à Jérusalem[3]. Le projet lance alors plusieurs campagnes de financement participatif, et le Premier ministre Benyamin Netanyahou s'engage publiquement à soutenir le projet — un engagement présenté dans le contexte de la controverse autour de la résolution de l'UNESCO de 2016 sur le mont du Temple[6] — qui ne sera pas concrétisé[7].

En mai 2018, le projet annonce le lancement d'un programme de tamisage mobile, apportant du sol du mont du Temple dans des écoles et des institutions à travers Israël[8].

En juin 2019, le tamisage actif reprend dans un nouveau site au belvédère Masu'ot, sur le mont Scopus. Selon une communication diffusée par le projet, environ 30 % du sol transféré en 1999 reste alors à tamiser, tandis qu'une part importante des objets déjà recueillis attend encore une publication scientifique détaillée[7],[9].

Méthodologie

Incapables d'appliquer les techniques de fouille traditionnelles à un sol déplacé, les fondateurs du projet optent pour le tamisage de l'intégralité de la terre récupérée. Le processus se déroule en plusieurs étapes : tamisage à sec, trempage dans l'eau, tamisage humide sur un grillage métallique, puis tri manuel des artefacts parmi les pierres et les débris modernes. Ce travail est principalement effectué par des bénévoles et des touristes, sous la supervision d'un personnel expérimenté. Les objets récupérés sont ensuite triés et catalogués par des archéologues sur site, puis transférés dans un laboratoire pour être étudiés par des spécialistes[1].

Avant le lancement du TMSP, la technique du tamisage humide — dans laquelle des portions significatives du sol d'un site sont lavées sur un tamis — n'était utilisée en Israël que pour certains sites préhistoriques. L'adoption de cette méthode par le projet a permis de récupérer des fragments minuscules qui échappaient traditionnellement aux archéologues travaillant avec des méthodes conventionnelles[1]. Par exemple, la comparaison avec d'autres sites de l'Âge du fer en Judée montre une distribution similaire des types de figurines (humaines, animales, etc.), mais le TMSP a récupéré davantage de fragments de jambes que tous les autres sites réunis, et des fragments de cornes et d'oreilles n'avaient été signalés par aucun autre chantier[10].

Pour surmonter le biais d'échantillonnage lié à la décontextualisation du sol, les responsables du projet expliquent avoir soumis des échantillons prélevés sur divers chantiers de fouilles à Jérusalem au même processus de tamisage humide, afin de disposer d'un groupe de contrôle[11]. Au fil des années, plusieurs projets de fouilles à Jérusalem adoptent cette technique, certains confiant même leur tamisage au TMSP[1]. La popularité croissante du tamisage humide a d'ailleurs corrélé avec une augmentation notable du nombre de sceaux et d'empreintes de sceaux découverts dans les fouilles menées à Jérusalem[1].

En janvier 2013, le projet annonce le développement d'une méthode statistique utilisant l'analyse en grappes pour reconstituer partiellement le contexte original de certaines découvertes[12]. En novembre de la même année, il indique avoir collecté un nombre suffisant d'artefacts pour constituer un échantillon représentatif ; selon cette annonce, les trouvailles courantes recueillies par la suite ne seront pas incluses dans la publication finale[13].

Découvertes

La plupart des artefacts découverts sont de très petite taille, ne dépassant pas quelques centimètres. Leurs origines couvrent plusieurs millénaires, depuis l'Âge de la pierre jusqu'au XXe siècle.

Exemples d'artefacts des périodes les plus anciennes.

Âges de la pierre et du bronze

Seule une infime fraction des découvertes est attribuable à ces périodes, les plus anciennes étant datées de l'Épipaléolithique ou du Néolithique[11]. Les âges du Chalcolithique et du bronze sont principalement représentés par des tessons de poterie locale, mais quelques exemples de poterie mycénienne ont également été trouvés[14]. Parmi les autres découvertes de ces périodes figurent trois scarabées de l'âge du bronze, une amulette portant le nom de Thoutmôsis III et un doigt de statue probablement daté du Bronze récent[15].

Âge du fer (Premier Temple, 1000–586 av. J.-C.)

Environ 15 % des tessons de poterie découverts par le TMSP datent de l'Âge du fer, principalement des périodes Fer IIb-III (800–586 av. J.-C.)[1].

La bulle Immer, sceau en alphabet paléo-hébraïque découvert lors du tamisage.

Parmi les trouvailles de l'Âge du fer IIa (Xe – IXe siècles av. J.-C.) figurent un rare sceau et une pointe de flèche[16]. L'Âge du fer tardif est bien représenté : environ 130 fragments de figurines judéennes typiques ont été récupérés dans le sol du mont du Temple, et une trentaine d'autres dans une décharge antique sur le versant est du mont[10], ainsi que des poids de pierre, des armes — dont une rare pointe de flèche de type scytho-iranien, introduite à Jérusalem par les forces de Nabuchodonosor II — et des objets portant des inscriptions, notamment un sceau LMLK, des dizaines d'ostraca et plusieurs sceaux et empreintes de sceaux (bulles)[1].

La plus notable de ces bulles est la bulle Immer, une empreinte de sceau brisée, datée par la paléographie des VIIe – VIe siècle av. J.-C., portant le nom incomplet …lyahu et le patronyme Immer, nom d'une famille sacerdotale biblique bien connue, dont un membre est mentionné comme un haut responsable dans le Temple (Jr 20. 1). L'empreinte, qui porte au revers des traces de fibres textiles, était apposée sur un sac, une bourse ou un couvercle en tissu, possiblement lié au trésor du Temple[1].

Période du Second Temple (516 av. J.-C. – 70 ap. J.-C.)

Carreaux d'opus sectile du Temple d'Hérode présentés par Gabriel Barkay à Moshe Ya'alon (à gauche).

Aucune autre période dans l'histoire du mont du Temple n'a connu autant d'activité que celle du Second Temple. Cela se reflète dans les trouvailles du TMSP : plus de 40 % de la poterie date de cette période, dont les deux tiers entre le règne d'Hérode (37 av. J.-C.) et la destruction du Temple (70 ap. J.-C.)[1].

Plusieurs vestiges architecturaux sont attribués à cette période, le plus imposant étant un chapiteau dorique de 75 cm qui surmontait peut-être une colonne du portique de Salomon[17]. Des dizaines de carreaux d'opus sectile multicolores ont permis de reconstituer les motifs de dallage des cours du Temple d'Hérode[18],[19]. Plus de 500 monnaies de cette période ont été retrouvées, allant des monnaies Yehud du VIe siècle av. J.-C. jusqu'au monnayage de la révolte juive de 70 ap. J.-C. D'autres découvertes incluent des centaines de fragments de vases en pierre, plus d'un millier de fragments de fresques, des armes et des inscriptions[1].

Période byzantine (324–638)

Un tiers de l'ensemble des monnaies retrouvées date de cette période, accompagné de grandes quantités de poterie. Un fait relativement surprenant est la découverte d'un nombre important d'artefacts architecturaux luxueux — carreaux d'opus sectile, tuiles, chapiteaux corinthiens, chancels et une multitude de tesselles de mosaïque — qui ont conduit les chercheurs à remettre en question les sources historiques décrivant le mont du Temple comme abandonné à cette époque. D'autres trouvailles incluent des pendentifs cruciformes, des lampes à huile ornées de croix et des poids de bronze[11].

Période islamique ancienne (638–1099)

Environ un quart des tessons de poterie récupérés par le TMSP date de cette période, principalement de la vaisselle et des récipients de stockage omeyyades, ainsi que de la vaisselle et des récipients de cuisson abbassides. Parmi les autres trouvailles figurent de nombreux éléments architecturaux liés à la construction du dôme du Rocher et de la mosquée al-Aqsa, notamment des milliers de tesselles de mosaïque colorées et dorées provenant vraisemblablement des mosaïques murales qui ornaient les parois extérieures du dôme du Rocher jusqu'à leur remplacement par des carreaux vernissés au XVIe siècle[11].

Période croisée (1099–1187)

Durant cette période, l'utilisation des structures souterraines du mont du Temple comme écurie par les Templiers a donné aux écuries de Salomon leur nom actuel. Cet usage se reflète dans les trouvailles : des centaines d'écailles d'armure, de clous de fers à cheval et de pointes de flèches. Plus d'une centaine de pièces d'argent croisées constituent la plus grande et la plus variée collection de ce type provenant de Jérusalem[1]. Des carreaux d'opus sectile de cette époque correspondent exactement à des motifs visibles sous le tapis du dôme du Rocher[20] ainsi que dans l'église du Saint-Sépulcre[21].

Périodes mamelouke et ottomane (1260–1917)

Exemples d'artefacts des périodes tardives.

La période mamelouke est principalement représentée par de la poterie, des monnaies, des pièces de jeu, des bijoux et quelques éléments architecturaux. La période ottomane a livré une grande variété de trouvailles, dont des carreaux vernissés qui recouvrent les murs extérieurs du dôme du Rocher depuis le XVIe siècle, ainsi que des fragments de vitraux. Plus d'une douzaine de sceaux personnels de cette période ont été découverts, dont un portant le nom du cheikh Abd al-Fattah al-Tamimi, qui deviendra adjoint du grand mufti de Jérusalem et qadi à Ramla, Gaza et Naplouse au début du XVIIIe siècle[1]. Des centaines de pipes en terre, ainsi que divers types d'armes dont des pierres à fusil et des projectiles en plomb et en fer, complètent ces trouvailles. Une grande quantité de bracelets et de chevillères en verre couvrent les périodes mamelouke et ottomane[1].

Période moderne (1917–1999)

De nombreux artefacts modernes ont été retrouvés, principalement de la poterie comme de la porcelaine et des tuiles de Marseille, du monnayage moderne, des tapis de prière et des accessoires vestimentaires, dont des insignes militaires et des armes de différentes forces armées[1].

Critiques

Le projet s'inscrit dans un contexte politique et religieux très sensible. Le Waqf de Jérusalem conteste la légitimité d'une entreprise archéologique israélienne fondée sur des matériaux provenant de l'esplanade des Mosquées, tandis que des observateurs soulignent les arrière-plans idéologiques attachés aux débats sur le mont du Temple[22].

Cette dimension polémique est renforcée par les usages publics et politiques des découvertes attribuées au mont du Temple. Dans ce contexte, Haaretz relève en 2016 que le soutien annoncé par le gouvernement israélien au projet s'inscrit aussi dans la controverse déclenchée par la résolution de l'UNESCO sur le site[6].

Sur le plan méthodologique, plusieurs spécialistes rappellent que le sol étudié a été déplacé à plusieurs reprises et qu'il n'est plus accessible dans son contexte stratigraphique d'origine, ce qui limite la portée de certaines interprétations. À propos du sceau attribué au Xe siècle av. J.-C., The Times of Israel a ainsi cité un spécialiste des sceaux rappelant qu'un objet isolé, non découvert in situ, ne permettait pas à lui seul d'établir des conclusions fortes sur l'activité du site à cette époque[16]. Les responsables du projet soutiennent au contraire que le tamisage humide, l'emploi de groupes de contrôle et les traitements statistiques permettent malgré tout d'extraire des informations exploitables à partir de matériaux remaniés[1],[11].

Plus généralement, cette tension entre potentiel heuristique et perte de contexte conduit à distinguer les artefacts effectivement retrouvés dans les déblais et les interprétations plus ambitieuses sur leur signification historique. Les sources secondaires indépendantes utilisées dans l'article invitent ainsi à la prudence chaque fois qu'une découverte spectaculaire est mobilisée pour tirer des conclusions larges sur l'histoire du site[22],[16].

Notes et références

Bibliographie

Voir aussi

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