Prosodie

From Wikipedia, the free encyclopedia

D'une manière générale, la prosodie est l'ensemble des traits oraux d'une expression verbale d'un locuteur, traduisant la musicalité de la modulation de sa voix et de ses énoncés. Elle rend le sens, les émotions et les intentions plus intelligibles à ses interlocuteurs. Le volume de la voix, le timbre ou « coloration », et le débit vocal et l'alternance de temps forts et de temps faibles déterminent différentes composantes de la prosodie : intonation et ton[1], accentuation et accent marqués par des modulations[2] et inflexions prosodiques, vitesse d'élocution et rythme (notamment caractérisé par la pause silencieuse et la pause nourrie)[3], et le tempo)[4].

Chaque individu a sa propre prosodie que l'auditeur reconstruit à sa manière à partir d'un ensemble de représentations mentales auditives qui est à la base des jugements linguistiques et sociaux dans le discours[5]. Il est possible par des techniques informatiques d'accéder à ces représentations mentales[6].

« La prosodie (ou la prosodologie) est une branche de la linguistique consacrée à la description (aspect phonétique) et à la représentation formelle (aspect phonologique) des éléments de l'expression orale tels que les accents, les tons, l'intonation et la quantité, dont la manifestation concrète, dans la production de la parole, est associée aux variations de la fréquence fondamentale (F0), de la durée et de l'intensité (paramètres prosodiques physiques), ces variations étant perçues par l'auditeur comme des changements de hauteur (ou de mélodie), de longueur et de sonie (paramètres prosodiques subjectifs) ». La prosodie littéraire (prosodie grammaticale) relève d'un autre champ d'étude[7].

Grammaire

En grammaire, la « prosodie grammaticale » traite de la quantité syllabique et de l'accent tonique. Réservé tout d'abord aux langues antiques grec et latin, le terme a été appliqué avec la même signification aux langues modernes dès la Renaissance. La Prosodie de l'abbé d'Olivet (1736) a longtemps fait autorité pour ce qui concerne les règles de quantité syllabique en français.

Linguistique

La linguistique a redéfini la prosodie comme l'ensemble des phénomènes dits supra-segmentaux, c'est-à-dire échappant au découpage de la chaîne parlée en phonèmes, à savoir rythme, accent, intonations et quantité syllabique. Sur ce terrain, la prosodie est complémentaire de la phonologie[8].

Il existe plusieurs éléments prosodiques. Les principaux sont les suivants :

  • La variation de la hauteur de la voix
  • La longueur des sons
  • Le niveau sonore
  • Le timbre (qualité du son)

Cela correspond globalement aux termes suivants :

  • La fréquence fondamentale (F0, mesurée en hertz)
  • La durée (en millisecondes ou secondes)
  • L'intensité (mesurée en décibels)
  • Les caractéristiques du spectre

Différentes combinaisons de ces éléments sont utilisées suivant les fonctions linguistiques de l'intonation ainsi que d'autres éléments prosodiques tels que le rythme, les pauses et le tempo[9].

Poésie

C'est par abus qu'on appelle parfois prosodie l'ensemble des règles de construction des vers. C'est la métrique, et non la prosodie, qui traite de la structure des vers : on devrait donc réserver le terme de prosodie aux propriétés intrinsèques des syllabes[réf. nécessaire]. Si la métrique a un lien avec la prosodie, c'est parce qu'elle est susceptible de s'appuyer (mais sans les englober) sur des propriétés prosodiques. Par exemple, comme son modèle grec, la métrique latine se fonde sur la quantité prosodique des syllabes du latin. Elle ne tient en revanche aucun compte de l'accent tonique, qui appartient pourtant aussi à la prosodie. Sur ce terrain, la prosodie et la métrique sont donc distinctes mais complémentaires, même s'il n'est pas toujours facile de délimiter très précisément leurs champs respectifs.

Musique

En musique vocale, on appelle aussi prosodie la manière dont sont mises en mesure et en rythme les syllabes du texte. En France, par exemple, jusque vers le troisième quart du XVIe siècle, le rythme musical s'est surtout calqué sur le mètre poétique, sans chercher à privilégier d'autres syllabes que celles de la césure et de la rime. Avec la musique mesurée lancée dans les années 1570 par l'Académie de musique et de poésie, on assiste à une tentative d'envergure de rendre en musique la quantité syllabique. Un siècle plus tard, le récitatif s'attachera plutôt à mettre en relief les accents toniques du texte, pratique qui restera la norme.

Troubles du spectre autistique et prosodie

Les personnes concernées par le syndrome d'Asperger (et plus largement, par le trouble du spectre de l'autisme ou TSA)[10] présentent fréquemment une prosodie atypique[11], avec un débit de parole, un niveau sonore vocal, une hauteur de voix et une prosodie jugés inhabituels. La littérature scientifique rapporte des « patterns » inhabituels du langage[12] ; et des anomalies du rythme et de l'accentuation (absente, exagérée ou inappropriée), du ton (atone ou trop chantant), de l'intensité (cri ouchuchotement) et du débit de parole (trop rapide ou trop lent)[13],[14],[15]. Ce particularisme peut toucher à la fois la prosodie dite « grammaticale » (marquage de la structure syntaxique, des questions, du focus prosodique, etc.) et la « prosodie émotionnelle » (expression et perception des émotions par la voix)[16], et peuvent contribuer à des difficultés communicationnelles[17],[18],[19],[20]. Les enfants avec TSA semblent plus difficilement produire et perçevoir l'accent d'emphase et la prosodie émotionnelle[18],[21].

Peu de recherches avaient exploré ce domaine avant les années 2000 et leurs résultats étaient contradictoires. Parallèlement à la prosodie les chercheurs se sont intéressés à la compréhension, au traitement et à la relation entre la capacité prosodique réceptive et la théorie de l'esprit[22].

Des études et méta-analyses indiquent que les personnes avec TSA présentent  en moyenne , une hauteur fondamentale[note 1] plus élevée (perçue comme plus aïgue), surtout en cas de TSA associé à un déficit phonologique[23] ; une étendue et une variabilité de hauteur accrues ; ainsi qu'une durée vocale plus longue que chez les personnes neurotypiques, alors que le débit et l'intensité sont moins systématiquement différents[24].

Lau et al. en 2022 ont aussi montré que   dans plusieurs langues  que la rythmique de la prosodie, et son profil acoustiques permettent de distinguer des locuteurs autistes de locuteurs non autistes[25].

S'agissant de l'intonation prosodique, des études trouvent des performances relativement préservées pour la distinction entre sections déclaratives (intonation descendante en fin de phrase) et interrogatives (intonation montante en fin de phrase pour une question totale, c'est à dire portant sur l’ensemble de la phrase et appelant une réponse oui/non ou un équivalent) d'un discours, notamment lorsque les tâches sont simples et que la discrimination de la direction de la hauteur est intacte[26].

Concernant le focus prosodique (c'est‑à‑dire l'accentuation mélodique et rythmique permettant de mettre en avant (en emphase) une unitélinguistique au sein d’un énoncé, par des modulations acoustiques de F0, en durée et en intensité[21], une méta‑analyse suggère toutefois que les personnes avec TSA présentent des difficultés (modérées) de perception du focus et des difficultés (plus marquées) de production prosodique, avec une variation de hauteur plus importante que chez les témoins. Ces difficultés de production semblent en partie modulées par le niveau de QI non verbal et par les compétences langagières expressives[27].

L'ensemble de ces résultats conduit à considérer la prosodie atypique comme une caractéristique fréquente, mais hétérogène, du TSA. Elle peut affecter la compréhension des intentions communicatives et l'ajustement social, tout en laissant subsister des îlots de compétences prosodiques préservées selon les tâches, les langues et le profil cognitif individuel[27].

Notes et références

Voir aussi

Related Articles

Wikiwand AI