Pré-enregistrement
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Le pré-enregistrement ou préenregistrement est la pratique consistant à enregistrer les hypothèses, les méthodes et / ou les analyses d'une étude scientifique avant qu'elle ne soit menée[1]. L'expression “rapport enregistré” (ou registered report pour les anglophones) désigne un format particulier d'article examiné par des pairs, enregistré avant le début de la collecte de données ou de l'analyse des données.
« Ce format est conçu pour récompenser les meilleures pratiques dans l’adhésion au modèle hypothético-déductif de la méthode scientifique »[2] ; il est souvent considéré comme la référence en termes de recherche scientifique confirmatoire, rigoureuse et transparente, et basée sur la preuve scientifique[3], car elle vise à limiter certains biais, à favoriser la reproductibilité et la réplicabilité des résultats, et à empêcher les pratiques scientifiques douteuses (dont : le manque de puissance statistique, une communication sélective des résultats ou encore une « flexibilité analytique » non divulguée[4]), « tout en permettant une totale souplesse pour rapporter des résultats fortuits »[2] ; et - comme le rappelle un éditorial de la Revue Nature (février 2024) - elle « modifie les incitations fondamentales menant à la publication, en mettant l'accent sur l'importance de la question de recherche et la rigueur de la méthodologie »[5].
Selon la définition du Center for Open Science, l'expression « rapport enregistré » désigne « un format de publication qui met l'accent sur l'importance de la question de recherche et la qualité de la méthodologie en procédant à un examen par les pairs avant la collecte des données. Les protocoles de haute qualité sont ensuite provisoirement acceptés pour publication si les auteurs suivent la méthodologie enregistrée »[2].
Ce format est publié en deux étapes :
- pré-enregistrement : avant le début de la recherche proprement dite : un premier article décrit le protocole scientifique associé à l'hypothèse et à son contexte ; ce pré-enregistrement aide à notamment à identifier et à réduire ou supprimer certaines pratiques de recherche potentiellement problématiques, notamment le p-hacking, le biais de publication, le dragage de données et la formulation des hypothèses a posteriori (HARKing). Selon Daniel Simons[6], « les rapports enregistrés éliminent le biais contre les résultats négatifs dans la publication, car les résultats ne sont pas connus au moment de l'examen »[2].
- publication : après l'obtention des résultats : un second article présente et discute les résultats, et formule des conclusions, qui pourront elles-mêmes alors être discutées par d'autres.
« comme l'étude est acceptée à l'avance, les auteurs sont incités à passer de la production de la plus belle histoire à la plus précise » explique Chris Chambers[7].
Histoire
L'histoire des études au protocole préalablement publié (ou "enregistré) remonte à un passé ancien[8].
Mais il faut attendre les années 2010, pour que ce concept se concrétise formellement. Pour faire face à certains types de biais (notamment dans les méta-analyses)[9] et/ou de fraude scientifique, ce nouveau format de publication a gagné en importance, d'abord et notamment dans la communauté scientifique ouverte ; comme solution potentielle à certains des problèmes connus pour sous-tendre la crise de réplication.
Cette modalité de recherche a d'abord été introduite dans le domaine des sciences molles où la reproductibilité de la recherche est souvent plus difficile. Selon la revue Nature, elle a été formellement introduite pour la première fois en 2013 dans le domaine de la psychologie et des sciences cognitives en 2013[10]. La psychologie sociale l'a notamment utilisée[11]. Avec le temps, les chercheurs en sciences psychologiques « ont documenté et étudié une foule d'erreurs cognitives puissantes, dont le biais rétrospectif et le biais de confirmation. Les chercheurs eux-mêmes ne sont pas toujours à l'abri de ces erreurs, et ils peuvent involontairement ajuster leur analyse statistique pour produire un résultat plus séduisant ou plus conforme aux attentes antérieures. Pour protéger les chercheurs de l'impact des erreurs cognitives, plusieurs méthodologistes préconisent maintenant le pré-enregistrement »[8].
Le pré-enregistrement est, dans certains domaines ensuite presque devenu une norme. Ce fut par exemple le cas, en quelques années, dans le domaine de la psychologie, puis des sciences cliniques, et c'est « un élément clé des Registered Reports de Chambers, un format de publication indépendant des résultats qui est actuellement proposé par 88 revues, dont Nature Human Behavior »[12].
Au sein de la Revue Nature, dans la famille Nature Portfolio, il a été adopté pour la première fois en 2017 par Nature Human Behaviour[13], avant d'être utilisé par d'autres revues du Portfolio de la Revue Nature. et une première fois en 2024 concernant Nature Climate Change.
Cette approche s'étend à des domaines de recherche dérivés des méthodes de la psychologie et de l'économie et souvent peu fiable car prise en défaut d'un manque de reproductibilité (Rercherche en marketing par exemple)[14].