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Présidence de Boris Eltsine

période historique russe entre 1992 et 1998 From Wikipedia, the free encyclopedia

Cet article sur la présidence de Boris Eltsine relate les principaux événements survenus durant le mandat présidentiel de Boris Eltsine à la tête de la RSFS de Russie puis de la Russie, entre 1992 et 1998.

Boris Eltsine

Les premières difficultés

Eltsine va très vite être confronté à la dure réalité. L'industrie et l'agriculture sont dépassées tant sur le plan de l'organisation que de l'équipement. L'armée est en pleine déliquescence, les institutions, l'administration et la police sont corrompues. Très vite affluent des images de misère. Eltsine va mener durant deux mandats une politique de libéralisation, en privatisant bon nombre d'industries et en opérant une grande décentralisation. Mais à court terme la situation reste difficile, et l'inflation fait fondre l'économie russe. Il y a également un problème de mafias qui met à l'épreuve cette présidence[1].

Crise constitutionnelle de 1993

En 1993, les députés du Soviet suprême sont opposés en majorité à Eltsine et à sa politique. Ce dernier fait alors dissoudre le Soviet suprême en violant ainsi la constitution. Le Parlement destitue Eltsine. La situation dérape, l'opposition s'empare des points clés de Moscou et se retranche dans la Parlement russe. Les forces spéciales interviennent et bombardent le bâtiment puis donnent l'assaut. Le bilan est terrible, le gouvernement ne reconnait que 123 morts mais le chiffre de 1 500 morts est souvent cité[2].

Les gouvernements et médias occidentaux saluent le comportement d'Eltsine dans le déroulement de la crise.

Dans la foulée de cette attaque et des combats de rue, une chasse aux migrants est lancée dans tout Moscou, en particulier contre les Caucasiens, arrêtés en masse. Ces rafles, qui ajoutent à la confusion, concernent vingt-cinq mille personnes[2].

La première guerre de Tchétchénie

L’année 1994 est une année de changement pour la Russie. La crise constitutionnelle de 1993 s’achève par une victoire d’Eltsine en partie grâce à l’intervention de l’armée, le pouvoir du président est renforcé.  Sur le plan national, le pays est divisé avec de nombreux mouvements séparatistes dans les régions dotées d’une forte identité régionale. Si certaines voient leur intégration dans le Russie fédéral comme le Tatarstan qui après plusieurs années de négociations accepte l’autorité russe en échange d’une importante autonomie, d’autre échappe complètement au pouvoir et sont de facto indépendante.

Ainsi, la Tchétchénie est depuis 1992 indépendantes et dirigés par l’ex-général soviétique Doudaïev qui doit faire face à une guerre civile entre plusieurs factions se disputant le pouvoir. Le gouvernement russe estime que le nord du Caucase est dans sa zone d’influence et qu’il doit stabiliser cette région qui lui échappe. En particulier, car plusieurs pipelines permettant l’exportation d’hydrocarbure traversent la région. En , les renseignent russes ainsi que l’armée soutiennent une tentative de coup d’état mené par des tchéchène pro-russe mais l’opération s’achève par la destruction des forces russe-tchéchène ainsi que la capture d’un nombre conséquent de blindé. À la suite de cet échec dont les effets sont minimisés, il est choisi de recourir à une opération militaire afin de « rétablir la constitution » en Tchétchénie[3].

L’armée russe de 1994 est dirigée par le général Pavel Gratchiov qui est un proche ami du président. Il est le premier ministre de la défense de la fédération de Russie (le poste étant occupé par Boris Eltsine lui-même durant plusieurs jours à la création du poste) et c’est démarqué par l’emploi de l’armée durant la crise de 1993. Il est également réputé pour son incompétence et sa corruption, ce qui lui coûtera son poste en durant les négociations entre factions en lien avec les élections de 1996. Par ailleurs, il s'entoure de personnes fidèles envers le président, qui rejette toute forme de critique au sein de son gouvernement. De plus, à cause de la crise économique qui touche le pays, l’armée est très largement sous financés et ne peut plus entretenir son matériel ou formé ses hommes. L’armée est principalement composée de conscrits qui effectuent deux ans de service militaire dans des conditions compliqué. Régulièrement, les officiers ne sont pas payés durant plusieurs mois et doivent revendre une partie de leurs matériels pour survivre contribuant au trafic d’armes. Énormément de matériel et d’unités ont été rapatriés des pays du pacte de Varsovie ou de l’ex-URSS, mais la majorité des unités ne disposent même pas de 50 % des hommes nécessaires pour atteindre leurs effectifs théoriques. Malgré une relative puissance sur le papier du fait de sa masse, l’armée russe de 1994 est une armée démoralisée, sans grand moyen, gangrénée par la corruption et connaissant un nombre important de démissions au sein du corps d'officiers ce qui l’affaiblie plus encore.

Boris Eltsine, qui connaît une chute de sa popularité depuis plusieurs années, voit donc en Tchétchénie le moyen de démontrer sa force et regagné en popularité avec une victoire facile. Mal conseillé par des renseignements sous-estiment les Tchétchènes et un état-major fidèle, mais qui ne remet pas en question les projets du président, Boris Eltsine lance la préparation d’une opération militaire dont les militaires sur place seront mis au courant seulement 15 jours avant son lancement. Cette dernière qui selon ses conseillers ne doit durer que quelques heures et sera similaire aux coups de force de 1956 et 1968. Par ailleurs, la crise de 1993 convainc Eltsine que le recours à la violence peut rapidement résoudre la situation en quelques jours. Une importante force mécanisée occupera les points clé de la ville et mettra fin de facto à toute résistance[3].

L’opération se déroule à l’un des pires moments possibles, le renouvellement des conscrits. En effet, la fin de l’année voit les conscrits ayant effectué leurs deux années de service militaire être renvoyé à la vie civile et être remplacé par une nouvelle tranche de conscrits qui débutent leur formation et ne sont donc pas apte au combat. La situation est telle que lors de l’assaut de nombreux blindé devront être piloté par des officiers faute de pilote suffisamment formé. De plus, à l’annonce de l’opération de nombre d'officiers qui désapprouve son impréparation, démissionne et quitte l’armée ce qui accroît la crise de l’encadrement. De plus, l’armée russe a hérité de l'armée rouge, de la culture du secret au sein des états-majors qui cache à leur supérieur l’état de l’armée et leur erreur. En outre, malgré l'expérience de l'Afghanistan, l’armée est insuffisamment préparée pour une guerre de contre-insurrection. Tous les éléments pour un drame sont en place[3].

Ce sont donc environ 20 000 hommes dont seulement 10 000 combattants qui entrent en Tchétchénie sans grande préparation le . Si dans les premiers jours, les Tchétchènes tentent des affrontements conventionnels à l’aide du matériel capturé aux Russes [4], ces derniers sont repoussés et doivent se replier à Grozny et dans les montagnes. La ville de Grozny se retrouve encerclée et un assaut est prévu au afin que le président puisse parler du succès de l’opération lors de son traditionnel discours du nouvel an. L’état-major estime qu’il s’agit d’une opération qui se déroulera en seulement une journée et sera simple. Pourtant, l’opération est mal préparée, les seules cartes dont disposent l’état-major son ancienne et aucune unité entrant dans la ville en disposent. Ces dernières vont donc tourner en rond durant plusieurs heures dans la ville avant de trouvé leur objectif, le tout sous le feu des combattants tchétchènes auquel la population civile s'est jointe. L’assaut russe a eu en effet à unir les différentes factions tchétchènes contre les Russes. L’assaut est un échec, en quelques heures, plusieurs unités russes sont entièrement anéanties et les pertes s’accumulent[5]. L’opération qui devait durer qu’une poignée se transforme rapidement en l’une des plus violentes batailles urbaines de l’histoire et va durer jusqu'en mars avec la réduction des dernières poche de résistance en mai[6]. La bataille du palais présidentielle de Grozny devient le symbole de l'acharnement des deux belligérants dans cette guerre. Les Russes qui n’arrivent qu’à contrôler une infime partie du territoire sont obligés de mobiliser des unités dépendant du ministère de l’intérieur comme l’OMON et des policiers. L’effectif en Tchétchénie se monte jusqu’à 70 000 hommes malgré un fort taux de désertion. Le conflit s’enlise et voit les Russes recourir à des bombardements aveugles et à des massacres à l’encontre des populations civiles.

Les Tchétchènes ont quant à eux recours à l’exportation de la guerre hors Tchétchénie via des attaques terroristes et prises d'otage qui touche toute la Russie comme à Boudionnovsk, Kizlar ou même en pleine mer. L’impopularité de la guerre et l’enlisement du conflit (les Tchétchène reprennent Grozny en aout à la suite de plusieurs batailles) pousse la Russie à signer un accord de paix avec les Tchétchène et se retire de la Tchétchénie. Le bilan humain est effroyable, la Russie y perd de nombreux hommes, dont une majorité de conscrits. Le chiffre des pertes est compliqué à estimer, le gouvernement russe ne reconnaît la perte que d’environ 5 000 hommes (disparus compris) mais d’autres sources comme le comité de mères de soldats de Russie estime que les pertes russes sont supérieures à 10 000 hommes. Quant aux Tchétchènes, leurs pertes sont estimées à au moins 80 000 personnes, dont une très large majorité de civils. Eltsine en sort affaibli et manque de peu de perdre les élections de 1996[3].

Crise économique et régression sociale

Il décide de démanteler rapidement l’économie soviétique planifiée et procède pour cela dès 1992 à une privatisation massive des actifs publics. Ces privatisations ont permis de créer une nouvelle classe d’oligarques ayant acquis des parts importantes de l’infrastructure productrice de l’Union soviétique à très bas prix. En 1995, le président russe cède des entreprises entières à des hommes d'affaires de son choix en échange de la promesse de contribuer à sa réélection en 1996[7].

D'après l'Unicef, la proportion d'enfants vivant dans la pauvreté en 1997 dépasse les 75 %[8]. Selon la Banque mondiale, le cœfficient de Gini — mesurant les inégalités — grimpe 0,24 en 1988 à 0,48 en 1993[9].

Le gouvernement bénéficie du soutien Fonds monétaire international, dont le directeur, Michel Camdessus, se montre particulièrement accommodant, ainsi que du Club de Paris et de la Banque mondiale, qui multiplient les prêts et les mesures de rééchelonnement de la dette extérieure. En 1998, les dettes de la Russie sont écrasantes et l'État est incapable de les rembourser, il décide donc de stopper le remboursement. Ce refus de rembourser les dettes entraînent un manque de confiance des investisseurs, qui préfèrent aller ailleurs. Le traumatisme est terrible, et encore aujourd'hui, la Russie ne s'en est pas complètement remise. Le nombreuses banques du pays font faillite, c'est la course aux liquidités.

La corruption et le règne des mafias

Lors des privatisations menées par Eltsine, des entreprises publiques ont été revendues pour des bouchées de pain. De nombreux oligarques vont en profiter en les rachetant puis en les revendant encore plus cher et ainsi s'enrichir. La mafia, peu présente au temps de l'Union Soviétique, impose sa présence durant la période Eltsine. Eltsine comprend vite, qu'il a hérité aussi de la corruption des administrations, des institutions et de la police, ce qui rend encore plus difficile la lutte contre la mafia. Les rares opposants à la mafia sont souvent assassinés, parfois en plein jour. Devant l'impuissance de l'État à faire régner l'ordre, les mafias ont les mains libres[1].

Fin de mandat

Réélu pour la deuxième fois en 1996, le dernier mandat de Eltsine est insupportable[non neutre]. La situation est chaotique, la pauvreté et la misère sont partout présentes[non neutre], la classe moyenne a été anéantie, le problème tchétchène n'est pas résolu, sa cote de popularité est au plus bas. Épuisé tant physiquement que moralement, Eltsine démissionne, au profit de Vladimir Poutine. Un chapitre difficile de l'histoire russe se termine et un nouveau va s'ouvrir.

Références

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