En même temps que l’École moderne (inaugurée en septembre 1901), Francesc Ferrer i Guàrdia avait projeté la création d’une maison d’édition qui pourrait procurer au nouveau centre éducatif des manuels scolaires et des matériels didactiques conformes à sa ligne pédagogique libertaire, rationaliste et laïque[1]. Cette même année, Publicaciones de La Escuela Moderna a préparé et imprimé le Compendio de Historia Universal de Clemencia Jacquinet (la première directrice de l'école), œuvre inaugurale de la firme[2].
Bientôt seraient édités des œuvres pour apprendre à lire et à écrire (Cartilla filológica española, 1903; Compendio razonado de gramática española, 1905; Correspondencia escolar, 1905), des manuels de géographie, de sciences naturelles, d'arithmétique ou de langue française, ainsi que quelques titres publiés comme livres de lecture, comme par exemple le récit anti-guerre El infierno del soldado (1906), de Juan de la Hire, le roman à succès Sembrando flores (1906), de Federico Urales[3], et quelques pièces de théâtre social telles que Las Tenazas (1904), de Paul Hervieu, ou Floreal (1906), de Jean Pierre Chardon[4].
À cette étape, les œuvres sur le syndicalisme révolutionnaire de la Biblioteca de la Huelga General (1901-1904), dirigée par Ignacio Clarià, ont été intégrées dans le fond de Publicaciones de La Escuela Moderna. Bien que l'École moderne ait été fermée par les autorités en 1906, suite à l'implication d'un de ses professeurs dans un attentat manqué contre Alphonse XIII, la maison d'édition a poursuivi son activité avec plusieurs publications, certaines de style pamphlétaire, comme ABC sindicalista (1908), de Georges Yvetot[3].
Après l'exécution en 1909 de Ferrer i Guàrdia, accusé sans fondement d'avoir fomenté les émeutes de la Semaine tragique (juillet 1909), son ami Lorenzo Portet, à qui Ferrer i Guàrdia avait légué l'entreprise, a assumé la direction de la maison d'édition. Durant cette deuxième étape (1909-1920), certaines œuvres du fondateur ont été publiées à titre posthume, parmi lesquelles il est à noter La Escuela Moderna (1912), traduite en de nombreuses langues[1].
Il faut également mentionner Evolución proletaria (1915), d'Anselmo Lorenzo, Montjuich (1917), d'Ignasi Bó i Singla et, tout particulièrement, une nouvelle collection: Los grandes pensadores (1915-1919); des titres comme Creación y evolución, d'Herbert Spencer, El socialismo, de Jean Jaurès, El utilitarismo, de John Stuart Mill, Miscelánea filosófica, de Voltaire, ou Las classes jornaleras, de Francesc Pi i Maragall, donnent une idée de la variété des œuvres de pensée qui y ont été publiées[5]. Vers 1920, trois ans après la mort de Lorenzo Portet, sa veuve a vendu la propriété à Casa Maucci, une maison d'édition commerciale qui a republié la collection Los grandes pensadores et une partie importante du fond, ajoutée au catalogue de Maucci sous la rubrique Publicaciones de Cultura y Enseñanza[1].