Pyrame et Thisbé

couple tragique de la mythologie grecque From Wikipedia, the free encyclopedia

Pyrame et Thisbé (en grec ancien Πύραμος καὶ Θίσϐη / Púramos kaì Thísbê) sont deux amants légendaires de la mythologie grecque et romaine. Leur histoire, issue de la matière orientale, est à l'intersection du mythe et du romanesque.

Pyrame et Thisbé sur une mosaïque romaine à Paphos (Chypre).

Mythe

Origines

Pyrame et Thisbé représentés comme des divinités des eaux douces sur une mosaïque romaine d'Antioche.

La version d'Ovide, publiée en 8 ap. J.-C., est la plus complète qui nous soit parvenue mais il s'agit d'une adaptation d'un mythe étiologique existant. En effet, dans le récit d'Ovide, Pyrame et Thisbé vivaient à Babylone et Ctésias avait placé le tombeau de son roi imaginaire, Ninus, près de cette ville. Cependant, le mythe trouve probablement son origine en Cilicie (qui faisait partie de l'empire babylonien de Ninus), car Pyramos (Pyrame) est le nom grec historique du fleuve Ceyhan, cette attestation toponymique semble montrer que cette version de la légende remonte à une tradition plus ancienne et mieux établie que celle donnée par Ovide. Dans cette autre version situant la scène en Cilicie, Thisbé se suicide la première lorsqu'elle se découvre enceinte (par peur de ses parents), suivie par Pyrame ; les deux amants sont ensuite métamorphosés, Pyrame en fleuve et Thisbé en une source voisine. Une mosaïque du IIe siècle, mise au jour près de Néa Paphos à Chypre, représente cette version plus ancienne du mythe[1]. Cette version alternative figure également dans les Progymnasmata, une œuvre de Nicolas Sophiste, sophiste et rhéteur grec du Ve siècle ap. J.-C.[2],[3]

La version d'Ovide semble avoir été inspirée par un genre antérieur d'histoires d'amour tragiques grecques dans lesquelles une femme est tuée accidentellement ou indirectement par un homme, et à la suite de cela, il meurt ou se suicide de chagrin ; de tels exemples incluent Anthippe et Cichyrus et Cyanippus et Leucone[4].

Nonnos de Panopolis (début du Ve siècle)

Pyrame et Thisbé sont cités par le dieu fleuve Alphée dans le chant VI des Dionysiaques de Nonnos de Panopolis. Ce chant raconte le déluge universel provoqué par Jupiter à la suite de la mise à mort de Zagreus (ou Zagrée), personnage orphique dont Dionysos est la réincarnation :

« Ô Nil, que vais-je devenir quand Aréthuse m'est cachée? Ô Pyrame, pourquoi te hâter ? A qui donc as-tu laissé Thisbé, ta compagne? Heureux l'Euphrate qui n'éprouva jamais la passion de l'amour ! Pour moi, je tremble et suis jaloux à la fois ! Peut-être en ce moment Jupiter a pris la forme de l'onde et se confond avec mon aimable Aréthuse. Redoute le même sort pour ta Thisbé. Hélas ! Pyrame sert de consolation à Alphée ; et tous les deux cependant, nous souffrons moins de la pluie de Jupiter que du trait de Vénus. Ami, suis-moi ; pendant que je chercherai les traces de ma Syracusaine Aréthuse, toi, Pyrame, tu chercheras Thisbé[5]. »

Hygin (-67 à +17)

Les noms de Pyrame et Thisbé sont mentionnés également par Hygin, qui rapporte simplement leur double suicide.

Ovide (-43 à +17/18)

Ovide, dans ses Métamorphoses, décrit une version complète de leur légende en développant : Pyrame et Thisbé sont deux jeunes Babyloniens. Ils projettent de se retrouver une nuit en dehors de la ville, sous un mûrier blanc. Thisbé arrive la première, mais la vue d'une lionne à la gueule ensanglantée la fait fuir ; son voile lui échappe et il est déchiré par la lionne qui le souille de sang. Lorsque Pyrame arrive, il découvre le voile et les empreintes du fauve : croyant que Thisbé en a été victime, il se suicide, son sang éclaboussant les mûres blanches. Thisbé, revenant près du mûrier, découvre le corps de son amant et préfère se suicider à sa suite[6].

« Ô vous, parents trop malheureux ! Vous, mon père, et vous qui fûtes le sien, écoutez ma dernière prière ! Ne refusez pas un même tombeau à ceux qu'un même amour, un même trépas a voulu réunir ! Et toi, arbre fatal, qui de ton ombre couvres le corps de Pyrame, et vas bientôt couvrir le mien, conserve l'empreinte de notre sang ! Porte désormais des fruits symboles de douleur et de larmes, sanglant témoignage du double sacrifice de deux amants ! »

 Ovide (traduction. G. T. Villenave).

C'est de là que viendrait la couleur rouge des mûres d'après Ovide. De fait, dans la tradition latine, le terme de Pyramea arbor (« arbre de Pyrame ») était parfois utilisé pour désigner le mûrier. Depuis, la mûre symbolise les différentes phases de l'amour jusqu'à la passion dévastatrice puisque le fruit passe du blanc au rouge, puis au noir, lors des phases du mûrissement[7].

Évocations artistiques

John William Waterhouse, Thisbé, 1909, collection privée. Thisbé écoute Pyrame qui lui parle à travers la faille du mur.

La légende de Pyrame et Thisbé a inspiré de nombreuses œuvres.

Au XIIe siècle, cette histoire est retranscrite dans un poème, adaptation française du récit de Pyrame et Thisbé d'après les Métamorphoses d'Ovide et dont il reste plusieurs manuscrits[8]. Cette œuvre a été éditée en 1921 :

  • Cornelis de Boer (Éditeur scientifique), Piramus et Tisbé : poème du XIIe siècle, Paris, H. Champion, coll. « Les classiques français du Moyen âge » (no 26), , In-16, XII-55 p. (BNF 33559032). Réédité en 1968 sous le titre Pyrame et Thisbé : texte normand du XIIe siècle, Wiesbaden.

La plus célèbre adaptation est sans doute Roméo et Juliette de William Shakespeare (1595), inspiré de Giuletta e Romeo de Luigi da Porto, qui reprend librement l'intrigue de Pyrame et Thisbé. Shakespeare a également utilisé ce thème dans Le Songe d'une nuit d'été, où il est joué dans une version parodique pour le mariage de Thésée, duc d'Athènes, et Hippolyte, reine des Amazones.

Au XVIIe siècle, plusieurs tragédies françaises ont été composées sur le thème des amants malheureux, notamment par Jean Puget de La Serre, Pradon, et surtout Théophile de Viau avec Les Amours tragiques de Pyrame et Thisbé (1621), très appréciée en son temps.

Le chapitre 51 du Comte de Monte-Cristo d'Alexandre Dumas qui met en scène Maximilien Morrel et Valentine de Villefort s'intitule Pyrame et Thysbée.

En 1897, Edmond Rostand fait dire à son Cyrano de Bergerac dans la fameuse tirade du nez (acte I, scène 4) :

« Enfin parodiant Pyrame en un sanglot :
“Le voilà donc ce nez qui des traits de son maître
A détruit l'harmonie ! Il en rougit, le traître !” »

en référence à l'extrait de la tirade de Thisbé lors de la mort de son amant dans la pièce de Théophile de Viau :

« Ah voici le poignard qui du sang de son maître
S'est souillé lâchement. Il en rougit, le traître ! »

Elle inspira également des cantates et des opéras :

Dans son roman Une vie, Maupassant fait référence à la légende de Pyrame et Thisbé qui est représentée sur la tapisserie de la chambre de Jeanne, et qui contribue à forger le caractère romantique de cette héroïne qui rêve d'un amour absolu et éternel, comme celui de Pyrame et Thisbé :

« Alors elle reconnut les malheurs de Pyrame et Thysbé ; et, quoiqu'elle sourît de la simplicité des dessins, elle se sentit heureuse d'être enfermée dans cette aventure d'amour qui parlerait sans cesse à sa pensée des espoirs chéris, et ferait planer, chaque nuit, sur son sommeil, cette tendresse antique et légendaire[10]. »

Paysage orageux avec Pyrame et Thisbé, de Nicolas Poussin (1651).

Et des tableaux :

Mise en musique

Télévision

Sources

Notes et références

Voir aussi

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