Père et Fils, étude de deux tempéraments
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| Père et Fils. Étude de Deux Tempéraments | |
Philip Henry Gosse avec son fils en 1857 | |
| Auteur | Edmund Gosse |
|---|---|
| Pays | |
| Genre | Récit essentiellement autobiographique |
| Version originale | |
| Langue | Anglais britannique |
| Titre | Father and Son, a Study in Two Temperaments |
| Éditeur | William Heinemann |
| Lieu de parution | Londres |
| Date de parution | 1907 |
| Version française | |
| Traducteur | Auguste Monod et Henry-D. Davray |
| Éditeur | Mercure de France |
| Lieu de parution | Paris |
| Date de parution | 1912, réédition en 1973 |
| Nombre de pages | 372 |
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Père et Fils, étude de deux tempéraments (en anglais Father and Son, a Study in Two Temperaments) est un récit de caractère autobiographique publié en 1907 par le romancier, traducteur, poète et critique britannique Edmund Gosse. Il concerne l'enfance et l'adolescence de l'auteur auprès d'un père, Philip Henry Gosse, 1810-1888, savant naturaliste, spécialiste de biologie marine, et aussi membre fanatique de l'église évangélique des Plymouth Brethren. La première édition reste anonyme, mais celles qui suivent sont signées, vingt années ayant passé depuis la mort du Père.
L'ouvrage semble relever d’un genre hybride : s'agit-il d'une autobiographie, alors que l'auteur, assez tard dans son récit, prétend le contraire ? La chronologie reste irrégulière et discontinue, d'abord précise au jour près, puis avec des jalons de plus en plus épars et des périodes temporelles brusquement condensées. Dès la préface, le respect de la vérité est proclamé, loin de la fiction, à valeur documentaire, se réclamant de la plus stricte rigueur, affirmations que l'analyse sera conduite à quelque peu nuancer.
Pour autant, les deux protagonistes se retrouvent strictement sur le même plan — le titre est révélateur, la conjonction de coordination supprimant toute hiérarchie —, et se pose alors la question de savoir s’il ne s’agit pas également d’une biographie du Père, encore qu’à nouveau l'auteur s'en défende.
Enfin, événements, souvenirs, anecdotes sont analysés, commentés, évalués, le récit apportant avec lui sa propre critique et le lecteur se voyant constamment guidé, sans réelle marge d'appréciation personnelle.
Point nodal du livre, au chapitre V, le Fils conte la tentative du Père pour justifier la création selon la Genèse, face aux certitudes de plus en plus affirmées de la science. Le savant se raccroche à la théorie dite de l'« omphalos », prétendant concilier la Bible avec la géologie et la paléontologie. Le jeune fils prend alors conscience du gouffre de leur divergence, confirmée dans l'hilarité générale lorsque Philip Gosse publie son traité en 1857, deux ans avant L'Origine des espèces (1859) qui, d'ailleurs, lui donne le coup de grâce.
Père et Fils présente une ordonnance narrative savamment orchestrée, où le fonctionnement de la mémoire, souvent analysé par l'auteur lui-même, révèle des procédés qui se sont trouvés ensuite théorisés. Enfin, aussi bien la langue que le style présentent des caractéristiques précises, où dominent l'humour, la clarté et aussi la poésie.
Même si Virginia Woolf pense que l'éducation d'Edmund Gosse a nui à sa carrière et a dominé toute sa personnalité, le livre n'est pas amer : à la fois rude et tendre, il laisse l'impression qu'avec le temps, les interdits, les sévérités ont perdu de leur acuité et de leur emprise sur l'auteur qui, ainsi, a réussi sa libération.
Dette à George Moore et iconoclastie

Edmund Gosse a publié plusieurs autobiographies avant 1907, celles de son propre père[1], de John Gay, John Donne, Jeremy Taylor, Sir Thomas Browne, ouvrages de type plutôt universitaire[2]. Père et Fils relève d'un tout autre genre, à la fois autobiographie et biographie, sans précédent ni modèle en littérature, mis à part les deux livres du pseudo Mark Rutherford, L'Autobiographie de Mark Rutherford[3] et La Délivrance de Mark Rutherford[4], autrement dit William Hale White (1831-1913)[2].
En réalité, l'origine de Père et Fils est due à l'écrivain George Moore qui, au cours des années 1890, ayant lu la biographie que Gosse avait consacrée à Philip Henry Gosse, ressent soudain l'intuition qu'une étude de type psychologique relatant la vie du Fils au contact du Père dans le contexte puritain des Frères de Plymouth, « ferait une grande histoire »[CCom 1]. Après de nombreuses hésitations — il craignait surtout de blesser certaines personnes toujours en vie — et beaucoup d'encouragement, Gosse se décide et demande conseil à Moore sur le mode de narration : « Pas une biographie, dis-je, à la première personne – Vous avez raison, répondit-il, cela résout la principale difficulté qui me taraudait »[CCom 2],[5].
Gosse a lui-même écrit en 1918 dans un essai sur Lytton Strachey (Eminent Victorians) : « chez nous, on s'est toujours complu à voir défigurer les statues »[CCom 3][6]. À première lecture, Il semble s'être livré au même procédé iconoclaste, ce qui n'a pas manqué de surprendre[2]. Le critique du Times Literary Supplement, par exemple, se demande « s'il est opportun de révéler, pour le seul amusement et l'édification du public, les faiblesses et les contradictions d'une personne pétrie de bonté qui s'avère être son propre père »[CCom 4],[2].
Une autre critique a été que la figure du Père peut paraître plus attrayante que celle du Fils[7], jugement qui ne saurait que plaire à Gosse, car il correspond exactement à ce qu'il a toujours voulu faire : dans une lettre à son ami David Lloyd écrite en 1924, il rappelle que son livre est « un monument à la mémoire de cet homme remarquable que fut mon Père »[C 1],[8].
Accueil en Europe et en Amérique
Abbs fait remarquer que le livre a été mieux reçu aux États-Unis qu'en Angleterre, car outre-Atlantique à l'Époque victorienne, le sens des convenances et la démarcation entre les domaines privé et public sont moins tranchés qu’en Grande-Bretagne : il n'y est pas inconvenant de révéler les tensions entre générations au sein de la famille, même si elles concernent l'émancipation d'un fils rebelle à l'autorité d'un père tout-puissant[réf. nécessaire]. D'ailleurs, plusieurs auteurs l'ont fait savoir à Gosse, le shakespearien Howard Furness[9] par exemple, ou encore William Howells[10] qui lui adressent des louanges telles qu'il n'en a jamais reçues chez lui[11].
D'emblée, l'ouvrage connaît le succès et cinq parutions se suivent les unes après les autres en l'espace d'une année, et, depuis sa publication en 1907, il est constamment réédité. Traduit dans de nombreuses langues, il reçoit en 1913 le grand prix de l'Académie française. D'après Bernard Shaw, « c'est un fait reconnu et il semble raisonnable de penser que [l'ouvrage] a acquis une place permanente parmi les classiques du XXe siècle »[CCom 5],[12]. De même, Ezra Pound, au sein d'un article ravageur sur l'auteur, concède : « Gosse a écrit un excellent livre, c'est Père et Fils »[CCom 6],[13].
Critique
L'une des plus pertinentes critiques[11] émane de Harold Nicolson, publiée en 1927, soit un an avant la mort de Gosse : « l'auteur a su combiner un maximum d'intérêt scientifique avec un maximum de forme littéraire »[CCom 7],[14]. Nicholson souligne également le courage déployé par Gosse pour aborder le sujet et le rendre public, ce qui explique que l'anonymat ne soit levé qu'à la quatrième édition, remarque reprise par Evan Charteris en 1931 : « Ceux qui blâme Père et Fils pour avoir fait fi du respect et de la pudeur se rendront compte de […] la patiente indulgence dont Gosse a fait preuve et à quel point il a exercé de la retenue. […] Peu de gens ont suivi le cinquième commandement aussi fidèlement que lui »[CCom 8],[N 1],[15].
Dans l'ensemble, cependant, Père et Fils n'a pas vraiment bénéficié d'analyses exhaustives, étant le plus souvent relégué à des remarques incidentes : quelques avancées seulement, l'essai mordant de Virginia Woolf dans le quatrième volume de ses Recueils d'essais (Collected Essays)[16] ou encore les développements de David Grylls dans Guardian and Angels[17]. La source principale d'information revient à Evan Charteris (1831) dont l'ouvrage se complète par le rendu d'une conférence donnée par Gosse lors de son voyage en Amérique de 1884 qui éclaire les relations littéraires de l'époque entre les deux continents[18]. Dans les années 1920, Gosse se trouve au centre d'une galaxie de célébrités, Henry James, Herbert Spencer, en particulier André Gide, etc. avec lequel il échange une vaste correspondance[19], mais en 1940, versé dans le bellettrisme[18], il est tombé dans l'oubli, et seul Père et Fils surnage mollement, quelque peu délaissé[18].

