Pérovskite (structure)

structure cristalline d'oxydes de formule ABO3 From Wikipedia, the free encyclopedia

La pérovskite, du nom du minéralogiste russe L. A. Perovski, est une structure cristalline commune à de nombreux oxydes. Ce nom a d'abord désigné le titanate de calcium de formule CaTiO3, avant d'être étendu à l'ensemble des oxydes de formule générale ABO3 présentant la même structure. Les pérovskites présentent un grand intérêt en raison de la très grande variété de propriétés que présentent ces matériaux selon le choix des éléments A et B : ferroélasticité (par exemple SrTiO3), ferroélectricité (par exemple BaTiO3), antiferroélectricité (par exemple PbZrO3), ferromagnétisme (par exemple YTiO3), antiferromagnétisme (LaTiO3), etc.

Faits en bref
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Pérovskite comme structure cristalline

Pérovskite idéale cubique

Exemple de structure pérovskite cubique : BaTiO3 à haute température[1].

La structure pérovskite de plus haute symétrie est une structure de symétrie cubique. C'est par exemple la structure du titanate de baryum BaTiO3 à haute température (voir figure ci-contre).

Dans la structure pérovskite cubique, les anions (ici O2−) forment un réseau d'octaèdres liés par leurs sommets. Le centre de chaque octaèdre est appelé site B. Il est occupé par un cation, dans cet exemple Ti4+. Le cation B présentera donc une coordinence 6. Les espaces entre les octaèdres sont des cuboctaèdres dont le centre constitue le site A. La coordinence des cations A est 12, en effet ils se trouvent sur un site à environnement anticuboctaédrique d'oxygène (le baryum dans la figure).

Pérovskites de plus basses symétries

Les pérovskites s'écartent souvent de cette structure cubique idéale. Cela est possible de plusieurs manières :

  • distorsion de l'ensemble de la maille, par exemple, un allongement dans une direction cristallographique particulière ;
  • décalage de l'ion A du centre du cuboctaèdre, ou de l'ion B du centre de l'octaèdre ;
  • rotation des octaèdres autour d'un axe ;
  • déformation des octaèdres.

De la sorte, les pérovskites peuvent présenter une grande variété de symétries différentes.

Facteur de tolérance de Goldschmidt

La flexibilité de la structure pérovskite se prête à une grande variété de substitutions, selon le choix des atomes sur les sites A et B. Particulièrement la relation entre les longueurs des sous-réseaux A et B joue un rôle important dans la détermination des propriétés de ces matériaux. Cette relation est souvent caractérisée par le facteur de tolérance de Goldschmidt, t. Dans la structure idéale, où les atomes se touchent les uns les autres, la distance B-O est égale à (où a désigne le paramètre de la maille cubique), tandis que la distance A-O est , donnant lieu à cette relation entre les rayons ioniques . Cette égalité n'est cependant pas exactement obéie dans les composés ABO3. Le facteur de tolérance de Goldschmidt mesure la déviation par rapport à la situation idéale d'empilement compact des atomes et permet d'avoir une idée de la stabilité de la structure pérovskite en fonction des rayons des ions A, B et O :

.

Une liste d’ions qui forment la plupart des pérovskites, avec leurs rayons ioniques, est donnée dans le Tableau 1 et le Tableau 2 présente quelques pérovskites et leurs facteurs de tolérance.

Expérimentalement, la structure pérovskite est stable pour 0,88 < t < 1,10 ce qui permet une grande variété de substitutions sur les sites A et B et par conséquent l'existence d'un grand nombre de composés ayant cette structure. Selon la valeur de t, on observe des modifications structurales plus ou moins importantes par rapport à la structure prototype cubique. Pour un empilement parfait de sphères, on a donc un diélectrique sans polarisation, comme BaZrO3. Le facteur t s'écarte de 1 quand les ions sont trop gros ou trop petits pour réaliser un empilement parfait. Plus la valeur du facteur de Goldschmidt s'éloigne de 1, plus la maille est déformée.

Si la limite est dépassée, la structure pérovskite 3D n’est plus stable et on obtient des phases en couches de type LiNbO3. Le relâchement des contraintes impose des distorsions du réseau notamment des rotations des octaèdres BO6, que l’on nommera par la suite par le mot anglais tilting. Les octaèdres BO6 tournent autour des axes cristallographiques de plus haute symétrie afin de diminuer les contraintes. Des études structurales détaillées sur un très grand nombre de composés pérovskites ont été réalisées d’abord par A.M. Glazer [2],[3] puis par P. Woodward [4],[5]. Ces auteurs ont notamment caractérisé et classifié les directions des tiltings possibles selon une nomenclature qui tient compte du nombre d’axes de rotation des octaèdres. Il existe deux types de brisure de symétrie. Celle-ci peut être induite soit par une modification des directions du tilting des octaèdres BO6 soit par un déplacement des cations comme dans le cas des composés à transition ferroélectrique.

Les transitions de phase des pérovskites lorsque la température varie sont bien connues. On peut citer le cas d’école BaTiO3 qui est cubique à haute température et qui devient successivement quadratique puis orthorhombique et enfin rhomboédrique lorsque la température diminue [6].

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Tableau 1. Les cations les plus communs qui forment les oxydes de structure pérovskite et leurs rayons ioniques Ref. [9] :  : Coordination 7 ;  : Coordination 8.
Site du cation A Rayon ionique (A°) pour O2−[7] Site du cation B Rayon ionique (A°) pour O2−[8]
Bi3+ 1,11 Ti4+ 0,605
Na+ 1,32 Nb5+ 0,64
Ca2+ 1,35 Fe3+ 0,645
Sr2+ 1,44 Ta5+ 0,68
Pb2+ 1,49 Zr4+ 0,72
Ba2+ 1,6 Sc3+ 0,73
K+ 1,6 Pb4+ 0,775
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Davantage d’informations Facteur de tolérance ...
Tableau 2. Quelques composés pérovskites et leurs facteurs de tolérance (calculés selon la référence [9]).
Oxyde pérovskite Facteur de tolérance
BiScO3 0,874
BiFeO3 0,913
SrZrO3 0,942
PbZrO3 0,943
CaTiO3 0,946
NaNbO3 0,972
PbTiO3 1,001
SrTiO3 1,001
BaTiO3 1,063
KTaO3 1,085
KNbO3 1,090
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Pérovskite silicatée

La pérovskite silicatée est le minéral majeur du manteau inférieur[10].

Cristallochimie de la pérovskite Al-(Mg,Fe)SiO3

La pérovskite magnésienne et alumineuse, Al-(Mg,Fe)SiO3, apparaît dans le manteau inférieur à des profondeurs supérieures à 670 km. Ce minéral représente plus de 80 % en poids du manteau inférieur, ce qui en fait la phase la plus abondante de notre planète.

Trois phases pérovskites de compositions chimiques distinctes sont susceptibles d'apparaître dans le manteau inférieur : les composés (Mg,Fe)SiO3, Al-(Mg,Fe)SiO3 et CaSiO3. La diffusion atomique permettra aux deux premiers composés de réagir entre eux pour n'en former qu'un, après un certain délai de résidence dans le manteau.

La pérovskite (Mg,Fe)SiO3 adopte une symétrie orthorhombique dans une large gamme de pression, de température et de composition chimique. Cette phase s'appelle la bridgmanite. La phase CaSiO3 est, quant à elle, de symétrie cubique.

Propriétés de la pérovskite Al-(Mg,Fe)SiO3

Son équation d'état définit en particulier sa densité à toutes les conditions de pression et de températures régnant dans le manteau inférieur. Avec un module d'incompressibilité, K0, d'environ 260 GPa, la pérovskite MgSiO3 est un des minéraux les plus incompressibles.

La présence de fer induit une faible augmentation du volume de maille de la pérovskite Al-(Mg,Fe)SiO3, une augmentation de la masse molaire, et donc de la densité, sans modifier significativement les paramètres élastiques de la structure. L'effet de l'aluminium est plus subtil et reste controversé.

L'oxygène semble être l'espèce atomique qui diffuse le plus rapidement dans la phase pérovskite, bien plus facilement que le silicium et l'aluminium.

Stabilité de la pérovskite Al-(Mg,Fe)SiO3 à la base du manteau

Les études expérimentales de compressibilité montrent que la distorsion de la phase Al-(Mg,Fe)SiO3 pérovskite augmente régulièrement avec la profondeur. Ceci est dû à une compression plus importante de la cage perovskite (et non le site dodécaédrique qui est une figure à 15 côtés formée de pentagones) (Mg,Fe)O12 par rapport au site octaédrique SiO6. Pour des pressions supérieures à 100 GPa, un autre arrangement dit post-pérovskite, de structure CaIrO3, apparaît.

Cette transformation se produit à proximité de la frontière entre le noyau et le manteau et certaines anomalies sismiques observées dans la couche D″ à la base du manteau pourraient être expliquées par cette transition et par les propriétés spécifiques de cette phase postpérovskite.

Voir l'article Modèle PREM

Applications

Les pérovskites trouvent une large application dans l’électronique moderne en raison de leur forte permittivité diélectrique, de leur coefficient piézoélectrique élevé [11],[12], de leur ferroélectricité [13],[14], de leur semi-conductivité [15], de leur activité catalytique [16] et de leur thermoélectricité [17].

Ces propriétés se prêtent à de nombreuses applications technologiques dont les guides d’ondes optiques, les sondes à oxygène à haute température, les dispositifs d'onde acoustique de surface, les mémoires dynamiques à accès sélectif, les doubleurs de fréquence, les matériaux piézoélectriques déclencheurs et les condensateurs high-K [18],[19]. Dans le domaine de l’optoélectronique, une utilisation en tant que diélectrique pour la fabrication des condensateurs multicouches, des thermistances, des transducteurs, et aussi en tant que capacité intégrée dans le circuit CMOS (Complementary Metal Oxyde Semiconductor) pour gagner en compacité dans les téléphones mobiles, les microsystèmes résonants pour scanners optiques, résonateur acoustique pour les communications, capteur infrarouge pour caméras nocturnes ou encore mémoires de stockage non volatiles, mais aussi dans les appareils à microondes, et les manomètres.

Au Japon, un train à sustentation magnétique et des câbles électriques de réseaux de distribution urbains utilisent déjà les propriétés supraconductrices des pérovskites [20]. Ces matériaux très prometteurs trouvent de plus des applications dans les céramiques transparentes, les colorants non polluants PLZT (lead-Lanthanum-Zirconate-Titanate), cellules photovoltaïques où notamment le coût est réduit, également dans les piles à combustible. Les pérovskites avec des possibilités d'utilisation quasi universelles sont appelés les caméléons chimiques.

Ces oxydes à structure pérovskite sont donc des candidats prometteurs dans le développement de nouveaux matériaux ; toutefois avec certaines limitations tel que des courants de fuite élevés, une forte dépendance de la température et de la tension appliquée pour la capacité électronique, une température d'élaboration élevée, généralement supérieure à 400 °C, quelle que soit la technique de dépôt [21].

En 2017, une méthode de caractérisation des propriétés mécaniques des oxydes conducteurs mixtes à structure pérovskite a été publiée[22]. Basée sur la compression diamétrale (évaluée par mesure optique) elle nécessite une étape de "post-traitement" associant la simulation numérique d'essais (sous air, à température ambiante ou à 900 °C) à des outils de corrélation d’images numériques en champ complet, en utilisant l'algorithme de Levenberg-Marquardt[22].

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Utilisations photovoltaïques

Le cristal CH3NH3PbI3 absorbe bien la lumière et a des propriétés (découvertes en 2012) permettant presque d'atteindre les meilleurs rendements de conversion, avec un reccord à 25,7 %[23] et non loin des 26,1 % (record pour le silicium)[23]. La structure pérovskite est donc mise à profit pour fabriquer une nouvelle génération de cellules solaires inorganiques-organiques à haut-rendement de conversion[24], qui gagnent en efficacité (jusqu'à dépasser 22 %) notamment car les porteurs de charge présentent des longueurs de trajet très longues.

Dans la revue Science, Pazos-Outón et al. ont en 2016 montré que ceci permet un recyclage des photons comme il en avait déjà été observé dans les cellules solaires à haut rendement, dopée à l'arséniure de gallium[24].
Des pérovskites hybrides (ex : pérovskites plomb-halogénures) ont émergé comme matériau photovoltaïque hautement performant. L'observation et la cartographie fine de la propagation de la luminescence et de charges photogénérées à partir d'un point de photoexcitation local dans des films minces de plomb pérovskites tri-iodure ont récemment (publication 2016) mis en évidence l'émission de lumière à des distances supérieures ou égales à 50 micromètres[24]. Le transport d'énergie dans le matériau n'est pas limité par le transport de charge diffusante, mais peut se produire sur de longues distances à travers de multiples événements absorption-diffusion-émission. Ce processus crée de fortes densités d'excitation au sein de la couche de pérovskite et permet la production circuit ouvert haute-tension[24].

En 2012, les premières cellules prototypées (par Graetzel et Snaith) ont immédiatement et sans optimisation atteint les meilleures performances parmi les technologies émergentes, mais avec deux défauts ; une mauvaise résistance à l'eau, et une dégradation matérielle rapide et irréversible de leur matériau. Il est apparu que cette dégradation était en partie due à des défauts et grains de la matière utilisée[25]. En améliorant la pureté du cristal, des Américains ont d’abord allongé à une heure environ la durée de vie sans dégradation, observant au passage que cette dégradation diminuait quand la température baissait pour s'interrompre à 0 °C, et qu'elle diminuait également dans certaines configurations de polarisation de la cellule[25]. En 2016, une équipe pluridisciplinaire rennaise (laboratoires ISCR et FOTON, CNRS/Université de Rennes 1/INSA de Rennes) associée à plusieurs équipes américaines a mis en évidence un mécanisme d'autoréparation rapide de ces cellules photovoltaïques quand elles sont placées dans le noir (ou la nuit). Il semble qu'après plusieurs heures d'exposition au soleil, des charges électriques se stockent dans les déformations du réseau cristallin et perturbent le flux perpétuel (à la lumière) des porteurs de charges libres produites par « effet photovoltaïque ». Dans le noir total et en moins de 60 secondes, ces zones se déchargent spontanément, réparant les dégâts induits par le rayonnement solaire[25]. Des « cellules pérovskites » peuvent être produites sous forme d'« encre photovoltaïque » peu coûteuses et pouvant recouvrir de grandes surfaces[25].

En 2018, on espère pouvoir les utiliser pour produire des vitres transparentes produisant de l'électricité, éventuellement en intégrant des concentrateurs solaires dits luminescents dans le verre ; dans le verre, des points quantiques (particules semi-conductrices) pourraient ainsi absorber le rayonnement UV et infrarouge pour la réémettre aux longueurs d'onde utiles pour les cellules solaires classiques[22].

Selon les Solar Cell Efficiency Tables (version 66), un rendement de 34,85 % est rapporté pour une cellule tandem silicium/pérovskite de 1 cm², à deux terminaux, fabriquée par le LONGi Central R&D Institute et mesurée au NREL, battant le résultat antérieur de 34,6 %. La même source donne aussi 33,0 % pour une cellule tandem silicium/pérovskite de bien plus grande surface (261 cm²)[26].

Le CEA, associé à 3SUN, a annoncé une cellule photovoltaïque tandem silicium-pérovskite atteignant un rendement de 30,8 %. L'article rappelle aussi que la pérovskite peut être synthétisée à partir d'éléments comme le plomb, l'étain et un halogène, et que les chercheurs travaillent à des pérovskites sans plomb pour en limiter l'impact environnemental et sanitaire[27].

Utilisation pour la production de lumière

Dans un futur proche, la pérovskite pourrait aussi être utilisée pour produire de la lumière, via diverses sortes de diodes électroluminescentes (DEL) bon marché. En effet des travaux publiés en 2019 montrent que ce cristal peut convertir un flux d'électrons en une lumière dont la pureté de couleur est élevée[28], et ceci avec une efficacité au moins égale à celle des DEL organiques commercialisées et notamment utilisées dans les écrans plats[29].

Des DEL à pérovskite ont ainsi été présentées en 2019[30]. Contrairement aux DEL classiques, leur fabrication n'a pas nécessité de traitement à haute température en chambre à vide. Un simple mélange de leurs composants chimiques en solution à température ambiante, suivi d'un bref traitement thermique pour leur cristallisation, a suffi.

En outre une imprimante 3D dont l'encre contenait les nanofibres de pérovskite ainsi produites, a permis de fabriquer des prototypes d'assemblages de DEL à pérovskite[29]. Ces DEL à pérovskite sont potentiellement utilisables dans des écrans couleur. La couleur de la lumière peut être modifiée par des filtres ou prédéterminée en modifiant la recette chimique de la pérovskite. En 2019 la totalité du spectre des couleurs a pu être recomposée en laboratoire (jusqu’au proche infrarouge)[29].

Sur la période 2014-2019, le rendement de ces nouvelles diodes est passé de 0,76 % des électrons transformés en photons à 20 % pour certaines DEL à pérovskite (grâce à un dopage au plomb par exemple)[31]. Elles sont encore loin d'égaler les meilleures DEL, mais sont porteuses d'espoir[29]. Pour révolutionner l'éclairage et les écrans[29], elles doivent surmonter leur principal défaut (défaut qui affecte aussi les composants photovoltaïques à base de pérovskite) : elles se détruisent beaucoup trop vite ; en moins de 50 heures, alors qu’il faudrait une tenue d’au moins 10 000 heures pour un succès commercial. Ce problème est néanmoins peut-être surmontable, car des progrès rapides ont été constatés dans les années 2010[28], et parce que les premières DEL organiques avaient elles aussi une faible durée de vie ; en outre les cellules photovoltaïques à pérovskite ont pu être améliorées simplement en les isolant de l’air et de l’humidité[29].

Notes et références

Voir aussi

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