Quentin Meillassoux

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Quentin Meillassoux
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Quentin Meillassoux, né en 1967 à Paris, est un philosophe français. Normalien, agrégé de philosophie, il est en 2023 maître de conférences à l'université Paris-1 Panthéon-Sorbonne[1], après avoir été agrégé-répétiteur à l'École normale supérieure de la rue d'Ulm[2]. Il a contribué à la formation du réalisme spéculatif en proposant sa propre métaphysique, fondée sur l'idée de contingence. Il a également écrit sur le poète Stéphane Mallarmé.

Fils de l'anthropologue Claude Meillassoux, Quentin Meillassoux naît à Paris en 1967. Il intègre l'École normale supérieure en 1988 (promotion A/L 1988, 2e[3]), obtient l'agrégation de philosophie en 1991 (1er à égalité avec Mathieu Potte-Bonneville)[4] et passe son doctorat en 1997 sous la direction de Bernard Bourgeois sur L’Inexistence divine. Essai sur le dieu virtuel. Pendant qu'il travaille à l'École normale, il participe avec Alain Badiou et Yves Duroux à la création du Centre international d'étude de la philosophie française contemporaine (CIEPFC)[5].

Travaux

Après la finitude

Dans son premier ouvrage publié, Après la finitude, Meillassoux affirme que la philosophie postkantienne est dominée par ce qu'il appelle le postulat du corrélationisme, c'est-à-dire l'idée selon laquelle nous ne pouvons pas penser les choses de façon absolue, mais toujours relativement aux conditions de la donation de l'objet dans une conscience présente[6]. Le propos de ce livre est de démontrer la possibilité d'échapper au corrélationnisme, à partir d'un argument appelé par Meillassoux « principe de factualité », et dont la caractéristique est de se fonder sur les mêmes prémisses que le corrélationnisme fort : la contingence de toutes choses. Meillassoux propose donc une interprétation métaphysique de la pensée de David Hume : puisque pour celui-ci tout est contingent, alors la contingence est absolue.

Le Nombre et la Sirène

Le deuxième ouvrage de Meillassoux, Le Nombre et la Sirène, est un décryptage du poème Un coup de dés jamais n'abolira le hasard de Stéphane Mallarmé. L'auteur critique les lectures contemporaines du poème qui refusent d'y voir un cryptage pour se concentrer sur une analyse autoréférentielle[7]. En maintenant l'idée d'un cryptage contre ces lectures esthétisantes, Meillassoux veut rendre justice au projet de Mallarmé : non seulement écrire un beau poème, mais fonder une nouvelle religion par le biais d'une poésie capable de faire accéder à une intuition de l'absolu. Le dispositif complexe de cryptage qu'il décrit dans son livre est justement censé permettre cet accès. La continuité entre les deux premiers ouvrages publiés de Meillassoux pose quelques problèmes d'interprétation. Certains commentateurs, comme Anthony Feneuil, y discernent en effet un « tournant corrélationiste »[8].

En outre, le philosophe affirme dans une conférence à propos de Mallarmé et de son interprétation au théâtre Toursky de Marseille le  :

« Il m'est arrivé une expérience sur Mallarmé [...] quelque chose qui a déstabilisé mes propres conceptions philosophiques de telle sorte que je n'ai jamais réussi à insérer ce que je découvrais de Mallarmé dans mes propres considérations philosophiques [...] à certains égards, c'est opposé à ce que je pense [...] il y a quelque chose chez Mallarmé de tellement bizarre, de tellement étrange, qu'il résiste à l'insertion dans mes propres catégories philosophiques »

 Meillassoux sur le sacrifice de Mallarmé, conférence du 8 octobre 2014(transcription de Charlotte Szász)[9]

Thèse et conférences

Depuis la soutenance de sa thèse sur L'Inexistence divine. Essai sur le dieu contingent en 1997, Meillassoux retarde sa publication. Graham Harman soutient qu'elle est pourtant très attendue. Dans un entretien publié en 2011, ils échangent leur position à ce sujet :

« Graham Harman: Why are you still working on L'Inexistence divine even now? Is it really so unsatisfactory to you its current state? You do realize that thousands of readers are awaiting it eagerly, don't you? Quentin Meillassoux: I am aware of this, and of course I feel sorry about this. But my thesis of 1997 was definitely too imperfect, and in the mean time numerous complications have arisen for all of its developments, and these require a patient re-elaboration[10]. »

En , il prononce sa première allocution, « Nouveauté et événement », qui est aussi son premier texte publié en 2002 après sa soutenance de thèse en 1997.

Le livre Métaphysique et fiction des mondes hors-science est la reprise d'une conférence donnée à l'École normale supérieure en 2006, dans le cadre de la journée d'études « Science-fiction et métaphysique »[11].

Commentaires

Dans sa préface à Après la finitude (2006), Alain Badiou, dont Meillassoux est à l'époque encore le collègue à l'École normale, dit de sa philosophie qu'elle introduit une nouvelle voie dans la pensée contemporaine, qui dépasserait l'antinomie kantienne entre scepticisme et dogmatisme. Après la finitude a été aussitôt traduit en anglais par le philosophe Ray Brassier[12]. Avec Graham Harman et Iain Hamilton Grant, Meillassoux et Brassier sont considérés comme appartenant au mouvement philosophique du réalisme spéculatif[13]. Par réalisme spéculatif, il faut entendre que, pour Meillassoux, la philosophie doit penser ce qui peut être : « la réalité qui le préoccupe n'implique pas tant les choses telles qu'elles sont, que la possibilité qu'elles puissent toujours être autrement »[14], c'est ce à quoi permet d'accéder la spéculation.

Dans un article consacré au réalisme spéculatif et à d'autres formes contemporaines de réalisme, le philosophe Pascal Engel est revenu de manière critique sur ce qu’il juge être des « réalismes kitsch »[15]. Engel analyse l'argumentation mise en œuvre par Meillassoux dans Après la finitude et la juge, comme celles déployées par d'autres « nouveaux réalistes », « pompeu[se], obscur[e], et surtout très largement autoréférentielle ». Il reproche au philosophe d'adopter un style « grand seigneur » et « autoréférentiel » qui lui permettrait de « défini[r] lui-même les positions auxquelles il entend s’opposer, [de] postule[r] le sens qu'il entend donner aux concepts, [d']avance[r] des arguments qu'il juge imparables, et [de] parv[enir] ainsi brillamment à se convaincre de la vérité inéluctable de conclusions dont on ne cesse de proclamer l'audace »[15]. Engel souligne en ce sens :

« Meillassoux parle sans cesse de corrélation, mais il ne nous dit jamais en quoi consiste la relation en question. C'est une relation entre les choses et la pensée, et on pourrait penser qu'il s'agit de la vérité, définie traditionnellement comme correspondance. Mais Meillassoux se garde bien de discuter la notion de vérité, et encore moins les termes de cette relation [...]. En fait le corrélationnisme semble être chez lui simplement un autre nom du criticisme kantien, dont toutes les pensées ultérieures ne seraient que des variantes. »

Engel conclut son analyse critique en indiquant que « ce à quoi on aboutit, dans Après la finitude, est bien plus proche d’une forme d'idéalisme absolu qu’une forme quelconque de réalisme »[15].

Œuvres

Notes et références

Voir aussi

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