Référendum taïwanais de 2025

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Inscrits20 002 091
Votants5 906 370
Blancs et nuls53 245
Référendum taïwanais de 2025
Corps électoral et résultats
Inscrits 20 002 091
Votants 5 906 370
29,53%
Blancs et nuls 53 245
Conserver la centrale nucléaire de Ma'anshan
Pour
74,17%
Contre
25,83%
Inscrits pour
21,70%

Le référendum taïwanais de 2025 a lieu le à Taïwan afin de permettre à la population de se prononcer sur un projet de loi visant à poursuivre le fonctionnement de la centrale nucléaire de Ma'anshan.

Voté par les membres du Yuan législatif trois mois plus tôt, le projet de loi est soumis à référendum par ces mêmes parlementaires, la question du nucléaire civil ayant déjà été plusieurs fois l'objet de consultations populaires au cours des années précédentes.

Bien qu'une large majorité des votants se prononcent en faveur du projet, le quorum exigé de 25 % du total des inscrits n'est pas atteint ce qui invalide le résultat du référendum. L'échec du projet de relance entraîne par conséquent la fin du nucléaire civil taïwanais.

Consultations précédentes

Chantier de la centrale de Lungmen en .

Taïwan possède un secteur nucléaire civil depuis les années 1970. En 2010, le pays produit ainsi 13 % de son électricité par le nucléaire, contre 82 % par les énergies thermiques et 5 % par le solaire et l'éolien. La catastrophe nucléaire de Fukushima en conduit cependant à la remise en cause des travaux de construction de la centrale nucléaire de Lungmen. Alimentées par l'utilisation controversée de matériaux de plusieurs constructeurs différents, ainsi que par les coups d'arrêts à répétition subis par le chantier, d'importantes manifestations sont organisées à l'encontre du projet courant 2014, conduisant le gouvernement du Kuomintang (KMT) à le suspendre en pour trois ans avant un référendum sur sa reprise[1],[2].

Le KMT est cependant rejeté dans l'opposition en 2016. Le gouvernement du Parti démocrate progressiste (DPP) décide alors de ne pas procéder à l'organisation du vote, et mène au contraire une politique visant à réduire progressivement la production des trois centrales en activité. Les arrêts définitifs des réacteurs de Jinshan, Guosheng et Ma-anshan sont ainsi respectivement programmés pour fin 2018, 2021 et 2024, une loi sur l'électricité fixant pour objectif un abandon total du nucléaire civil pour 2025. Durant l'été 2017 cependant, d'importantes pannes de courant affectent le pays et privent d'électricité la moitié des habitations. Ces pannes sont alors largement attribuées à la mise en sous-régime des réacteurs. Durant la même période, le gouvernement approuve la construction d'une nouvelle centrale à charbon à Shen'ao. Des voix s’élèvent alors parmi la communauté scientifique et environnementale taïwanaise pour protester contre l'abandon du nucléaire, la construction de la centrale de Lungmen ayant à l'époque pour objectif de porter le total de l'électricité produite par le nucléaire à 23 %, permettant une réduction des énergies fossiles. Selon de récentes études, celles-ci seraient responsables d'un millier de morts par an du fait de la pollution de l'air causée par les émissions des centrales au charbon[3],[4],[5],[6]. Le projet d'un référendum d'initiative populaire intitulé « Pour le nucléaire pour se mettre au vert » visant à l'annulation de la récente politique énergétique et à la relance du secteur nucléaire voit le jour en 2018. L'ex-président Ma Ying-jeou apporte notamment son soutien au projet[3],[4],[5],[6].

Part des énergies par secteurs à Taiwan de 1985 à 2023

Lors de ce référendum sur le nucléaire organisé le , la population approuve par 59,49 % des suffrages exprimés la relance du secteur nucléaire civil[7]. Le , le Yuan législatif applique stricto sensu la décision référendaire en retirant de la loi l'obligation de mise à l'arrêt du secteur nucléaire avant 2025. Si ce changement permet en théorie la poursuite du secteur, le gouvernement du DPP ne procède pas pour autant à la remise en service des réacteurs déjà mis à l'arrêt et laisse le nucléaire plafonner à 9 % de la demande en électricité[8].

Cette victoire en demi-teinte conduit les soutiens au nucléaire  historiquement très présents au sein de la Coalition pan-bleue menée par le KMT  à chercher à provoquer la reprise des travaux de construction de la centrale de Lungmen, un second objectif déjà pleinement mis en avant lors de la campagne référendaire de 2018[3],[2]. Une collecte de signatures est organisée en ce sens à partir du 19 mars 2019 et aboutit en octobre de la même année à un total de signatures représentant 1,59 % du total des inscrits, dépassant ainsi le seuil requis de 1,5 % pour l'organisation d'un nouveau référendum[1],[9]. Soumise au vote populaire lors du référendum du , la reprise des travaux est rejetée par les électeurs par 52,84 % des voix. La politique de retrait du nucléaire du DPP sort ainsi confortée par les urnes, sa poursuite ayant été indirectement approuvée par les électeurs[10],[11],[12]. Le gouvernement ferme finalement le la dernière centrale nucléaire : le réacteur n°2 de Maanshan, au sud de Taïwan, qui était exploité par l'entreprise publique Taipower[13]. Cette fermeture fait cependant l'objet de débats.

Projets multiples de l'opposition

Manifestation le 19 avril 2025 dans le cadre de la campagne de référendums révocatoires.

Les élections présidentielle et législatives de 2024 conduisent à une situation d'incertitude qui pousse les deux principaux partis à redoubler de tentatives de s'affirmer sur la scène politique. Si le candidat du DPP, Lai Ching-te, remporte la présidence et donc la conduite du gouvernement, les législatives placent le DPP et le KMT presque à égalité, avec le Parti populaire taïwanais (TPP) en position de faiseur de roi.

Le référendum de 2025 intervient dans le contexte d'une politique de déclenchement à outrance de ces votes populaires par le gouvernement et l'opposition. La Coalition pan-verte menée par le DPP et la Coalition pan-bleue menée par le KMT entreprennent en effet depuis 2024 de nombreuses collectes de signatures afin d'organiser des référendums révocatoires à l'encontre de parlementaires ainsi que d'élus locaux de l'autre bord, dont certaines réussissent à recueillir le nombre requis de signatures sur fond d'accusation de proximité avec la République populaire de Chine. Le , 24 députés ainsi que le maire de la plus grande ville du pays, Hsinchu font ainsi l'objet de ces référendums, dont finalement aucun ne donne lieu à la révocation d'un élu[14],[15],[16].

Ces échecs locaux ne découragent par le KMT et le TPP, qui se tournent en vers l'organisation de référendums nationaux sur plusieurs questions dont la relance du nucléaire civil et la poursuite de l'application de la peine de mort[14],[15]. Cette dernière, légale et mise en œuvre à Taïwan, fait l'objet en 2024 d'un jugement du Yuan judiciaire qui y met de facto fin en rendant son application impossible. Si la peine de mort demeure populaire  les sondages donnent alors 84 % de taïwanais favorables à son maintien , sa tentative de mise à référendum est néanmoins rejetée par la Commission électorale centrale[17],[18],[19],[20],[21]. Des recours sont déposés par le KMT et le TPP et permettent au projet d'être étudié par les parlementaires, mais trop tard pour une mise au vote en 2025[22],[23].

Les deux partis tentent également de mettre à référendum la proposition du Président Lai Ching-te (DPP) d'utiliser des cours martiales pour juger les tentatives de plus en plus fréquentes d'infiltration du pays par des agents de la République populaire de Chine (RPC), ainsi que de permettre le vote par procuration, mais sans succès[24],[25]. Le gouvernement du DPP s'oppose particulièrement à la deuxième, jugeant qu'elle ouvrirait la porte à des tentatives de manipulation des élections par la RPC. Les deux propositions font à leur tour face à tant d'oppositions de la part des députés du DPP qu'elles finissent par manquer fin la date butoir pour une mise au vote en 2025[26],[27].

Projet abouti de relance du nucléaire

Centrale nucléaire de Ma'anshan.

En parallèle de ces propositions, le KMT et le TPP introduisent le une proposition de loi sur le maintien pour vingt ans de la Centrale nucléaire de Ma'anshan[24]. Contrairement aux précédentes, la proposition est rapidement adoptée au Yuan Législatif, qui la vote le malgré l'opposition du DPP et du Président Lai Ching-te. Le vote intervient quatre jours avant l'arrêt de la centrale[28]. Le , trois jours après la fermeture, le Yuan vote par 58 voix contre 49 la mise à référendum de la proposition de loi[29],[30],[31].

La mise à référendum est approuvée le par la Commission électorale centrale, qui rejette le même jour le projet sur la peine de mort. La question posée est « Êtes vous d'accord pour que la troisième centrale nucléaire [Manshaan] continue de fonctionner si l'autorité compétente est d'accord et qu'il n'y a aucun problème de sécurité ? » (« 您是否同意,第三核能發電廠 經主管機關同意確認無安全疑慮後,繼續運轉? »). Pour que le résultat soit légalement valide, les votes favorables au projet doivent franchir la majorité absolue des voix et atteindre le quorum de 25 % des inscrits[28],[32],[33]. Les listes électorales totalisant 20 002 091 électeurs au moment du référendum, le projet doit par conséquent réunir au moins 5 000 523 voix pour[34].

Présentation du projet de référendum devant une station du Métro de Taipei.

La proposition fait l'objet de nombreux débats publics entre partisans et opposants du nucléaire civil[35],[36],[37].

Les partisans du nucléaire jugent nécessaires le maintien de la centrale afin d'éviter les pannes récurrents de courant et la pollution causée par le recours à la place aux centrales à charbon,[38],[39],[36],[37]. Il s'inquiètent particulièrement de la quasi dépendance du pays aux importations d'énergie fossiles, qui place l'île en situation de grave faiblesse en cas de conflit armé avec la RPC. Le nucléaire est ainsi jugé nécessaire par sécurité énergétique. Les industriels taïwanais mettent par ailleurs en avant le besoin énergétique de la filière des semi-conducteurs, au sein duquel Taïwan est le leader mondial avec TSMC, mais qui se révèle très énergivore, et pourrait donc souffrir d'un manque d'énergie disponible pour son expansion[40],[41].

Les opposants au nucléaire mettent en avant la problématique de la gestion des déchets radioactifs, jugent préférables un investissement dans les énergies renouvelables et estiment que la levée des doutes sur la sécurité des installations aurait dû intervenir avant la mise au vote[38],[39],[36],[37].

Résultats

Analyse et conséquences

Notes et références

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