RED Digital Cinema
entreprise américaine
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RED Digital Cinema est une entreprise américaine fondée en 2005 par Jim Jannard, spécialisée dans la conception et la fabrication de caméras de cinéma numérique professionnelles.
: acquisition par Nikon
Jarred Land (ancien président)
| RED Digital Cinema, LLC | |
Caméra RED ONE | |
| Création | |
|---|---|
| Dates clés | : lancement de la RED ONE : acquisition par Nikon |
| Fondateurs | Jim Jannard |
| Personnages clés | Jim Jannard (fondateur) Jarred Land (ancien président) |
| Forme juridique | Limited liability company (filiale) |
| Siège social | Foothill Ranch (Californie) (en)[1] |
| Direction | Keiji Oishi (CEO) Tommy Rios (co-CEO)[2] |
| Activité | Caméras de cinéma numériques |
| Produits | Caméras, capteurs, logiciels |
| Société mère | Nikon Corporation |
| Effectif | environ 220 (2024)[1] |
| Site web | www.red.com |
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Elle se fait connaître avec la RED ONE, commercialisée à partir de 2007, qui contribue à l'adoption du cinéma numérique haute résolution grâce à l'enregistrement en 4K, à l'utilisation de capteurs de grande taille et un prix abordable pour les professionnels du cinéma. En 2024, l'entreprise est acquise par le groupe japonais Nikon et devient l'une de ses filiales.
Histoire
Fondation et lancement (2005-2007)
RED Digital Cinema est fondée en 2005 par Jim Jannard, également connu comme le créateur de la marque de lunettes de soleil Oakley. Collectionneur de plus d'un millier de caméras et décrit par ses interlocuteurs comme un passionné de cinématographie, Jannard n'est alors pas étranger au monde de l'image[3].
Le projet est l'aboutissement d'une ambition née dès 1999[4]. Tout part d'un mail de demande de support envoyé par Jannard à Frederic Lumière, le créateur de Lumière HD. Leurs échanges évoluent en discussions et rencontres autour d'une envie commune : créer une caméra numérique capable de rivaliser avec les caméras argentiques de l'époque. Lumière lui présente également Ted Schilowitz, qui deviendra le premier employé de RED ainsi que son porte-parole[4],[5], Jannard préférant interagir via le forum officiel de RED (reduser.net).
Le 24 avril 2006, la première caméra de la société est annoncée lors du NAB (en) (National Association of Broadcasters) : la RED ONE . Ses caractéristiques promettent un capteur de 24,4 × 13,7 mm de 11,4 mégapixels, capable de filmer en 4K à 60 images par seconde en RAW, le tout pour un prix annoncé de 17 500 $. À titre de comparaison, une Sony F900, dont le capteur offre environ cinq fois moins de mégapixels, coûte alors près de 100 000 $. L'annonce fait grand bruit et des précommandes sont ouvertes, bien qu'aucun prototype fonctionnel ni résultat vidéo ne soit présenté[6]. Cette absence de démonstration concrète vaut à la RED ONE d'être qualifiée par certains de vaporware, ce qui n'empêche pas plus d'un millier de précommandes d'être passées[7],[8].
Lors du NAB de l'année suivante est diffusé Crossing the Line, un court métrage de douze minutes sur la Première Guerre mondiale, réalisé par Peter Jackson à l'aide de deux prototypes de RED ONE surnommés « Boris » et « Natasha » équipées du capteur Mysterium. Le film convainc notamment le réalisateur Steven Soderbergh, qui déclare à Jannard : « I am all in. I have to shoot with this. » (« Je suis partant à fond. Il faut que je tourne avec ça. ») Soderbergh embarque alors deux autres prototypes dans la jungle pour tourner Che. La série télévisée Urgences fait également partie des premiers adoptants de la caméra[8].
Les premières livraisons ont lieu en août 2007. Si le prix du boîtier nu à 17 500 $ est respecté, le coût d'un ensemble complet prêt à tourner dépasse les 30 000 $, soit près du double de ce que les précommandeurs avaient anticipé. Une grande partie d'entre eux devra par ailleurs attendre 2008 pour être livrée.
Croissance et adoption par Hollywood (2008-2015)
En avril 2009, ce sont, d'après Ted Schilowitz, déjà plus de 6 000 RED ONE qui ont été expédiées dans le monde, et 800 films tournés avec, dont 5 longs métrages de Soderbergh[9].
Fidèle à la philosophie « Obsolescence Obsolete » (« l'obsolescence rendue obsolète ») annoncée par Jannard dès le NAB 2006, la RED ONE bénéficie au fil du temps de mises à jour gratuites du firmware améliorant ses fonctionnalités et sa science des couleurs. RED développe ensuite un capteur de nouvelle génération, le Mysterium-X, proposé sous forme d'upgrade : les propriétaires de RED ONE peuvent envoyer leur caméra et payer le coût de la mise à niveau du capteur, sans avoir à racheter un boîtier complet. Une première dans l'industrie selon Jannard[10]. Plusieurs films sont produits avec cette dernière, tels que The Social Network ou The Girl with the Dragon Tattoo.
L'arrivée de l'ARRI Alexa en avril 2010 crée, avec son capteur format Super 35 et son format propriétaire ARRIRAW, une première concurrence directe[11]. Les deux marques incarnent cependant des philosophies différentes : ARRI met en avant sa qualité d'image, sa fiabilité et son ancrage historique, RED pousse la résolution, la modularité et la flexibilité en postproduction[12].
En novembre 2011, RED lance la Scarlet-X le même jour que Canon annonce la C300, marquant l'intensification de la concurrence sur le segment des caméras accessibles[13]. La même année, les trois derniers fabricants de caméras argentiques (Panavision, ARRI, et Aaton) annoncent que tous leurs prochains modèles seront des caméras numériques[4].
Le capteur Dragon, introduit en août 2013, apporte une amélioration significative avec 6K et une plage dynamique annoncée de 16,5+ stops[14]. Le 19 du même mois, Jim Jannard annonce sur REDUser avoir le sentiment d'avoir atteint son but et de se retirer de la communication publique, laissant Jarred Land le remplacer en tant que visage de l'entreprise[10],[15].
Consolidation et diversification (2016-2023)
La génération DSMC2, introduite avec le Weapon en 2015, unifie la gamme autour d'un boîtier plus compact[16]. En 2016, RED lance les capteurs Helium 8K (Super 35) et Monstro 8K VV (Full Frame), atteignant pour la première fois la résolution 8K[17],[18],[19].
Le 31 mars 2017, RED déploie IPP2, une refonte majeure de son pipeline de traitement d'image[20].
En 2018, RED tente une diversification avec le smartphone Hydrogen ONE, qui s'avère un échec commercial (voir la section dédiée). Le capteur Gemini 5K, développé initialement pour un projet NASA, introduit le double ISO natif[21].
Le 24 octobre 2019, Jim Jannard annonce sa retraite définitive pour raisons de santé, mettant fin au projet Hydrogen. Jarred Land et Tommy Rios prennent les rênes opérationnelles[22],[23].
En 2020, le Komodo 6K inaugure le premier capteur RED à obturation globale (global shutter). L'année suivante, le V-Raptor lance la génération DSMC3[24],[25].
Acquisition par Nikon (2024)
Une poursuite judiciaire est intentée par l'entreprise contre Nikon en 2022, mais un « Rule 41(a) dismissal » (désistement sans préjudice) est conclu en mai 2023. Cette conclusion atypique interroge, laissant présager que de futurs événements découleront directement de cette affaire[26].
Le 8 avril 2024, Nikon acquiert RED Digital Cinema pour 13 167 000 000 ¥ (soit presque 80 millions d'euros)[27], ce moins d'un mois après l'annonce officielle des négociations[1], laissant supposer des discussions antérieures à cette annonce[28]. Jarred Land et Jim Jannard deviennent conseillers, tandis que Keiji Oishi (vice-président exécutif de l'Imaging Business Unit chez Nikon) prend la place de CEO, et Tommy Rios (vice-président exécutif de RED) devient co-CEO[2],[29].
Hiroyuki Ikegami (Nikon) affirmera peu après que, bien que cela paraisse paradoxal, c'est la poursuite judiciaire de 2022 qui a permis aux deux entreprises de mieux se comprendre, et de trouver une complémentarité dans leurs objectifs[28]. Nikon cherchant à accéder au marché de la caméra de cinéma, tandis que RED avait un intérêt à bénéficier de leur fiabilité et leur savoir-faire dans le domaine du traitement de l'image, de la technologie optique et de l'interface utilisateur[30],[31].
Technologie
REDCODE RAW
Format de compression vidéo propriétaire de RED (fichiers .R3D), il fait partie des avancées ayant permis de rendre la capture vidéo 4K plus accessible en permettant son enregistrement sur des supports plus classiques[32]. La compression vidéo avait, à l'époque, mauvaise réputation dans l'industrie[33]. De ce fait, les autres formats étaient peu compressés et demandaient un débit d'écriture très élevé, nécessitant du matériel de stockage plus cher, en plus gros volumes, voire une liaison filaire au système de stockage[34].
Pour pouvoir réaliser ce processus, le codec traite les données brutes issues de la matrice de Bayer du capteur en les séparant en quatre canaux (un rouge, deux verts, un bleu) et les encode sur 12 ou 16 bits. Une fonction de préaccentuation est ensuite appliquée afin de mieux préserver les détails visuellement importants, puis les 4 canaux sont décorrélés avant d'être envoyés au moteur de compression proposant des ratios allant de 2:1 (qualité maximale) à 22:1, ajustables selon les besoins (Netflix exigeant par exemple un ratio maximum de 8:1 pour ses productions)[35],[36]. Ce moteur était initialement basé sur une transformée en ondelettes à la manière du JPEG 2000[37], efficace en termes de qualité et de taux de compression, mais très coûteuse en mémoire et nécessitant de traiter chaque image entièrement d'un coup. À partir de la Komodo (2020), RED adopte une transformée en cosinus discrète (DCT). Cet algorithme, au ratio de compression plus modeste, est cependant plus simple à calculer grâce à son travail par blocs, réduisant la consommation électrique, la production de chaleur, et préservant aussi l'autonomie batterie[32],[38].
Lors de la décompression, le signal conserve les caractéristiques du capteur (dynamique, espace colorimétrique). La débayerisation, la balance des blancs et l'étalonnage peuvent ainsi être ajustés en post-production, offrant une grande latitude de correction et accélérant les tournages[39].
Capteurs
RED conçoit ses propres capteurs CMOS, ce qui la distingue de concurrents utilisant des capteurs tiers[40]. La fabrication est sous-traitée à des fonderies non identifiées publiquement, RED ne possédant pas d'usine de semi-conducteurs[41].
| Capteur | Année | Résolution | Stops | Format | Particularité |
|---|---|---|---|---|---|
| Mysterium | 2007 | 12,6 MP (4K) | 11,5 | Super 35 | Premier capteur RED[42] |
| Mysterium-X | 2010 | 13,8 MP (5K) | 13 | Super 35 | Sensibilité améliorée |
| Dragon | 2013 | 19,4 MP (6K) | 16,5 | Super 35 | 16,5+ stops de dynamique |
| Helium 8K S35 | 2016 | 35,4 MP (8K) | 16,5 | Super 35 | Premier 8K S35[17] |
| Monstro 8K VV | 2017 | 35,4 MP (8K) | 17 | Full Frame | Format VistaVision[43] |
| Gemini 5K | 2018 | 15,4 MP (5K) | 16,5 | Super 35 | Double ISO natif[21] |
| Komodo 6K | 2020 | 19,9 MP (6K) | 16 | Super 35 | Premier global shutter RED[24] |
| V-Raptor | 2021 | 35,4 MP (8K) | 17 | Full Frame | 600 ips en 2K, autofocus PDAF[25] |
Pipeline de traitement
IPP1 (2007-2017)
Le premier pipeline de traitement de RED repose sur plusieurs espaces colorimétriques (REDcolor, DRAGONcolor) et courbes gamma (REDgamma, REDlogFilm) développés au fil des générations de capteurs[44]. Cette multiplicité d'options, si elle offre de la flexibilité, est critiquée par certains professionnels pour sa complexité[45].
IPP2 (depuis 2017)
Le 31 mars 2017, RED introduit IPP2 (Image Processing Pipeline 2), une refonte complète du traitement d'image[20]. Ce nouveau pipeline repose sur deux éléments : l'espace colorimétrique REDWideGamutRGB, conçu pour contenir l'intégralité des couleurs captées sans écrêtage, et la courbe logarithmique Log3G10, préservant la plage dynamique complète[46].
IPP2 permet un workflow en trois étapes : développement RAW (exposition, balance des blancs), étalonnage créatif (LUTs, CDL), puis conversion vers l'espace de sortie (Rec. 709, HDR, DCI-P3)[39]. Le système n'est disponible en caméra que sur les capteurs Helium, Monstro, Gemini et ultérieurs ; les capteurs antérieurs n'en bénéficient qu'en post-production[46].
Architecture modulaire
RED adopte une architecture modulaire séparant le camera brain (boîtier contenant capteur et électronique) des accessoires interchangeables. Cette approche, désignée DSMC (Digital Still and Motion Camera) à partir de 2010, permet aux utilisateurs de configurer leur équipement selon leurs besoins[47].
Trois générations se succèdent :
- DSMC (2010-2015) : introduit les SSD RedMag ainsi que l'écran tactile.
- DSMC2 (2015-2022) : plus compact et léger, connexions sans câbles et support des formats Apple ProRes and Avid DNx[16].
- DSMC3 (depuis 2021) : simplification des choix de compression, nouveau système de refroidissement et autofocus[25]
Le Komodo (2020) fait exception avec son boîtier Ranger : conçu pour être compact et autonome avec monture Canon RF native mais non modulaire, il est le seul qui ne s'inscrit pas dans le système DSMC[24].
Produits
Caméras
| Modèle | Année | Capteur | Boîtier | Poids | Résolution max | Prix de lancement |
|---|---|---|---|---|---|---|
| RED ONE | 2007 | Mysterium | 4 540 g | 4K | 17 500 $[42] | |
| Epic | 2010 | Mysterium-X | DSMC | 2 195 g | 5K | 28 000 $ |
| Scarlet-X | 2011 | Mysterium-X | DSMC | 2 195 g | 4K | 9 750 $[48] |
| Epic Dragon | 2013 | Dragon | DSMC | 2 195 g | 6K | 28 700 $ |
| Weapon 8K | 2016 | Helium | DSMC2 | 1 520 g | 8K | 79 500 $[17] (80 000 €)[19] |
| Komodo 6K | 2020 | Global Shutter | Ranger | 952 g | 6K | 6 000 $ (5 500 €)[24] |
| V-Raptor | 2021 | VV | DSMC3 | 1 828 g | 8K | 24 500 $[25] |
RED Hydrogen ONE
Lancé en novembre 2018[49], plus d'un an après son annonce, l'Hydrogen ONE est le premier téléphone de la boîte, proposant notamment un écran 5,7 pouces « holographique » inédit dans le milieu[50]. Ce dernier est mis au point par la société Leia, utilisant une technologie qu'elle nomme « Diffractive Lightfield Backlighting » permettant de modifier la direction d'émission de lumière de chaque pixel et ainsi faire percevoir une image différente à chaque œil[51]. Le mobile permet de prendre soi-même des photos en 3D, exploitant ses doubles modules photo de 12,3 Mpx à l'arrière et 8,3 Mpx à l'avant, et bénéficie en plus d'un aspect modulaire lui permettant d'accueillir des optiques classiques des grandes marques de la photo, ou être utilisé comme moniteur pour une autre caméra. Cependant, l'effet de profondeur est limité, peu exploité, et génère une aberration chromatique semblable à une couche de graisse recouvrant l'écran. Combiné à des performances de calcul et de photo décevantes pour cette gamme de prix (1 295 $ pour sa version d'entrée dotée d'un boîtier en aluminium et Kevlar)[50], le téléphone est un échec commercial et une déception pour beaucoup, à l'image du Fire Phone d'Amazon quelques années plus tôt[52],[53].
Cela n'empêchera pas un successeur, l'Hydrogen Two, d'être annoncé le 25 juillet 2019. Il sera cependant annulé 3 mois plus tard à la suite du départ de Jim Jannard de l'entreprise[54],[55].
Adoption dans l'industrie
Réalisateurs
Steven Soderbergh est l'un des premiers réalisateurs majeurs à adopter RED. Il tourne Che (2008) avec deux prototypes RED ONE, faisant du film l'un des premiers longs-métrages entièrement réalisés avec cette caméra.
Peter Jackson poursuit son utilisation de RED avec la trilogie Le Hobbit (2012-2014), première superproduction hollywoodienne tournée en 3D stéréoscopique à 48 images par seconde avec des RED Epic. Il déclare apprécier « l'allure des images tournées en RED » qu'il juge « bien plus cinégénique que la plupart des autres formats numériques »[56].
David Fincher adopte les caméras RED pour plusieurs projets, allant jusqu'à collaborer avec l'entreprise pour développer une RED Xenomorph 6K spécialement conçue pour les besoins de la série Mindhunter[57].
D'autres réalisateurs expriment des réserves. Le directeur de la photographie Julien Hirsch, à propos de L'Exercice de l'État (2011), déclare préférer d'autres caméras, estimant que RED « essaye trop de courir derrière le 35 mm » dans sa texture d'image[58].
Films notables tournés en RED
- Che (2008) de Steven Soderbergh utilise deux prototypes RED ONE, faisant du film l'un des premiers longs-métrages entièrement réalisés avec cette caméra.
- The Social Network (2010) de David Fincher sera la première grosse production à utiliser la RED ONE.
- Le Hobbit (2012-2014) de Peter Jackson sera la première grosse production à utiliser la RED Epic (48 au total)[56].
- Gone Girl (2014) de David Fincher utilise une RED Epic Dragon.
- Les Gardiens de la Galaxie (2014-2023) de James Gunn les RED Epic et Weapon pour ses tournages.
- Geostorm (2017) de Dean Devlin utilise 16 caméras RED Epic Dragon[59].
- Long Day's Journey Into Night (2018) de Bi Gan fut tournée avec la RED Weapon, principalement pour sa capacité à enregistrer plus d'une heure et à bien gérer les basses lumières[60].
- Portrait de la jeune fille en feu (2019) de Céline Sciamma utilise une RED Monstro, étalonnée ensuite d'après des photos argentiques prises sur le tournage et servant de référence[61].
Séries
- Urgences (2007), qui fera partie de ses premiers adoptants en utilisant une RED ONE pour ses derniers épisodes.
- House of Cards (2013-2018)
- Mindhunter (2017-2019) avec une caméra 6K RED Xenomorph développée par RED spécialement pour David Fincher[57].
- Squid Game (2021)
Litiges juridiques
Fin 2011, RED poursuit ARRI pour vol d'informations commerciales, piratage et publicité mensongère. Michael Bravin, alors employé d'ARRI et ex-employé de Band Pro, est accusé d'avoir piraté le compte mail du fondateur et accédé à des informations confidentielles sur RED, alors en discussions avec eux. Il est aussi accusé, avec ARRI, d'avoir publié de fausses affirmations pour dévaloriser RED. Bravin sera condamné pour piratage, mais les autres accusations seront classées sans suite[62],[63].
En février 2013, RED poursuit Sony pour la violation de deux brevets portant sur leur format de compression REDCODE RAW (US 8.174.560 ainsi que US 8.358.357)[64]. Bien que reconnaissant la contribution de Sony à l'adoption de la 4K comme standard pour le cinéma, ils refusent que leur technologie, ayant demandé un investissement de temps, d'argent, et ayant généré des emplois aux USA, puisse être « empruntée » sans contrepartie[65]. L'affaire se conclura à l'amiable quelques mois plus tard.
Le 2 mars 2017, RED intente une action en justice contre Jinni Tech, entreprise britannique vendant des alternatives aux RED Mini-Mags (les JinniMags) à moins d'un tiers du prix. Sont incriminées des vidéos publiées sur la chaîne YouTube Jinni Tech, démontant un Mini-Mags et les accusant d'avoir menti à leurs clients sur leur contenu, leur qualité et la mention Made in USA. L'affaire est abandonnée sans préjudice par RED, faute de rentabilité financière[66].
En mai 2019, Apple Inc. lève une action en justice contre RED au sujet de plusieurs brevets relatifs au codec de compression REDCODE RAW, les considérant « inbrevetables » en raison d'un manque de précision concernant, par exemple, des paramètres de rafraîchissement et de définition des images, ainsi que l'utilisation de la technologie du JPEG 2000 bien antérieure à leur brevet. Apple estime que le brevet au complet devrait être invalidé[67]. Cette plainte semble motivée par le fait qu'Apple avait voulu éviter de payer des redevances sur le format ProRes RAW qu'il a introduit via Final Cut Pro l'année précédente[68]. Le juge statuera que l'équipe juridique d'Apple n'avait pas fourni suffisamment de preuves pour étayer leurs revendications et donnera raison au défendeur[69].
En janvier 2021, RED poursuivit le fabricant chinois Kinefinity pour violation de plusieurs brevets liés à REDCODE RAW, visant notamment les formats KineRAW et CinemaDNG utilisés dans certaines caméras de la marque. La plainte paraît aussi liée à un projet de caméra Kinefinity capable d'enregistrer du RAW en interne, bien que le format ProRes RAW ne soit jamais explicitement mentionné dans les documents juridiques. Après plus de huit mois de procédure, RED retire finalement sa plainte sans jugement sur le fond, et la caméra concernée fut commercialisée sans la fonction d'enregistrement RAW initialement prévue[70].
En mai 2022, RED poursuivit Nikon pour avoir copié illégalement sa technologie de compression de données. La poursuite affirme que Nikon a enfreint ses brevets (en particulier le brevet US 8.174.560) via les fonctionnalités ajoutées au Nikon Z9 dans la mise à jour 2.0 du firmware en avril 2022 avec le format N-RAW[71]. Nikon avancera utiliser une technologie développée par IntoPIX proche du JPEG 2000, puis répliqua en septembre, statuant sur le fait que le brevet de RED n'aurait jamais dû être approuvé, ne satisfaisant pas aux conditions de brevetabilité (commercialisation du produit avant dépôt du brevet, conduite inéquitable)[72]. L'affaire sera rapidement close d'un commun accord, donnant le droit à Nikon d'utiliser ces brevets sans royalties, mais ouvrant surtout la voie au futur rachat de RED par Nikon[26].