R des centres de femmes du Québec
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L’R des centres de femmes du Québec est une association de centres de femmes visant à soutenir les centres et à promouvoir le féminisme au Québec. L'R intègre les revendications des mouvements féministes dans une démarche visant à remettre en question les structures, les institutions ainsi que le fonctionnement de la société, dans le but d’atteindre une justice sociale équitable[1]. Le «R» fait référence à «regroupement», «réseau», «aire», «ère» et «air»[2]
1982-1987 : Mise sur pied
Au début des années 1980, des centres de femmes émergent de manière autonome au Québec par des femmes, pour des femmes[3]. La sororité féminine défrichée par les féministes des années 1970, mènera en 1984 à la formation d’un comité d’étude provincial des centres de femmes pour étudier les demandes croissantes de financement[4].
Trois premiers centres de femmes se sont d’abord ralliés; le CÉAF, ayant comme membre Michèle Asselin[5], le Centre des femmes de Verdun, dont Diane Gladu était à la tête et le Centre des femmes de Laval[6], pour ensuite s’y greffer un réseau de 53 centres[7]. Entre 1982 et 1984, cinq demandes de financement seront soumises au Programme de promotion de la femme du Secrétariat d’État (PPF), aujourd’hui connu sous le nom de Femmes et Égalité des genres Canada. Reconnaissant l’importance et l’envergure du réseau, le PPF mettra en place un regroupement provincial réunissant plus de 80 centres de femmes, donnant ainsi naissance à L’R des centres de femmes en 1985[8]. Dans un article publié dans Le Nouvelliste en 1986, France Cormier, première présidente élue du regroupement[9], décrit l’R des centres de femmes comme des lieux de soutien empreints de bienveillance, ayant pour mission d’informer, d’orienter et d’accompagner les femmes[10].
En 1986, tandis que le L’R des centres de femmes du Québec se mobilise pour le soutien des centres de femmes en dénonçant les revers des nouveaux critères du Programme développement de l’emploi, l’Association Real Women (Real, Equal, Active, ForLife), comptant près de 30 000 membres au Canada, s’oppose au principe du salaire égal pour un travail d’égale valeur. Les revendications de l’Association Real Women sont appuyées par Patrick Boyer, député parlementaire du Parti progressiste-conservateur au pouvoir[11]
1988-1993 : Mobilisation pour l’adhésion politique et institutionnelle
À la fin des années 1980, L’R des centres de femmes du Québec intensifie ses démarches politiques afin d’obtenir une reconnaissance institutionnelle et un financement stable pour les centres de femmes. Entre 1988 et 1989, le regroupement multiplie les échanges avec les gouvernements provincial et fédéral pour établir un cadre budgétaire permanent. En 1988, il regroupe déjà environ 75 centres répartis dans 13 régions du Québec, sous la coordination de militantes telles que Françoise David, Michèle Asselin, Louise Brossard et Nicole Lacelle[12].
Cette période est marquée par plusieurs événements déterminants pour le mouvement féministe québécois. L’affaire Chantal Daigle (1989) relance le débat sur le droit à l’avortement[12], tandis que le féminicide de Polytechnique du 6 décembre 1989 provoque une profonde prise de conscience collective sur la violence antiféministe[13]. Ces événements renforcent la volonté des militantes d’inscrire l’action des centres de femmes dans une perspective politique plus large.
En 1988, Françoise David publie une lettre ouverte dans Le Devoir dénonçant le projet de loi 37, qui pénalisait les bénéficiaires de l’aide sociale[14], et signe également une demande de politique de financement adressée à la ministre Thérèse Lavoie-Roux[15]. La même année, la journaliste Huguette Roberge souligne dans Le Devoir «des femmes de coeur... sans le sou!»[16], illustrant la précarité financière du réseau.
En réaction aux coupures fédérales du Programme de promotion de la femme (PPF) en 1990, L’R participe à l’occupation des bureaux de la Condition féminine Canada et à l’événement des 50 heures du féminisme[17]. Ces actions témoignent d’un féminisme communautaire en quête de reconnaissance institutionnelle, évoluant dans un contexte social où les mouvements féministes et antiféministes s’affrontent sur la place des femmes dans la société québécoise.
1994 à aujourd’hui: de la marche Du pain et des roses à l’antiféminisme
Le 26 mai 1995 marque le début des dix jours de la Marche Du pain et des roses, une initiative lancée par Françoise David, alors membre de la Fédération des femmes du Québec (FFQ). Plus de 800 femmes se sont alors réunies pour «lutter contre la pauvreté». Cette initiative féministe deviendra la Marche mondiale des femmes (MMF), un mouvement international reconnu depuis l’an 2000 pour sa lutte contre la pauvreté et les violences faites aux femmes[18]. Ce mouvement a suscité des réactions antiféministes, notamment à l’occasion des éditions de la Marche mondiale des femmes tenues en 2000 et en 2010[19].
En effet, les répercussions de la quatrième conférence mondiale sur les femmes onusienne à Beijing de 1995 se sont manifestées trois ans plus tard, en 1998, par la tenue de la MMF contre la pauvreté et la violence faite aux Femmes, aujourd’hui désignée sous le nom de la Coordination du Québec de la Marche mondiale des femmes[20]. L’R des centres de femmes du Québec a toujours adhéré en tant que membre national depuis le début de la 1ière édition du CQMMF en 2000 et jusqu’à la 6ième édition du 18 octobre 2025[21]. En réponse aux mobilisations féministes (backlash), L’R s’est toujours positionné contre l’antiféminisme religieux et conservateur du discours antichoix[22]. Notamment, en 2008, des groupes féministes, dont L’R, se sont opposés au projet de loi C-484, perçu comme une menace pour la liberté de choix des femmes[23]. Des actions de sensibilisation et un dossier publié avec la participation de la Fédération du Québec pour le planning des naissances (FQPN) ont été menés[24]. Face à la (re)montée de l’antiféminisme et du masculinisme dans l’espace public québécois vers 2008-2009[25], L’R des centres de femmes du Québec s’est mobilisé au sein du sous-comité du Groupe des 13 portant sur la montée de l’antiféminisme et du fondamentalisme[26]. Certains événements marquants, tels que l’arrestation en 2009 de Benoît Leroux et Gilles Dumas, membres du groupe Fathers 4 Justice, illustrent cette tendance préoccupante. Ces deux individus avaient perturbé la circulation sur le pont Jacques-Cartier sous prétexte de revendiquer l’« égalité parentale »[27], témoignant ainsi du climat antiféministe ambiant. En 2024, après 40 ans d’activités, L’R déplore toujours le manque de soutien et de financement gouvernemental[28].
Références
- ↑ L’R des centres de femmes du Québec, « Base d’unité politique - Telle qu’amendée lors de l’assemblée générale annuelle, juin 2016 » [PDF], (consulté le )
- ↑ Nicole Lacelle, « 25 années sur son R d’aller toujours mobilisées » [PDF], (consulté le ), p. 4
- ↑ Michèle Asselin, « Ces femmes qui ont bâti Montréal » [PDF], Éditions du Remue-ménage, (consulté le ), p. 537
- ↑ Michèle Asselin, « Ces femmes qui ont bâti Montréal » [PDF], Éditions du Remue-ménage, (consulté le ), p.537
- ↑ Le centre d’éducation et d’action des femmes de Montréal (CÉAF), « Au fil du temps 1972-2022 – Photoreportage –50 ans du CÉAF » [PDF], (consulté le ), p. 5
- ↑ Nicole Lacelle, « 25 années sur son R d’aller toujours mobilisées » [PDF], (consulté le ), p. 3
- ↑ Michèle Asselin, « Ces femmes qui ont bâti Montréal » [PDF], (consulté le ), p. 537
- ↑ L’R des centres de femmes du Québec, « À propos de L’R des centres de femmes du Québec » [html] (consulté le )
- ↑ Nicole Lacelle, « 25 années sur son R d’aller toujours mobilisées » [PDF], (consulté le ), p. 4
- ↑ Royal St-Arnaud, « Deux féministes…modérées » [archive], Le Nouvelliste, , p. 25A
- ↑ Renée Rowan, « Le rapport « Égalité pour tous » trop féministe pour les « Vraies femmes » » [Archive], Le Devoir, , p. 5
- 1 2 Nicole Lacelle, « 25 années sur son R d’aller toujours mobilisées » [PDF], , p. 9
- ↑ Francis Dupuis-Déri, « Quand l’antiféminisme cible les féministes – Actions, attaques et violences contre le mouvement des femmes » [PDF], L’R des centres de femmes du Québec & Service aux collectivités de l’UQAM, , p. 7
- ↑ Françoise David, « Un goût amer » [Archive], Le Devoir, Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ), , p. 10
- ↑ Martine D'amours, « Femmes de cœur, usines à projets » [Archive], sur BAnQ https://numerique.banq.qc.ca/patrimoine/details/52327/2226023, Vie ouvrière, , p. 25
- ↑ Huguette Roberge, « Les 80 centres de femmes veulent forcer la main de Québec » [Archive], sur BANQ, Le Devoir, , A8
- ↑ Nicole Lacelle, « 25 années sur son R d’aller toujours mobilisées » [PDF], , p. 10
- ↑ Conseil du statut de la femme, « Marche mondiale des femmes » [html],
- ↑ Mélissa Blais, « Y a-t-il un « cycle de la violence antiféministe »? - Les effets de l’antiféminisme selon les féministes québécoises » [html], Revue Recherches féministes, 25(1), (DOI https://doi.org/10.7202/1011120ar), p. 132
- ↑ Nicole Lacelle, « 25 années sur son R d’aller toujours mobilisées » [PDF], , p. 19
- ↑ CQMMF, « À propos » [html] (consulté le )
- ↑ Mélissa Blais, « Y a-t-il un « cycle de la violence antiféministe »? - Les effets de l’antiféminisme selon les féministes québécoises », Revue Recherches féministes, 25(1), (DOI https://doi.org/10.7202/1011120ar), p. 133
- ↑ Martin Croteau, « Manifestation anti-Harper pour le droit à l'avortement » [Archive], sur BANQ, La Presse, , A15
- ↑ Nicole Lacelle, « 25 années sur son R d’aller toujours mobilisées » [PDF], , p. 36
- ↑ Francis Dupuis-Déri, « Quand l’antiféminisme cible les féministes – Actions, attaques et violences contre le mouvement des femmes » [PDF], L’R des centres de femmes du Québec et Service aux collectivités de l’UQAM, , p. 9
- ↑ Nicole Lacelle, « 25 années sur son R d’aller toujours mobilisées » [PDF], , p. 35
- ↑ Christiane Desjardins, « Deux membres de Fathers 4 Justice coupables de méfait » [html], La Presse,
- ↑ L’R des centres de femmes du Québec, « Le ministère de la Santé et des Services sociaux ne reconnait pas le travail des centres de femmes en violence » [html],