Radhabinod Pal

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Université de Calcutta
Rajshahi College (en)
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Radhabinod Pal
Radhabinod Pal vers 1946-1949;
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Juge
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CalcuttaVoir et modifier les données sur Wikidata
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Université de Calcutta
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Radhabinod Pal (en bengali : রাধা বিনোদ পাল ; en hindi : राधाविनोद पाल), né le dans le district de Kushtia en Inde britannique et mort à l'âge de 80 ans le à Calcutta, est un juriste indien représentant l'Inde au procès du Tribunal militaire international pour l'Extrême-Orient pour juger les crimes de guerre japonais commis durant la Seconde Guerre mondiale.

Il est le seul membre du tribunal qui émet un jugement remettant en cause la culpabilité de l'ensemble des accusés, estimant qu'aucun d'entre eux ne doit être condamné pour les faits reprochés. Bien que ce jugement séparé ne soit pas le seul à avoir été émis à la fin du procès, il est le plus radical - remettant en cause la pertinence même de l'organisation du procès. Pal rappelle les crimes commis par les Alliés qui sont en partie exclus du procès, le fait que les accusations reposent sur des notions juridiques entraînant un effet rétroactif, et se montre également indulgent envers la politique de guerre du Japon.

Radhabinod Pal est né en 1886 dans un petit village appelé Salimpur dans le district de Kushtia en Inde (aujourd'hui au Bangladesh).

Il étudie les mathématiques et le droit international au Presidency College puis le droit à l'université de Calcutta. Il travaille ensuite comme professeur à la faculté de droit de cette université de 1923 à 1936. Il devient juge à la haute cour de Calcutta (en) en 1941 et vice-chancelier de l'université de Calcutta en 1944. Le gouvernement indien l'emploie comme conseiller légal dès 1927 et le désigne pour participer au procès de Tokyo en 1946, lorsque la Charte du tribunal est amendée pour ajouter deux juges (un indien et un philippin) aux neuf déjà en train de siéger. Pal arrive au Japon le 14 mai, et siège au Tribunal à partir du 17[1]. Il doit s'en absenter à plusieurs reprises pour prendre soin de sa femme, malade, mais estime que ces absences, bien qu'elles lui fassent manquer d'importantes parties du procès, ne l'empêchent pas de prononcer un jugement[1].

Après le procès de Tokyo, Pal est élu à la commission du droit international des Nations unies où il sert de 1952 à 1966.

Il est le père du renommé barrister, Pranab Kumar Pal, et le beau-père de l'avocat Debi Prasad Pal (en).

Jugement séparé lors du procès

Tout en constatant l'« évidence des preuves sur la culpabilité des membres des forces japonaises dans les atrocités contre les populations civiles des territoires occupés ainsi que sur les prisonniers de guerre », et décrivant la conduite du Japon pendant la guerre comme « diabolique », Radhabinol Pal questionne dans son jugement la légitimité du tribunal et de ses organisateurs : elle lui semble suspecte car, selon lui, ce procès vise principalement une vengeance, et non une justice impartiale. Il conclut qu'il statuerait « que chacun des accusés doit être déclaré non coupable de chacune des charges portées par l'acte d'accusation et doit en être acquitté »[2].

Pal n'a cependant pas l'intention d'offrir un argument juridique pour qu'un verdict de non culpabilité soit la meilleure chose à prononcer. Il affirme cependant que les États-Unis ont clairement provoqué la guerre avec le Japon et l'ont poussé à attaquer. De plus, il exprimait une certaine sympathie à l'égard du Japon, par « ses capacités à s'opposer à l'Occident », et voyait en leurs actions expansionnistes un rempart contre une éventuelle révolution communiste en Asie de l'Est, tout en affirmant que l'impérialisme japonais ne fut pas profitable au continent asiatique[3].

Pal considère donc que le procès de Tokyo ne peut rendre un jugement juste car il le trouve inégalitaire, déraisonnable et ne contribuant en rien à une paix durable. Selon lui, ce procès est le jugement des vaincus par les vainqueurs et, même si cette procédure revêt un déguisement légal, elle n'en reste pas moins que la satisfaction d'un désir de revanche. Selon le journaliste Norimitsu Onishi, alors que Pal avait une parfaite connaissance des atrocités commises par les Japonais, dont le massacre de Nankin, il juge que ces faits sont de classe B ou C (crimes de guerre ou crimes contre l'humanité)[4] mais pas de classe A (crimes contre la paix). Il considère de plus que les accusations de guerres d'agression, de crimes contre la paix ou contre l'humanité sont des notions juridiques qui ont été créées par les Alliés après que les faits aient été commis, et que leur prise en considération dans un tribunal entraînerait un effet de rétroactivité.

L'impossibilité de désigner pour siéger au tribunal des juges de pays vaincus (en soit, le Japon) ou de pays neutres, signifie pour lui que le tribunal ne peut représenter « que les intérêts du plus fort »[5]. Il n'est d'ailleurs pas le seul parmi les représentants indiens à penser cela : un important avocat de Calcutta écrit que le tribunal est plus petit qu'« une épée dans une perruque »[pas clair]. De plus, Pal critique l'exclusion du colonialisme occidental (dont l'Inde a été victime) et de la conduite de la guerre du point de vue des États-Unis (dont l'usage de la bombe atomique) ; sur ce dernier point, il estime que l'armée américaine est responsable des dommages les plus importants, relativisant dès lors le sort réservé par les Japonais aux équipages des bombardiers américains abattus[6].

Critique du jugement

L'opinion de Radhabinol Pal surprend ses contemporains - excepté ses collègues juges. Stuart McDougall, représentant le Canada, estime que l'opinion qu'exprime Pal au moment du jugement était déjà la sienne le jour de son arrivée à Tokyo[7] ; Bert Röling (en), représentant les Pays-Bas, qui échange à de nombreuses reprises avec Pal, explique que pour ce dernier, la guerre entamée par le Japon était juste dans le sens où elle était destinée à libérer les Asiatiques des Européens. Pal se révèle également un admirateur de l'armée nationale indienne, un corps militaire ayant collaboré avec les Japonais pour libérer l'Inde de la domination britannique, et partage la sympathie générale des Bengalis pour Subhas Chandra Bose, indépendantiste indien allié au Japon[8].

Bien que ses arguments soient toutefois considérés comme solides[9], le jugement est donc souvent interprété comme un avis politique[7], et n'est donc alors pas juridiquement étudié[9]. En Inde, si le jugement de Pal met mal à l'aise le récent gouvernement indien, il trouve un écho très favorable dans la population[7]. En dehors du Japon, les critiques de son jugement sont polarisées, entre ceux qui estiment que c'est la seule déclaration raisonnée faite au sein du Tribunal, qui n'a en dehors de cela fait qu'appliquer la justice des vainqueurs, et ceux qui la rejettent en y voyant un mépris total envers les victimes de l'agression japonaise[9].

Son jugement, allant à l'encontre de la volonté de prononcer à Tokyo un jugement unanime, comme cela avait été le cas à Nuremberg, permet à d'autres juges de prononcer un jugement séparé (en tout, cinq juges sur onze)[10].

Publication de la décision

Radhabinol Pal rédige plus tard un ouvrage pour expliquer sa décision, mais sa publication est interdite par les forces américaines d'occupation du Japon. L'ouvrage de Pal est également interdit au Royaume-Uni et reste inédit aux États-Unis.

L'occupation américaine du Japon prend fin en 1952, après que Tokyo a signé le traité de paix de San Francisco et accepté le verdict du procès de Tokyo. La fin de l'occupation met également un terme à la censure de l'ouvrage de Pal, dont la traduction en japonais est publiée par le révisionniste Masaaki Tanaka, secrétaire d'un des condamnés[11]. En 1966, Pal effectue une visite au Japon et déclare qu'il admire ce pays depuis son plus jeune âge pour être la seule nation d'Asie à s'être « élevée contre l'Occident ». Au cours de cette visite, l'empereur du Japon décerne à Pal l'ordre du Trésor sacré (1re classe).

Les nationalistes japonais s'emparent de l'ouvrage qu'ils utilisent pour élaborer leur argumentation selon laquelle le procès de Tokyo est une supercherie, en sélectionnant des passages choisis[4]. Bien que Pal admette que les Japonais ont commis des atrocités durant la Seconde Guerre mondiale, son opinion divergente est utilisée par les nationalistes comme preuve que ces crimes n'ont jamais existé[12],[13].

Après la mort de Pal, les sanctuaires japonais Yasukuni-jinja, lieu considéré comme un symbole du passé militariste du Japon[14], et Kyōto Ryōzen Gokoku-jinja érigent des monuments honorant sa mémoire.

Importance dans les relations indo-japonaises

Son jugement divergent est fréquemment mentionnée par les dirigeants politiques et diplomates indiens et dans les affaires concernant l'amitié et la solidarité indo-japonaise. Par exemple, le , le premier ministre d'Inde Manmohan Singh y fait référence pendant un banquet à New Delhi organisé en l'honneur de la visite du premier ministre du Japon Jun'ichirō Koizumi :

« Bien que nous ayons traversé différentes phases dans nos relations, parfois difficiles, il est remarquable de constater que nous sommes encore là l'un pour l'autre. Il est important de rappeler que l'Inde a refusé d'assister à la conférence de paix de San Francisco en 1951 et a signé un traité de paix séparé avec le Japon en 1952[15]. Cela, comme le pensait Pandit Nehru, donna au Japon une nouvelle position d'honneur et d'égalité parmi les nations libres. Dans ce traité de paix, l'Inde renonçait à toutes les réclamations de guerre au Japon. Le jugement dissident du juge Radhabinod Pal est très connu chez les Japonais et symbolisera toujours l'affection et le regard de notre peuple pour votre pays[16]. »

Le , Singh prononça un discours à la Diète du Japon : « Le jugement du juge Radhabinod Pal après la guerre est encore dans les mémoires au Japon aujourd'hui. Mesdames et messieurs, ce fait reflète la solidité de notre amitié et de notre entraide commune dans les moments critiques de notre histoire[17] ».

Le , le premier ministre japonais Shinzō Abe rencontra le fils de Pal, Prasanta, à Calcutta, durant une visite d'un jour dans la ville. Prasanta Pal, aujourd'hui octogénaire, présenta quatre photographies de son père au premier ministre, dont deux qui le montraient avec Nobusuke Kishi. Ils tinrent une discussion pendant une demi-heure dans un hôtel de la ville[18].

Citations

Références

Voir aussi

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