Raoul Minot
photographe amateur pendant l'Occupation
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Raoul Minot, né le à Montluçon en France et mort le à Cham en Allemagne[1], est un photographe amateur français, déporté pendant la Seconde Guerre mondiale à la suite de ses activités photographiques sous l'occupation nazie de Paris. Il sort de l’oubli à l’été 2024, à l’issue d’une enquête de quatre ans menée par le journaliste du Monde Philippe Broussard autour des clichés qu’il a réalisés.
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Vendeur, photographe amateur |
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Biographie
Raoul Minot naît le à Montluçon, dans le centre de la France. En mars 1911, il est embauché comme vendeur de mouchoirs au grand magasin parisien Au Printemps[2]. Il est mobilisé en 1914, lors de la Première Guerre mondiale. À l'issue de celle-ci, il reçoit la croix de guerre avec médaille de bronze[1].
Après la guerre, il réintègre le Printemps, où il rencontre Marthe Bedos avec qui il se marie. Vivant d'abord à Paris, ils s'installent pendant les années 1920 à Courbevoie. Ils ont une fille, Jacqueline. Raoul Minot est passionné de photographie et prend régulièrement des photos lors de vacances et de réunions d’anciens combattants de Courbevoie auxquelles il participe[2].
À partir de 1940, sous l'occupation nazie, Raoul Minot réalise plus d'un millier de photos de la vie quotidienne parisienne, ce qui est formellement interdit par la Kommandantur. Il utilise un appareil Kodak Brownie, et effectue des tirages grâce au laboratoire photographique du grand magasin du Printemps où il travaille. Il en vend des centaines à Louis Juven, agent occasionnel de la Résistance[2].
En , un délateur non identifié dénonce ses activités au service des renseignements généraux. À la suite d'une investigation de la Brigade spéciale, il est emprisonné début 1943 à la maison d'arrêt de Fresnes puis au camp de Royallieu[2],[3].

Le , il est déporté au camp de concentration de Mauthausen[4]. Le , il est transféré à Buchenwald, où il effectue divers travaux forcés[1]. Évacué avec les autres prisonniers du camp, Raoul Minot arrive au camp de Flossenbürg, puis repart lors d'une nouvelle marche de la mort une dizaine de jours plus tard[2]. Il est libéré par les Américains le mais meurt le à l'hôpital de Cham en Bavière[2].
Le , l'office national des combattants et des victimes de guerre le déclare officiellement mort pour la France[3] pour faits de résistance (mort en déportation attribuée le 27 octobre 1995, mort pour la France attribuée le 11 septembre 2024)[5].
En septembre 2025, les éditions du Seuil publient Le Photographe inconnu de l'Occupation, de Philippe Broussard, qui reprend l'enquête du Monde avec de nombreux compléments d'information sur Raoul Minot[6].
Œuvre photographique
Lors de son arrestation, le matériel photographique et des centaines de photos de Raoul Minot sont saisis par la police française[2].
L’œuvre photographique unique en son genre de Raoul Minot demeure inconnue pendant de nombreuses décennies. Une de ses photos, attribuée à R. Minot, est publiée dans un livret publié par le Printemps en 1965, à l'occasion du centenaire du grand magasin[2].
Le musée de la Résistance nationale détient depuis 1999 une collection des photos de Raoul Minot. Elles sont identifiées comme provenant d'une donation de Daniel Leduc, fils du militaire Paul Leduc qui les a vraisemblablement récupérées lors de son travail dans les services de renseignement en 1945[7].
Un autre lot de 117 photos récupérées en 2018 à Lèves (Eure-et-Loir) auprès du fils de Renée Damien, une collègue de Raoul Minot, est rendu public en novembre 2020 dans le livre d'Albert Hude intitulé Paris humilié, 1940-1941, Chronique photographique inédite en 101 clichés aux éditions du Petit pavé, qui présente les éléments de l'enquête de l'auteur qui a duré deux années[8]. Toutes ces photos comportent au dos un commentaire manuscrit de Renée Damien ainsi que la date, l'heure et le lieu de chaque prise de vue.
En 2020, une collectionneuse d'albums de photographies, Stéphanie Colaux, déniche dans une brocante de Barjac (Gard) un album comportant des centaines de photos de l'occupation allemande à Paris de 1940 à 1942. Consciente de leur intérêt historique, elle communique ses trouvailles au journal Le Monde, qui entame une enquête pour les sourcer. En août 2024, le journal publie une série de cinq articles de Philippe Broussard détaillant les résultats de ses investigations et identifiant Raoul Minot comme le photographe[2], tout en estimant qu'il aurait pu avoir un ou plusieurs complices[2]. La provenance de cet album reste cependant encore un mystère.
Toutes les photos connues à ce jour sont numérotées et agrémentées de commentaires, parfois raturés, souvent caustiques sur l'occupant allemand[2]. Ces photos montrent Paris et la proche banlieue de 1940 à 1942, en particulier les soldats allemands dans la capitale ; certaines montrent des bâtiments ou des rues, d'autres des équipements militaires, tandis que d'autres clichés représentent des affiches de propagande ou des inscriptions anti-allemandes[2].