La fin de la guerre froide et l'émergence de nouvelles puissances économiques au tournant des années 90 entraînent un déplacement de la logique de conflit du champ militaire vers la sphère économique[1]. De plus, les entreprises américaines sont de plus en plus familières du concept de competitor intelligence forgé par Michael Porter, ce dernier décrit la manière dont une firme peut choisir et mettre en œuvre une stratégie de base afin d’acquérir un avantage sur ses concurrents[2]. Ces apports sont repris en France sous le terme plus restrictif de veille sous l’influence d’Humbert Lesca, Jacques Morin, François Jakobiak, Bruno Martinet et Jean-Michel Ribault[2]. Le sujet semble brûlant puisqu'en 1993, une conférence aux États-Unis porte « sur la gestion des sources ouvertes et le passage d’un renseignement pratiqué durant la guerre froide à un renseignement adapté à la compétition économique globale »[3].
Face à ce constat de changement de la nature des rapports économiques, Christian Harbulot et Philippe Baumard réussissent à convaincre Jean-Louis Levet (chef du service du développement industriel au Commissariat général du Plan) de constituer un groupe de travail sur l'intelligence économique[2]. Ce groupe de travail est diversifié, faisant travailler ensemble des cadres supérieurs du privé, des hauts fonctionnaires, des professionnels du renseignement et des universitaires[4].
Ce rapport s'inscrit dans la continuité de la conférence américaine de 1993[3], son objectif est d'analyser les évolutions majeures intervenues entre la fin des années 1970 et le début de la décennie 1990 comme la recomposition des dynamiques économiques avec la chute du régime soviétique, l'accélération de la concurrence internationale et les relations de coopération et de compétition entre les nations[5]. Ce rapport vise également à comprendre pourquoi certains pays réussissent mieux que d'autres à mettre en place des stratégies d'information afin de proposer des solutions pour la France[5].
La Documentation française publie le rapport « Intelligence économique et stratégie des entreprises » en 1994[1]. Henri Martre ayant été désigné président du groupe de travail, le rapport est couramment appelé rapport Martre[1].