Reformismusstreit

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Le Reformissmusstreit ou querelle réformiste est un débat interne au Parti social-démocrate d'Allemagne (SPD) provoqué par la publication des théories réformistes d'Eduard Bernstein dans la revue Die Neue Zeit entre 1896 et 1898 puis dans son ouvrage Les présupposés du socialisme. Bernstein prône un dépassement des aspects révolutionnaires du marxisme au profit d'une approche graduelle de la transformation sociale : ses conceptions « révisionnistes » provoquent un vif débat au sein du SPD. Au cours de la décennie 1900, le débat s'est propagé à l'ensemble des mouvements socialistes européens.

À la suite de la promulgation de la Loi contre les socialistes (Sozialistengesetz), le , le SPD est condamné à la clandestinité pendant près de treize ans. Le parti ne peut s’appuyer sur aucune organisation officielle hormis son groupe parlementaire au Reichstag. Ses structures militantes et ses journaux sont démantelés ou dissimulés. Les périodiques socialistes sont ainsi édités à l’étranger (notamment en Suisse) ou par des particuliers[Sc 1].

Faute de pouvoir être relayées, les positions idéologiques du parti se radicalisent. Initialement né d’un compromis entre le « socialisme de la chaire » de Ferdinand Lassalle et le socialisme révolutionnaire de Karl Marx et August Bebel, il penche désormais clairement en faveur de cette seconde tendance : « La Loi a eu pour effet de radicaliser les masses ouvrières où l’idée de la lutte des classes gagne du terrain au détriment des conceptions lassalléennes »[Sc 1].

Cette radicalisation ne concerne pas que l’électorat. Formée en partie par Friedrich Engels, la nouvelle élite intellectuelle du parti se rallie ouvertement aux doctrines marxistes. Karl Kautsky fonde sa revue Die Neue Zeit en 1883 dans la continuité des Deutsch-französiche Jahrbücher de Marx[Sc 2]. Eduard Bernstein assure aux côtés de Engels l’édition du corpus marxiste.

En 1890, la Loi contre les socialistes est abrogée. Elle n’était pas parvenue à enrayer l’essor du parti qui représente désormais 20 % de l’électorat[Sc 1]. En conséquence, le SPD se restructure afin d'assumer son nouveau rôle officiel. Dans cette optique, un congrès est organisé à Erfurt du 14 au .

Kautsky et Bernstein sont choisis pour rédiger le programme du parti pour les prochaines années. Ce programme d'Erfurt reflète l’orientation marxiste de ses rédacteurs. La première partie, dite théorique, est élaborée par Kautsky. Elle reprend la plupart des grands thèmes du Capital : la concentration de la richesse par la classe possédante, l’aliénation du travailleur, la nécessité d’une lutte des classes sur tous les plans, à la fois politique, social et idéologique, la perspective d’une société future collectivisée[E 1],[Sc 1]. La seconde partie, dite pratique, est développée par Bernstein. Moins ouvertement marxisante, elle « contient les revendications démocratiques et de réformes sociales présentées par la Social-Démocratie depuis sa fondation »[E 1]. On y trouve toute une série de résolutions politiques concrètes : protection des plus démunis, laïcité, égalité entre les hommes et les femmes[Sc 3]… Malgré leur inspiration marxiste commune, ces deux parties s'avèrent assez contradictoires. Leur cohabitation entraîne, de fait, « une véritable scission entre la théorie et la pratique »[E 1].

La renaissance du courant réformiste

Marginalisés à la suite de la Sozialistengesetz, les anciens militants de l'Association générale des travailleurs allemands (Allgemeiner Deutscher Arbeiterverein) de Ferdinand Lassalle diffusent de nouveau leurs théories réformistes sitôt le SPD ré-officialisé. Dès lors que le parti a la possibilité de mettre en œuvre sa politique, ce discours regagne une certaine crédibilité[Sc 4]. Quatre mois avant le congrès d'Erfurt, Georg von Vollmar donne toute une série de discours à Munich en faveur d'un socialisme concret. Il « envisage une coopération avec les forces bourgeoises progressistes » afin d'obtenir des avancées réelles sur les droits civiques et sociaux[Sc 4].

Les positions de Vollmar sont peu appréciées, voire critiquées lors du congrès qui consacre l'approche marxiste de Kautsky et Bernstein. Cependant Vollmar n'est pas désavoué. August Bebel souligne qu'il ne fait que théoriser que ce que le parti met effectivement en pratique depuis ses origines. Cette Realpolitik prudente est justifiée par la « croissance du parti » qui a cessé d'être « une secte sans représentation et sans responsabilité »[E 2]. Toutefois la systématisation de cette prudence et la dissipation de l'horizon révolutionnaire est très risquée à long terme : « Si nous écartons dans un lointain brumeux notre but splendide en soulignant que les générations futures seulement pourront l'atteindre, c'est à juste titre que la masse nous échappera »[E 3]. Bref, si Bebel dénonce le réformisme c'est avant tout en raison de considérations pratiques : « Vollmar enlevait au parti son enthousiasme, sans lequel un parti comme le nôtre ne peut vivre »[E 4]. Dans une lettre adressée à Victor Adler peu après le Congrès, il admet que le réformisme gagne du terrain, mais il escompte que les lois historiques implacables de la lutte des classes y pallieront : « Mon seul espoir réside dans le fait que l'ordre des choses et la puissance de l'évolution sont plus fortes que la volonté des chefs, et que la poussée d'en bas se manifestera au moment opportun, si les dirigeants freinent trop visiblement »[E 4].

Légèrement conforté, Vollmar continue de défendre sa tendance en publiant plusieurs articles dans des grands quotidiens bavarois[Sc 4]. Si le réformisme de Vollmar ne s'impose pas à un échelon national, il convainc à un échelon local. Le , les élus sociaux-démocrates de Bavière rompent avec leur politique d'opposition systématique en votant le budget du Land. Au cours des années qui suivent, le SPD bavarois poursuit son intégration dans le jeu politique en se rapprochant du Zentrum chrétien-démocrate. En 1899, ce rapprochement devient une alliance électorale en bonne et due forme contre le Parti national-libéral. Ce faisant, les sociaux-démocrates gagnent six nouveaux représentants au Reichstag[Sc 4].

Le courant réformiste ne se cantonne pas à la Bavière. Dans plusieurs autres états (Hesse, Bade…), les sociaux-démocrates acceptent de voter les budgets[Sc 4]. À partir de 1897, les réformistes disposent de leur propre organe de presse, les Sozialistiche Monatshefte. Cette publication mensuelle vient directement concurrencer Die Neue Zeit, l'hebdomadaire marxiste de Karl Kautsky qui dispose du statut de périodique intellectuel officiel du SPD[Sc 4].

Le réformisme marxiste d'Eduard Bernstein

Réception et diffusion du réformisme marxiste

Bibliographie et références principales

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