Rehema Chachage
Artiste, écrivaine et chercheuse tanzanienne
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Rehema Chachage, née en 1987, est une artiste visuelle, écrivaine et chercheuse tanzanienne. Elle est principalement reconnue pour la reconstitution et l'interprétations de récits, de rituels et de traditions orales africaines, notamment ceux liés aux transmissions matrilinéaires. Elle se sert de la performance, la photographie, la vidéo, le texte et l'installation physique, en lien avec la condition des femmes swahilies.
| Naissance | |
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| Fratrie |
Mkunde Chachage (en) |
| Enfant |
Chachage Seithy L. Chachage (d) |
| Site web |
(en) rehemachachage.co.tz |
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Biographie
Rehema Chachage est née à Dar es Salaam, en Tanzanie, dans une famille travaillant dans les milieux universitaire et éditorial. Elle est la fille de Chachage Seithy Loth Chachage, universitaire, analyste politique et auteur[1], et de Demere Kitunga, militante, écrivaine féministe, éditrice et directrice de publication[2],[3]. Elle est issue d’une fratrie de quatre enfants.
Son frère, Chambi Chachage, est spécialiste des études africaines et chercheur associé à l'université de Princeton[4], où il intervient également comme analyste politique. Sa sœur, Mkunde Chachage, est maîtresse de conférences et chercheuse à l'université de Dar es Salam[5]. Elle mène également des travaux de recherche au National Institute for Medical Research, au Mbeya Medical Research Centre (NIMR–MMRC).
En 2009, Rehema Chachage obtient un Bachelor of Fine Arts à la Michaelis School of Fine Art de l'université du Cap[6]. Elle décroche ensuite, en 2018, un Master of Arts en théorie de l’art contemporain à Goldsmiths[7]. Elle poursuit actuellement[Quand ?] un doctorat de pratique artistique (PhD in Practice) à l’Académie des beaux-arts de Vienne en Autriche, où ses recherches portent sur les méthodologies alternatives d’archivage et la transmission du savoir par la pratique artistique. Parallèlement, elle enseigne à l'université des arts appliqués de Vienne[8].
Carrière
Par le biais de la vidéo et d’installations sculpturales, Rehema Chachage examine des thèmes d’identité, l’appartenance et la transmission culturelle au sein de sociétés patriarcales. Son travail inclut sa relation avec son défunt père et le sentiment d’être déracinée dans un pays étranger. Il intègre également des rituels et traditions africains liés à la maternité ainsi qu’aux rapports de genre dans des sociétés dominées par les hommes[9].
Kwa Baba Rithi Undugu
Dans son installation vidéo de 2010, Kwa Baba Rithi Undugu (« Au/De la part du père »), des objets représentant d’anciens postes radios à transistor sont disposés verticalement sur un mur. Chaque poste contient un petit écran vidéo montrant une figure immobile, tandis qu’une ligne verticale balaie l’image, suggérant la recherche d’une fréquence sonore. Une voix masculine se fait entendre de manière intermittente, régulièrement interrompue par des interférences sonores. L’œuvre interroge la mémoire, l’absence et les mécanismes fragmentaires de la transmission[10].
Recherche et collaboration
Dans le cadre de son travail avec des musées, elle collabore avec des artistes africains et allemands autour de l’examen du passé colonial de l'Allemagne et de sa signification contemporaine, tant en Allemagne qu’en Tanzanie[11].
En présentant ses œuvres visuelles et multimédias, elle participe à des expositions aux États-Unis, en Afrique du Sud[12], au Sénégal, en Allemagne, en Belgique et au Japon.
En 2024, elle prend part à un événement et à une publication organisés par ll'Institut d'études africaines de l'université Columbia[13],[14].
Du 15 février au 9 juin 2025, les musées d’histoire et d’art de Stade, présentent l’exposition AMANI kukita | kung'oa (planté | déraciné). Celle-ci met en dialogue des perspectives germano-tanzaniennes autour de la collection historique du botaniste allemand Karl Braun. L’exposition s’appuie sur des recherches de provenance portant sur les travaux menés par des scientifiques durant la période coloniale allemande à la station de recherche d'Amani. Rehema Chachage, aux côtés de l’artiste tanzanienne Valerie Asiimwe Amani et de l’artiste allemande Yvette Kießling, crée des œuvres en lien avec cette collection et son environnement naturel en Tanzanie[15]. Le catalogue accompagnant l’exposition est codirigé par Chachage.
Expositions et publications
Outre son travail artistique, Rehema Chachage publie des textes consacrés à l’art contemporain en Tanzanie. Dans un article paru en 2014 sur le site culturel Nafasi Art Space, elle cite une lettre adressée au Conseil national des arts de Tanzanie par Marina Galvani, alors responsable du programme artistique de la Banque mondiale.
Évoquant le rôle des artistes comme des «baromètres sociaux, agents de changement et dépositaires de la tradition», elle analyse l’émergence d’un intérêt public croissant et d’un «éveil culturel» au sein de la culture contemporaine tanzanienne[16].
Expositions
Expositions individuelles
- 2023 : Nitakujengea kinyumba, na vikuta vya kupitia (Home for You I will Create, with Exit Pathways - A Gut Feeling), Vienne[17]
- 2017 : Mlango wa Navushiku (Lignée de Navushiku), Circle Art Gallery, Nairobi
- 2013 : Mshanga, Espace d'art Nafasi, Dar es Salaam
- 2012 : Orupa Mchikirwa/Mshanga, Village artistique international d'Akiyoshidai, Yamaguchi, Japon
- 2010 : Chipuza (Germer), Goethe Institute, Dar es Salaam
- 2009 : Haba na Haba, Michaelis School of Fine Art, Londres
Expositions collectives
- 2025 : AMANI kukita | kung'oa (planté | déraciné), Stade, Allemagne, 2025
- 2022 : Le Voyage, Musée Grassi, Leipzig, Allemagne, 2022[18]
- 2019 : La terre se souvient, Musée ethnologique de Hambourg (en), Allemagne[19]
- 2019 : WomanISM, Ostrale Dresden, Allemagne[20]
- 2017 : That, around which the Universe Revolves, Düsseldorf, Allemagne
- 2017 : African Spirituality, Calabar Gallery, New York
- 2016 : Consuming Us, Cape Town Art Fair, Afrique du Sud
- 2014 : Where we're at! Other Voices on Gender, Bruxelles[21]
Réception
Outre ses expositions et distinctions à l’international, Rehema Chachage intervient comme panéliste et conférencière dans des ateliers, et participe également au commissariat d’expositions en tant que co-curatrice. Elle est par ailleurs invitée en résidence d’artiste par des organisations culturelles en Allemagne, au Japon, en Norvège et aux Pays-Bas[22].
Dans son chapitre intitulé «An African Woman Coming to Voice Through a Multimodal Artwork», l’historienne de l’art Margareta Wallin Wiktorin propose une analyse approfondie de l’installation vidéo Kwa Baba Rithi Undugu de 2010 de Rehema Chachage. L’œuvre était programmée pour la biennale Dak’art de 2012 et figure dans le catalogue officiel, mais elle n’a pas pu être présentée lors de l’exposition en raison de son arrivée tardive.
En abordant la thématique de la « la voix et le silence » et de son absence, l’auteure interprète cette installation comme une réflexion sur «la capacité de la femme subalterne à prendre la parole dans un contexte africain contemporain», en dialogue avec l’essai Can the Subaltern Speak?[6] de Gayatri Spivak.
Dans un article publié dans la revue académique African Arts, consacré aux débats sur les arts africains, Rehema Chachage est également citée déclarant: «Je préfère prêter une attention particulière à ces voix qui semblent s’exprimer depuis une position de différence et qui rencontrent l’indifférence[10].
En mars 2022, l’anthropologue Dan Hicks (en) rend compte d’une installation artistique présentée au musée Grassi d'ethnologie de Leipzig. Cette collaboration réunit les artistes tanzaniennes Rehema Chachage et Valerie Asiimwe Amani, ainsi que le collectif allemand PARA. Les artistes ont remplacé l’exposition originale consacrée à l’ancien directeur du musée, Karl Weule, par une installation revisitant la dépossession et la mémoire coloniale sous des perspectives décoloniales[23].
Prix et nominations
- 2023 : Prix de Basse-Autriche pour la performance
- 2020 : Sélectionnée pour le prix Henrike Grohs Art Award, Goethe-Institut[24]
- 2016 : Lauréate d'une bourse de financement artistique de Pro Helvetia, pour une exposition individuelle à la Galerie nationale du Zimbabwe, Harare
- 2014 : Bénéficiaire de l'African Arts Trust, pour l'incubation et le fonctionnement de Kuta-na Sanaa : Dar es Salaam
- 2014 : 2e prix de la franchise Apexart, catégorie for Beauty Salons and the Beast, New York,