Relations entre le Canada et l'Indonésie
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Cet article concerne les relations bilatérales entre le Canada et l'Indonésie.
L’Indonésie représente actuellement le plus grand partenaire d’échange et d’investissement du Canada dans la région de l’Asie du Sud-Est[1]. Cette relation est donc fortement axée, depuis quelques années, sur le développement de liens commerciaux forts durables entre les deux pays. Ottawa a d’ailleurs désigné la République d’Indonésie comme étant un marché prioritaire pour le Canada, multipliant les efforts de dialogue et de coopération, ce qui a permis une relative augmentation des flux commerciaux depuis les années 1990[2],[3].
Le Canada et l’Indonésie ont aussi des missions diplomatiques respectives bien établies avec une ambassade canadienne à Jakarta depuis 1952 et une représentation officielle indonésienne à Ottawa en plus de consulats présent à Vancouver et Toronto [4]. Ces deux pays échangent aussi au niveau multilatéral dans des institutions comme le Forum de coopération économique Asie-Pacifique (APEC), le Forum régional de l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (ARF) ainsi que le G20 [4].
La construction des relations entre les deux pays est d'ailleurs passée par des programmes d’échanges culturels, particulièrement par le programme Jeunesse Canada Monde. Ce programme d’échange et de bénévolat bilatéral a permis à des milliers de Canadiens et d’Indonésiens de tisser des liens au fil des 40 ans de relation entre l’organisation canadienne et le Kemenpora (ministère des Sports et de la Jeunesse de la République d’Indonésie) [5].
Somme toute, les relations Canado-Indonésiennes restent historiquement inconsistantes, avec un engagement plus ou moins soutenu au fil des années et des gouvernements se succédant à Ottawa [6].
Les relations entre le Canada et l’Indonésie remontent à la lutte d’indépendance que mènent les élites indonésiennes après la fin de la Seconde Guerre mondiale [6] . En effet, l’indépendance du pays Sud-Est asiatique déclaré le est rapidement mise au défi par les Pays-Bas qui ont comme ambition de reprendre un contrôle colonial sur ce territoire qu’il nomme les Indes Néerlandaises [7].
À cette époque, le Canada vient jouer un rôle de médiateur dans le conflit qui oppose l’ex-puissance coloniale et le nouveau gouvernement autoproclamé d’Indonésie [8]. Le Canada a adopté une position modérée lorsque l’enjeu se retrouva au centre des débats au Conseil de sécurité de l’ONU en 1946 [8],[9]. Le Canada a joué un rôle de médiation pour permettre aux Pays-Bas de se retirer dignement de l’Indonésie et ainsi de permettre à son allié européen de ne pas perdre la face et de se plier aux forces historique appelant à un nouvel ordre mondial décolonisé [8].
D’ailleurs, l’histoire officielle mise de l’avant par l’Ambassade de l’Indonésie au Canada remercie le Canada pour son rôle de médiation lors de la lutte pour l’indépendance de l’archipel sud-est asiatique [10]. En effet, la diplomatie indonésienne met l’accent sur le rôle de l’ambassadeur canadien auprès des Nations unies à la fin des années 1940, Andrew McNaughton, qui aurait fortement travaillé à façonner une entente entre les différents partis. Par contre, il semble important de relativiser le rôle du Canada dans cette histoire [8],[11]. La politique étrangère canadienne pendant les années suivant la Deuxième Guerre mondiale n’était pas nécessairement de prioriser les initiatives de décolonisation ou de mettre en place des processus de médiation désintéressés [8]. Il s’agissait surtout de réduire les tensions entre les alliés occidentaux sur l’enjeu de la décolonisation en cours dans le monde et ainsi préserver l’équilibre fragile du système international post-deuxième guerre mondiale. Dans ce cadre, il est surtout admis que l’indépendance de l’Indonésie a été rendue possible par les luttes internes menées par le peuple indonésien ainsi que par les pressions faites par la puissance américaine sur les Pays-Bas, pour que le pays européen cesse ces actions directes dans son ancienne colonie [8],[9].
Les premières relations entre le Canada et l’Indonésie se développent aussi dans le contexte de la guerre froide et la mise place du plan Colombo au début des années 1950. En effet, le plan Colombo a été élaboré dans le contexte de la montée du communisme dans la région (révolution chinoise) et visait donc à « combattre toute nouvelle poussée du communisme en Asie » [12]. L’adhésion de l’Indonésie au plan Colombo amène le Canada à ouvrir une ambassade à Jakarta en 1952-1953 [13]. L’aide canadienne issue de ce plan est fortement dirigée vers l’Indonésie et la lutte contre la pauvreté pour réduire les risques de soulèvement communiste dans le pays [13]. Par exemple, des plans d’aide alimentaire sont mis en place pour assurer une certaine stabilité en priorisant d’abord à satisfaire les besoins des militaires indonésiens pour ainsi assurer la stabilité et évité un coup militaire [12],[13]. L’aide canadienne a aussi été dirigée vers la fourniture d’équipements militaires aux régimes en place [12]. Il semble donc assez clair que les premières années de coopération canado-indonésienne s’inscrivent dans une dimension stratégique globale anticommuniste [12].