René Ponsard
poète, chansonnier et goguettier français
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Alexandre René Ponsard, né à Arpajon le et mort à Paris 18e le est un poète, chansonnier et goguettier français.
Biographie
Enfance et formation
René Ponsard est né à Arpajon, le . Il est orphelin de père et de mère. Il est élevé par ses grands-parents et un oncle ancien marin. Il reçoit pour toute instruction celle de l'instituteur du village. Son caractère amène ses grands-parents à l'envoyer à Brest, à l'école des mousses. Il a treize ans, et il découvre la brutalité des quartiers maîtres et des seconds maîtres.
Le marin
Il devient instructeur des mousses, puis matelot, puis batelier à Marseille. Il est envoyé en Afrique où il passe cinq ans.
Il assiste au siège de Zaatcha, puis, de retour à Sétif, il entre comme copiste dans un bureau. Libéré du service et du séjour des silos, il est employé dans une administration de chemin de fer, se marie et fonde une famille.
Le chansonnier
Auteur de poèmes argotiques et badins, Ponsard a aussi utilisé le pseudonyme Le Père La Cayorne, notamment pour Les Joyeusetés, un recueil de chansons de marins, édité en 1882, illustré par Henry Somm[1].
René Ponsard fut très présent dans le cabaret Le Chat Noir, à côté d'Aristide Bruant et d'autres chansonniers. Il fréquentera le cabaret jusqu'à sa fermeture en 1894[2].
Artiste populaire en son temps[3], son nom et son œuvre seront oubliés.
Réception de son oeuvre
Eugène Imbert écrit en février 1880[4] :
« Je ne voudrais pas ériger en système que le genre de talent d'un poète est la résultante forcée des circonstances qui ont entouré sa jeunesse et des influences que ses premières années ont pu subir. Il faut faire, en effet, la part des dispositions primitives. Toutefois, quoique la vie extérieure d'un écrivain n'intéresse pas beaucoup, d'ordinaire, le lecteur, qui veut surtout connaître le poète et non l'homme, il est nécessaire, pour expliquer Ponsard, de dire quelques mots de la carrière qu'il a parcourue.
Ponsard a conservé de l'époque de l'école de mousse de Brest des souvenirs qui ont le don, lorsqu'ils se réveillent, de ranimer de grosses rancunes. Avec quelle verve il déclame alors les vers aussi ardents qu'incorrects que lui inspiraient autrefois les mauvais traitements et les injustices de ses chefs ! Élucubrations caustiques qu'il affichait hardiment au pied du grand mât :
- O gens galonnés d'or, gens sans miséricorde,
- O vous qui nous zébrez les reins à coups de corde,
- Si Dieu m'avait donné la force de Samson,
- Je vous ferais au cœur passer plus d'un frisson...
- Étreignant de mes bras cette haute mâture,
- Je secouerais tant, du faîte à l'emplanture,
- Que j'en ferais pleuvoir sur vos fronts, ô forbans,
- Les vergues, les agrès, les hunes, les haubans,
- Tout ce qui peut broyer sous son poids formidable
- Des monstres tels que vous.
Partout la satire le poursuit. Il faut qu'il cingle. »
« Il n'a pas appris régulièrement l'art d'écrire et de penser ; mais il a eu pour maître la nature et la vie ; il a été mûri par les grandes épreuves en face des grands spectacles. Son originalité amère se ressent des rudes secousses de son existence. », écrit Laurent Pichat, en présentant le premier recueil de Ponsard, Les Échos du bord, en 1862. L'étude et le temps vont assouplir son talent et son caractère. Sans tomber dans les petites mines, ou la mièvrerie, la grâce ne lui manque pas : ainsi, la Mareyeuse, que courtisent les bruns enfants des grèves :
- Que de buveurs au front joyeux
- Ont à la flamme de ses yeux
- Brûlé les ailes de leurs rêves !
Dans La Barque volée, un matelot pleure sa barque comme il a pleuré sa mère, et s'emporte contre le voleur :
- Oh ! qu'il soit tourmenté sans trêve,
- Ce voleur de barque maudit !
- Que tous les galets de la grève
- Déchirent les pieds du bandit !
- Que son chemin soit plein d'épines
- … A moins qu'il n'ait, las de souffrir,
- Avec le fruit de ses rapines,
- Des petits enfants à nourrir.
Ponsard aime les sujets qui demandent de la vigueur, et même l'invective.
Des réunions périodiques se tenaient, vers 1856, chez un ami de la chanson, chansonnier lui-même, et non sans talent, quoiqu'un peu sentencieux. Rabineau, Supernant, Jeannin, Pécatier et d'autres organisaient des concours dont les juges étaient les concurrents. Les pièces n'étaient pas signées. Un soir, arrivent deux cents, intitulés Un temple ignoré. C'était la peinture des choses et des hommes de l'endroit. Chacun y recevait son coup de patte. Le plus maltraité (plus de quarante vers) était un chansonnier connu :
- Je voudrais ne point mordre au milieu de la joue
- Ce Pangloss effronté qui raille et fait la roue ;
- Je voudrais, oui, sans doute, et tout haut je le dis,
- Ne lui voir que des vers par son travail acquis ;
- O Gilquin, je voudrais... ; mais ici je m'arrête,
- Car (quels vœux insensés !) je te voudrais poète.
- Et comment à ce but pourrais-tu parvenir ?
- Quels fruits de ton labeur oserais-tu fournir ?
- Et quand de ton cerveau, source d'acrimonie,
- Ne découlerait plus de visqueuse sanie,
- Tu ne seras toujours qu'un nuisible chapon...
Ponsard ne renoncera pas à la satire, et promet dans la même pièce :
- Oh ! lorsque l'agonie égarant ma raison
- Marquera de mes jours le fatal horizon,
- Que se taira mon cœur et que fuira mon âme,
- Que de toute chaleur s'envolera la flamme ;
- Que mon pouls cessera, que mes yeux s'éteindront,
- Que mon sang n'ira plus vivifier mon front ;
- Qu'un délire insensé s'échappant de ma lèvre
- Dira les derniers mots de ma dernière fièvre ;
- Alors, prêt à servir de pâture à des vers,
- Pour te siffler encor, je veux râler des vers.
Ponsard publie en 1873 un second recueil : Chansons de bord. Il dit de la mer : « C'est une bonne fille, délurée, d'un caractère abrupt, mais franc : elle soupire peu, pleure encore moins, crie beaucoup et rit presque toujours. »
Plus tard, ont paru les Coups de garcette, trois cahiers publiés en Belgique, par Lemonnier, qui contient La Confession d'un forban, S'il revenait !
Il a écrit des vers pour plusieurs recueils, les Échos du Vaudeville, l'Artiste, l'Album du bon Bock[5] et collaboré à divers journaux littéraires et humoristiques : le Tintamarre, le Scapin, la Crécelle, la Chanson, le Réveil, de Delescluze, qui contient ses Soldats de proie.
Il est aussi l'auteur d'une pièce attribuée à Pétrus Borel par un des biographes de ce poète : Léthargie de la muse. Supercherie qui pourrait bien « Aux Saumaises futurs préparer des tortures ». Il était coutumier du fait.
Il prépare un recueil intitulé les Ancres perdues.
Le Navire infernal, Nos hôtesses, Vogue la galère ! L'Hôtesse du Cachalot, montrent ses ressources. La netteté de la langue accompagne la fantaisie du fond. La rime est riche, l'image exacte et bien suivie. Il y a un peu de coquetterie dans sa prétention à n'avoir rien appris : il a beaucoup étudié, et sait beaucoup, il lit toujours. Il préfèrera, pour l'inspiration, Régnier à Boileau, pour le style, Diderot à Voltaire, et, pour l'entrain, Debraux à Béranger.
C'est le vrai Béranger de la mer, parfois aussi le Grécourt (Petit navire), poète de grand souffle et de large envergure :
- Que le vent me soit propice ou non,
- Je lance en pleine mer ma nacelle sans nom.
- Si le flot de l'oubli, comme un drap funéraire,
- Me doit ensevelir sous l'onde littéraire,
- J'attends sans tressaillir le moment où le flux
- Jettera sur la grève un naufragé de plus.
« Je ne sais si le lecteur sera de mon avis, mais je trouve ces vers, placés en tête des Échos du bord, bien supérieurs à ceux dont Ponsard accablait en 1856 le malheureux Gilquin. Il est vrai, pour le dire en passant, que le chansonnier qu'il drapait sous ce pseudonyme, ce Pangloss effronté, ce chapon, n'était autre que son biographe d'aujourd'hui. »