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Henry et René-Émile Bossière

frères aventuriers français From Wikipedia, the free encyclopedia

Henry-Émile (Le Havre, - Mortagne-au-Perche, ) et René-Émile Bossière (Le Havre, - Le Havre, ) sont des frères aventuriers français qui devinrent hommes d'affaires aux Kerguelen.

Biographie

René-Émile et Henry-Émile Bossière ont évolué dans l'univers havrais de l'armement et du négoce national. Leur père, Émile Toussaint Bossière (1826 - 1925) a été l'un des principaux armateurs havrais et le dernier en France à avoir pratiqué la chasse à la baleine[1].

Les frères Bossière commencent à travailler au début des années 1880 en Patagonie comme fondés de pouvoir de la compagnie de leur père, Emile Bossière. S'intéressant à l'élevage des moutons, ils décident de tenter d'en implanter aux îles Kerguelen dont la France a pris possession en . Ils obtiennent du gouvernement français, dès le 31 , un droit d'exploitation des ressources marines et terrestres de l'archipel pour une durée de cinquante ans[2]. René est même nommé en 1895 résident de France aux Kerguelen. Les frères tentent alors de mettre sur pied une première expédition en 1895 sur une vieille goélette baptisée Kerguelen. Avec René Bossière à son bord, après plusieurs avaries, l'expédition est définitivement arrêtée à Buenos Aires. René Bossière demeure plusieurs années en Argentine puis, apprenant que son frère a monté une nouvelle expédition à la fin de l'année 1900, il part attendre le trois-mâts Fanny aux îles Malouines pour y transporter des moutons. Mais le navire subit des avaries dans le Golfe de Gascogne, et l'affaire prend fin avec le retrait des investisseurs belges qui devaient permettre à un autre navire, le yacht Selika, de rejoindre la Fanny aux Kerguelen. René Bossière rentre alors au Havre en 1901, sans avoir pu encore mettre le pied sur sa concession.

Toujours décidés à mettre en valeur leur concession des Kerguelen, ils décident alors de se tourner vers la chasse aux éléphants de mer et aux baleines. Ils s'adjoignent, sur les conseils de Jean-Baptiste Charcot, Raymond Rallier du Baty qui a des projets identiques aux leurs. Les frères Bossière signent avec une société norvégienne une convention pour installer aux Kerguelen une station baleinière, y établir un élevage et y exploiter le charbon. Henry Bossière débarque dans l'archipel en et se lance dans l'exploration des îles. Henry repart en pour l'Afrique du Sud, laissant aux norvégiens l'exploitation de la station et son développement.

En , les frères Bossière fondent la Société des îles Kerguelen. Ils achètent un voilier, le Jacques. René entreprend le périple vers l'archipel des Kerguelen. Parti de Swansea, le 10 février 1913, le Jacques arrive le 15 avril à Montevideo, puis repart en juin pour les îles Malouines où il charge 1 600 moutons. Le navire arrive, le 16 août, dans le golfe des baleiniers de l'île Howe avec 2 mois de retard sur le calendrier prévu et un millier de moutons morts de froid. Les moutons survivants sont débarqués à Port-Couvreux avec 3 bergers.

En août 1914, après la déclaration de la Grande Guerre, alors que les Norvégiens maintenaient deux gardiens à l'usine baleinière de Port-Jeanne-d'Arc (presqu'île Jeanne d'Arc), mise en service en 1908, René Bossière affrète un navire (l'ancien Yves de Kerguelen rebaptisé Isle of Kerguelen) pour évacuer les gardiens de l'usine et les bergers.

En 1920, René Bossière entreprend une nouvelle tentative. Tous les moutons étant morts et les installations endommagées, il est décidé de remettre en état les bâtiments et de laisser un berger, cinquante moutons et quelques porcs. De 1920 à 1927, à plusieurs reprises, les frères Bossière font acheminer d'autres animaux pour compenser une mortalité élevée.

La chasse aux éléphants de mer est reprise par une nouvelle société anglo-norvégienne. Les frères Bossière créent eux-mêmes une filiale française de chasse aux éléphants de mer en 1925, les Pêches Australes, qui travaille sur un navire-usine jusqu'en 1931.

En 1927, les frères envoyent, à Port-Couvreux, 3 éleveurs du Havre avec femmes et enfants (8 personnes). L'élevage périclite rapidement par insuffisance de pâturages.

Parallèlement, à partir de 1928, les frères développent leurs activités aux îles Saint-Paul et Amsterdam dont ils ont obtenu la concession en 1908. Ils recrutent plusieurs marins bretons à Concarneau, pour qu'ils exploitent les importantes ressources de langoustes de Saint-Paul. Le , une première équipe de 28 hommes, est recrutée et part à bord de l'Austral, un bateau à vapeur qui les dépose sur l'île, avant de se rendre aux Kerguelen poursuivre la chasse aux phoques. Les marins bretons construisent l'usine qui leur permettra de mettre leur pêche en conserves. La première campagne de pêche se passe bien et une seconde a lieu en 1929. En , à la fin de cette campagne, 7 personnes se déclarent volontaires pour garder et entretenir le matériel l'hiver, avec la promesse d'un ravitaillement après 3 mois. Malheureusement les frères Bossière sont en difficulté et ce n'est que 9 mois plus tard qu'un bateau revient. Entre-temps, une épidémie de béribéri s'est déclarée et il ne subsiste que 2 hommes et une femme[3]. Les familles de Saint-Paul et celles de l'île Howe sont rapatriées en 1931. Démunis, les deux frères Bossière ne pourront pas verser les indemnités (pourtant dérisoires), aux victimes et familles des victimes, comme les y enjoindra le verdict du tribunal, en 1935 car, dès 1930, ils n'obtiennent pas de l'État une reconduction du contrat les liant avec leurs co-exploitants anglais. De plus, ls se voient écartés de l'administration de la société par les actionnaires représentant la Banque de l'Union Parisienne.

Malgré des tentatives infructueuses de reprises d'activité par M. Hohn de Boer, la conserverie ne redémarre pas et l'exploitation de la langouste ne reverra le jour qu'après la deuxième guerre mondiale à bord des bateaux de la SAPMER (Sté Anonyme de Pêche Malgache Et Réunionnaise) qui de nos jours existe toujours et pêche notamment la ligure tant recherchée et braconnée. La liquidation de leur société interviendra en 1936 et la suppression des droits de concession sera proclamée par décret présidentiel en 1937. Ruinés, ils meurent la même année, en 1941[4].

Si leur entreprise commerciale fut un échec, les frères Bossière ont permis à la France d'affermir son emprise sur les Kerguelen et sur le district des îles Saint-Paul et Amsterdam. Ils ont aussi favorisé la recherche scientifique avec Rallier du Baty et en finançant les travaux du naturaliste Edgar Aubert de la Rüe.

Hommage

En hommage, le fjord Bossière aux Kerguelen porte leur nom depuis 1911[5].

Publications

  • Notice sur les îles Kerguelen, 1893
  • La Prospérité des ports français, René-E. Boissière, Le Havre, impr. de H. Micaux, 1906 – prix Fabien de l’Académie française
  • Nouvelle notice sur les îles Kerguelen, possession française, 1907
  • La Terre de Kerguelen, colonie française, 1910

Notes et références

Annexes

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